‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 290 sur 297 · In Ep. II ad Cor. ch. xni, iect. III · texte numérisé non relu

In Ep. II ad Cor. ch. xni, iect. III

DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 4o5

de quiétude suppose en effet une certaine activité de Tàmp, activité si suave, et si tranquille, il est vrai, qu'on en a conscience à peine; il n'est donc pas étonnant que l'i machination vienne se mêler aux opérations surnaturelles, mais, dans r<>rais(.n d'union, le mouvement naturel des facultés est toiaUuient suspendu. La ligature des puissances est complète et, par conséquent, l'àme est entièrement et uniquement soumise aux influences divines.

Dans cet état, il lui est fort difficile pour ne pas dire, impossible de rendre compte de son oraison et les directeurs peu versés dans l'étude des phénomènes surnaturels sont exposés à prendre pour du temps perdu les heures consacrées à cette oraison sublime Qu'ils se gardent cependant de juger avec précipitation et de détourner les âmes d'une voie qu'ils ne connaissent pas, même d'une manière spéculative. Dieu est jaloux de ses œuvres et de la paix de ses épouses, malheur à celui qui profane les divins secrets.

Nous allons essayer d'expliquer par une comparaison cette impossibilité où se trouvent les âmes de rendre compte de l'oraison d'union.

L'intelligence est l'œil de l'àme, elle a pour objet proportionné la vérité limitée, de même que l'œil a pour objet la lumière reflétée par les corps, c'est-à-dire les couleurs .

Nous voyons les corps et nous ne voyons pas la lumière, car la lumière illimitée est hors de proportion avec notre regard. La loi est la même dans le monde intelligible.

Lorsque nous voulons voir une vérité nous la séparons de tout ce qui l'entoure, nous la mettons à part, nous la définissons, c'est-à-dire, nous fixons ses limites.

C'est alors seulement que s'opère le phénomène de la vision intellectuelle. Or Dieu se manifeste parfois à une

àme non plus sous un aspect déterminé de justice, de sagesse, de bonté par exemple, mais il se dévoile d'une manière illimitée et en tant que Dieu. L'intelligence n'a plus alors les points de repère auxquels la faiblesse humaine a recours dans les états ordinaires, c'est une lumière infinie, illimitée qui l'inonde sans aucune détermination précisé. Il n'est donc pas étonnant qu'elle ne puisse pas rendre compte de ce qu'elle a vu car elle est semblable à un homme qui aurait vu la lumière en elle-même. Cet homme saurait très bien qu'un acte visuel a été émis, mais il ne pourrait pas dire, j'ai vu tel objet. C'est précisément ce qui se passe dans l'oraison d'union : l'àme a parfaitement conscience de la lumière qui l'éclairé, elle voit, mais la lumière étant illimitée, elle ne peut ni préciser, ni définir l'objet de sa vision.

Oraison de recueillement. Dans l'oraison de recueillement, toutes les forces de l'âme se replient sur elles-mêmes pour considérer intérieurement l'objet de leur contemplation. Elle est active ou passive. Elle est active quand le recueillement est le fait de l'énergie naturelle des puissances, elle est passive quand il s'opère sous l'action de Dieu. Nous ne parlons ici que de l'oraison de recueillement passif, car la première n'appartient pas à la contemplation infuse.

L'àme entend la voix de Dieu qui retentit dans ses profondeurs (1), elle prête une oreille attentive, elle oublie les œuvres extérieures qui l'occupaient, une inspiration secrète l'avertit de la présence du bien-aimé qui attire à lui toutes les puissances. Il se fait un divin silence. Les bruits du monde, le tumulte des passions, l'activité naturelle des

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