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c'est là, dans ce sanctuaire, que nous-ménncs nous connaissons à peine, que Dieu réside par son essence : avouons donc que Dieu nous est plus présent que nous-nnômes à* nous-mêmes.
Cette haute vérité fait naître naturellement dans notre cœur deux réflexions profondes que ne doit pas négliger une àme intérieure.
Notre être est bien peu de chose puisqu'il a besoin, pour subsister, de la présence et de l'assistance continuelles de Dieu. Si sa main n'était pas toujours étendue pour nous soutenir au-dessus du gouffre, nous retomberions aussitôt dans le néant d'où nous sommes sortis. Nous sommes si peu que nous ne pouvons pas même exister par nos seules forces ; aussi, sans aucune exagération, nous devons dire que sans le grand Dieu qui nous porte, nous sommes moins que le nuage qui se dissipe dans les airs, moins que l'éclair qui brille un moment. Notre vie est semblable au sillage que le navire laisse après lui et qui disparait aussitôt ; c'est une plainte qui se fait entendre; on écoute, et déjà tout est rentré dans le silence. Oh ! que l'humilité serait facile si l'on comprenait ces choses I
Enfin, si Dieu nous est uni d'une manière si intime, la pratique de la présence de Dieu, que recommandent tous les maîtres de la vie intérieure, n'est donc pas une formule vaine qui n'a aucune base dans la théologie. La présence de Dieu est une vérité démontrée ; quoi de plus naturel alors que d'habituer notre âme à cette sainte et féconde méditation ? Dieu est toujours là. Il est par son essence, au plus profond de notre être ; il nous parle si nous savons entendre sa voix; il nous écoute si nous savons le prier ; il nous garde si nous avons confiance en Lui. Il compte
DE SAINT THOMAS d'AQUIN. 57
tous les battements de notre cœur; il lit dans les replis les plus cachés de notre pensée ; il démêle mieux que nous ce tourbillon de désirs, de craintes, d'espérances, de joies, de tristesses, de sourires et de larmes, que nous appelons notre vie; il connaît tous les flots de ce flux et de ce reflux éternel qui tantôt porte notre âme jusqu'à Lui, et tantôt la laisse sur ces plages enchanteresses où nous oublions le Ciel. Que la pensée de la présence de Dieu nous rappelle à nous-mêmes, et que Dieu ne voie jamais en nous rien qui puisse off'enser sa majesté infinie. « Or donc, dit Thaulère, pour apprendre à avoir toujours Dieu présent, ilne suffit pas de se dépouiller extérieurement des choses étrangères, mais il faut encore se faire une espèce de solitude intérieure où rien ne nous empêche d'arriver à notre Créateur bien-aimé. Pour cela, il est nécessaire que nous portions Dieu toujours dans notre cœur, que l'idée que nous en avons, que la charité qui nous embrase, nous soient aussi intimes que notre propre essence... C'est Lui qui nous solhcite et qui nous avertit de telle manière en toute rencontre que, si nous prenions garde le moins du monde à ce qu'il nous dit^ sans nous dissiper et nous répandre inconsidérément au dehors, nous l'aurions partout présent devant les yeux, nous le sentirions en nous-mêmes, nous serions transformés en Lui, nous serions unis et, pour ainsi dire, familiarisés avec Lui, en sorte que nous serions sans cesse occupés de sa présence adorable. Cette pensée nous emporterait ainsi vers Dieu, nous mettrait dans un état de hberté et d'affranchissement qu'aucune difficulté, aucun trouble;aucune idée des choses du monde, ne pourrait nous ravir (1) ».