‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 35 sur 297 · In div. Nom., c. V · texte numérisé non relu

In div. Nom., c. V

J)E SAINT THOMAS d'AQUIN. 59

c'est qu'elle n'est pas et qu'elle ne peut pas être stable. En admettant même qu'un être créé fut parfaitement beau, ce qui est faux, comme nous allons le voir, on ne pourrait pas pour cela lui attribuer une beauté absolue, car une perfection quin'est pas permanente n'est qu'une perfection relative. Dieu, au contraire, est toujours Beau, parce qu'il est toujours le même; il défie le temps du sein de son éternité. La seconde imperfection de la beauté des créatures, c'est qu'elles n'ont qu^ine beauté participée comme leur être ; ainsi une Heur, par exemple, quelque pure, quelque belle qu'elle soit, n'a la beauté ni de l'étoile, ni de la mer, ni des forêts, etc. ; bien plus, elle n'a que sa beauté spécifique, car le lis n'a pas la beauté de la rose, et enlin sa beauté individuelle n'est pas égale partout, car la tige n'a pas l'éclat de la corolle. Tout être créé n'a donc qu'une beauté bien fragile, tandis que Dieu est en tout, partout, toujours infiniment Beau, contenant en lui-même cette beauté incompréhensible dont il n'a laissé échapper que quelques rayons et dont la vue jette les bienheureux dans une extase éternelle. Ils ne se lassent jamais de le contempler parce que toujours ils découvrent en Lui de nouvelles splendeurs; ils vont d'étonnement en étonnement; leur àine tout entière, même fortifiée par la lumière de gloire, sufïit à peine à l'admiration qui les transporte. Leur intelligence ravie nage au sein des flots delà Beauté iiicrééc, leur cœur enivré savoure à Ion ;s traits une indicible joie, et lorsqu'ils croient que leur bonheur ne peut grandir encore. Dieu, en souriant, leur dévoile de nouveaux trésors de sa Beauté infinie, et cela pendant une éternité !

Pour essayer de nous faire une idée de la beauté de Dieu, suivons la marche que nous indique un des

plus illustres disciples de saint Thomas d'Aquin (1;. On peut, dit-il, distinguer neuf degrés dans la Beauté. Le premier est la beauté purement corporelle, comme la beauté des étoiles, du soleil, etc. Le second est la beauté de la vie inférieure qui brille dans les fleurs et dont les grâces naïves reposent si doucement nos regards. Le troisième est la beauté de la vie plus haute, mais qui ne dépasse pas les phénomènes de la sensation. Le quatrième est la beauté humaine. Notre front qui s'élève sublime vers le ciel, notre âme spirituelle, intelligente, libre, immortelle, sont le degré le plus élevé des beautés d'ici-bas. Le cinquième est la beauté de l'ange ; esprit céleste complètement dégagé de tout lien matériel, qui, ayant la vue directe de la vérité, n'est pas obligé de la chercher péniblement, comme nous, par voie de raisonnement. Libre et cependant ferme dans le bien, il est le miroir fidèle de la beauté première. Le sixième est la beauté surnaturelle des corps glorieux, cette beauté qui éblouit les apôtres lorsque sur le Thabor, ils disaient à Jésus-Christ : Seigneur, comme il est doux d'être ici. Le septième est la beauté de la grâce et des vertus infuses. Nous ne la comprenons pas parce que nos yeux sont trop obscurcis par les choses de la terre ; mais l'enseignement des théologiens et de la foi nous dit que la moindre des grâces est infiniment plus belle que toutes les choses créées. Le huitième est la beauté de la gloire des bienheureux qui sont environnés de lumière comme d'un vêtement, qui sont semblables à Celui quHls voient tel quHl est et qui devant la révélation de la gloire de Dieu se transforment en Lui et vont de clai^lé en clarté. Enfin, le neuvième est la beauté de

Page 1