‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 43 sur 297 · p., q. XIV, art · texte numérisé non relu

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DB SAINT THOMAS d'aQUIN. 71

science de Dieu est vague et indéterminée. Cette opinion est d'abord contraire à la parole de l'Écriture : Dieu vit tout ce qu'il avait créé, et répugne à l'idée que nous devons avoir de la Divinité. Rien en Dieu ne peut être imparfait; or s'il ne connaît que d'une manière générale ce qui est en dehors de Lui, sa science ne sera qu'une science d'à peu près, ce qui est absolument inadmissible. Il faut donc croire que Dieu connaît distinctement chaque être en particulier et que cette parole de l'Évangile: « Tous les cheveux de votre tête sont comptés (1), est l'expression exacte d'une vérité Ihéologique incontestable. Il ne faudrait pas conclure de cette universalité de la science de Dieu à la multiplicité des conceptions divines. C'est par son Verbe que Dieu comprend tout ce qui est; or, Dieu n'a qu'un Verbe, qu'une Pensée éternelle, consubstantielle, en tout semblable à Lui, et c'est dans ce Verbe unique qu'il contemple l'immensité des choses créées.

Examinons maintenant la nature de la science de Dieu. Il y a deux manières d'arriver à la science : la voie de raisonnement et la voie d'intuition. La première consiste à éclairer une proposition moins connue à la lumière d'une vérité ou évidente en elle-même ou déjà prouvée. C'est à cette méthode que nous sommes condamnés, nous, intelligences débiles, qui ne pouvons parvenir à la vérité qu'en avançant pas à pas, en illuminant une vérité par une autre, et en ménageant la lumière dont nos faibles yeux peuvent à peine soutenir l'éclat. 11 est facile de voir que cette méthode est sujette à l'erreur ; car il faut une grande pénétration pour n'accepter jamais une conclusion qui n'est pas suffisamment contenue

i. Luc. XII, 7.

dans les prémisses. Quelquefois, on reçoit comme étant prouvé, un principe qui aurait besoin d'être démontré, ou bien encore, le lien qui réunit les diverses parties du raisonnement n'est pas assez fort pour que nous puissions en toute confiance recueillir la vérité qu'il nous a promise.

La voie d'intuition, au contraire, est la vue directe, la contemplation face à face, le coup d'œil victorieux d'une intelligence inondée de lumière qui voit la vérité telle qu'elle est en elle-même, dégagée de toutes les entraves du raisonnement. Nous pouvons avoir une idée de l'intuition vraie si nous considérons le mode dont nous concevons les premiers principes.

De ces deux manières d'acquérir et de posséder la science, quelle est celle qui convient à Dieu ? D'après ce que nous venons de dire, il est évident que c^est la seconde, puisqu'elle est la plus parfaite: nous pourrions nous contenter de cette affirmation, mais la question vaut la peine d'être étudiée de plus près.

Dans tout raisonnemert, dit saint Thomas (1), on considère les prémisses sous un autre aspect que la conclusion, car il serait inutile de poursuivre jusqu'à la conclusion si elle était contenue dans les prémisses d'une façon tellement évidente que la vue des prémisses emportât avec elle la vue de la conclusion elle-même. Il y a donc là deux opérations intellectuelles distinctes qui ont chacune leur objet. Or, Dieu connaît tout en vertu d'une opération unique qui, dans uiîe simplicité absolue, embrasse direc^ment toute vérité : la science de Dieu li'est donc pas discursive. En outre : dans toute science acquise ^

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