‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 42 sur 297 · Cont. Gent.. lib. I, c. xLvn et seq · texte numérisé non relu

Cont. Gent.. lib. I, c. xLvn et seq

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ressemblance complète entre l'idée et l'objet, et la seconde est l'union intime entre ces denx termes de toute connaissance. Or, ces deux conditions sont réalisées en Dieu au plus haut déparé; car, d^uno part, Dieu comprend son essence par son essence môme (il ne peut avoir de ressemblance plus grande puisqu'il y a identité) et en outre, l'union entre les deux termes de la connaissance se mesurant d'après la force de l'intelligence, là où il y a une intelligence infinie, il doit y avoir une union, c'est-à-dire une connaissance très parfaite ; donc Dieu se connaît infiniment lui-même.

Saint Thomas ne se contente pas d'énoncer ces deux grands principes de psychologie, il les prouve en disant : Rien ne peut être sujet de connaissance que ce qui est dégagé des conditions matérielles. Un corps en effet, pour être compris, a besoin d'être abstrait de la matière ; il est clair qu'il ne peut pas entrer tel qti'il est dans mon intelligence. Pour que je le comprenne, il faut qu'il devienne, à sa manière, de même nature que mon intelligence. Donc tout ce qui est immatériel ou immatérialisé est l'objet propre de la connaissance. S'il en est ainsi, l'essence divine est au plus haut degré objet de connaissance, puisqu'elle est souverainement immatérielle. Mais toute chose intelHgible est comprise in actii par le fait même qu'elle est unie à l'intelligence ; or, l'intelligence et l'essence divines sont une seule et même chose : donc, nous constatons en Dieu, à un degré infini, les deux phénomènes intellectuels qui sont à la fois la base et le faite de toute science.

Si la science est en Dieu, quel est son objet premier? Saint Thomas dit et prouve que l'objet premier de la science de Dieu est l'essence divine. Il est impossible

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qu'une intelligence, quelle ([u'elle soit, ait plusieurs objets premiers de sa connaissance, car une seule opération ne peut avoir plusieurs termes. Or, nous l'avons démontré. Dieu se comprend lui-même ; s'il a un autre objet premier de sa connaissance, il faut donc que l'intelligence divine se détourne de cette sublime contemplation et dirige ses regards vers un autre objet ; cet objet sera certainement au-dessous de Dieu. 11 faudrait donc admettre que l'intelligence divine déchoit et s'abaisse, ce qui est impossible.

Faut-il conclure de cette théorie que Dieu ne connaît rien en dehors de son essence et que tout ce qui n'est pas Lui échappe à ses regards ? Cette proposition est évidemment fausse: comment donc Dieu connaît-il les êtres qui sont en-dehors de Lui ? C'est ce que nous allons examiner.

Mais auparavant, et pour encourager les âmes qui se laisseraient effrayer par l'aridité apparente de ces spéculations, qu'on nous permette de rappeler les salutaires avertissements que donne saint Bonaventure au commencement de sa Théologie mystique: « Si le lecteur, dit-il, trouve ces questions difficiles à cause de l'élévation des matières que Ton traite ou de l'obscurité des expressions, qu'il prenne cette voie au-dessus de toute intelligence et qui consiste à travailler avec ardeur à sa sanctification en se dépouillant de soi-même. La lumière viendra, il éprouvera, dans son âme, les expériences divines, et il comprendra, à la lumière de Dieu seul, ce qu'il lira ou ce qu'il entendra des choses de Dieu. Car, dans cette science, le point capital est de sentir la vérité en soi-même et on l'acquiert d'autant plus vite qu'elle est enseignée par un plus grand docteur. Or, ici, le plus grand maître, c'est

Dieu ». Il peut, quand il lui plaît, i luniiner notn^ intelligence d'une toile lumière, embraser notre cf.'ur d'un tel amour, que nous (joutons alors combien le Seigneur est doux. Dieu, en elïet, n'est pas loin de nous : Tu in nobis es, Domine (Jérém.), et s'il est des âmes qui sont détournées de la grande étude à laquelle nous les convions par les difficultés inséparables d^un sujet si relevé, qu'elles ne se découragent pas, mais qu'elles se souviennent que ce Dieu qui nous parait si loin quand nous le cherchons à la lumière de la théologie spéculative, elles l'ont dans leur cœur; qu'elles Tadorent là comme dans son tabernacle oii il a établi sa demeure : l'humilité et l'amour leur donneront des lumières plus pures et une connaissance plus profonde des mystères divins. Mais c'est la vie extraordinaire, Dieu distribue ses dons comme il lui plait, et les chrétiens qui ne reçoivent pas ces faveurs spéciales doivent aller demander la science de Dieu aux enseignements des docteurs : continuons donc à écouter les leçons de saint Thomas.

Nous disions tout à l'heure que la science de Dieu ne peut pas se borner à son essence, mais qu'il doit connaître aussi tout ce qui est en dehors de Lui. Dieu, en effet (1), par cela seul qu'il se connaît, doit savoij' jusqu'oii s'étend sa puissance, et il ne peut connaître l'étendue de sa puissance qu'autant qu'il en connaît tous les effets. Or, les effets de la puissance de Dieu se font sentir en dehors de l'essence divine; Dieu connaît donc tout ce qui est en dehors de Lui. Dieu voit, dans son essence comme dans leur cause, tous les effets de sa puissance ; ce qui ne veut pas dire, ainsi que quelques-uns l'ont prétendu, que cette

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