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dent un charme si puissant sur ces immortelles pages. Saint Thomas d'Aquin, au contraire, toujours fidèle à sa sévère méthode, la présente dans toute sa force, mais dépouillée de ces ornements ({ui détournent quelquefois l'attention de tout ce qui n'est pas la lumière pure.
Quand on jette un regard attentif sur le monde, ditil (1), on remarque que chaque être en particulier et la création en général tendent vers une fin déterminée. Il existe, en ett'et, un ordre admirable dans la constitution intime de chaque créature et dans la marche universelle des êtres. Il y a là la trace évidente d'une nature intelligente, car des œuvres qui épuisent l'intelligence humaine ne peuvent être l'effet d'une cause inintelligente. Quand on voit une flèche arriver à son but (c'est la comparaison de saint Thomas), on conclut nécessairement à l'existence de l'archer qui l'a lancée; de même quand nous voyons les créatures s'avancer, sans dévier jamais, dans une route qui leur a été tracée et atteindre une fin déterminée, nous devons conclure à l'existence d'une intelligence suprême qui a vu le but et qui fait marcher la création dans ses voies.
L'ordre et la beauté du monde sont donc une prenve de l'intelligence de Dieu : saint Thomas en expose une autre aussi concluante, mais plus métaphysique, et qui renferme u;ie profonde psychologie. Il y a, dit-il (2), cette différence entre les êtres doués d'intelligence et ceux qui en sont privés: ceux-ci n'ont que la forme qui leur est propre, tandis que les premiers, outre leur forme individuelle, sont capables encore d'en acquérir de nou-
1 Contra Cent., lib. I. xxxxiv.
2 I p., q. XIV, a. 1.
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velles ; d'où il suit que les êtres privés de raison sont plus limites que les êtres intelligents. Pour comprendre, en etTet, il faut acquérir la forme de l'objet compris : ainsi je ne puis connaître un corps qu'autant mon intelligence le dégage de toutes ses conditions matérielles et s'en approprie la forme qui devient alors l'aliment de ma vie intellectuelle. Or, comme c'est la matière qui étreint un être dans les limites d'une forme unique, il suit de là que l'immatérialité brise ces liens et rend capable de cette transformation qui est la condition essentielle de tout être intelligent. Or, Dieu est souverainement immatériel, il est donc souverainement intelligent.
Si Dieu est intelligent, il doit connaître, la conséquence est nécessaire ; mais que connaît-il? et comment connaîtil ? Tels sont les ditiiciles problèmes que nous avons à résoudre.
Avant de les aborder, disons un mot de la manière d'être de la science de Dieu. Quelques théologiens en effet, ne sachant pas s'élever à la hauteur des choses célestes et voulant abaisser la science divine au niveau de la science humaine, ont cru que la science de Dieu était, comme celle de l'homme, une disposition spéciale de l'essence divine, ce qui, dit saint Thomas (1), est faux et absurde, car, dans cette hypothèse. Dieu ne serait pas absolument simple. Non, la science de Dieu n*est pas une qualité, une perfection indépendante de son essence, elle est, comme son intelligence, sa substance même qui est à la fois l'objet premier et le moyen de sa science.
Dieu se connaît d'abord lui-même. Deux choses constituent une connaissance parfaite (2). La première est la