‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 47 sur 297 · P.,GX[ii, H · texte numérisé non relu

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DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 79

sensibles, intellectuelles. Le principe sur lequel s'appuie saint Thomas est évident. Une loi, à laquelle nul ne peut se soustraire, relie dans une splendide unité les membres épars de la création ; nul ne peut vivre isolé et aller choisir, en dehors de la communion universelle, une vie égoïste et solitaire.

Cette impulsion n'est pas identique chez tous, elle se diversifie d'après les sujets qui la reçoivent.

Elle s'imprime d'une manière fatale et inconsciente dans les êtres matériels ; ils n'ont pas en eux-mêmes la raison de leur inclination, elle est ailleurs. Les substances immatérielles au contraire, à cause de leur immatérialité même, ont la libre disposition de leurs tendances ; elles désirent, se déterminent et agissent en vertu d'une force inhérente : la volonté. Nous disons que c'est leur immatérialité même qui fait leur liberté. Un être matériel, en effet, n'a et ne peut avoir qu'une forme, nous l'avons prouvé dans le chapitre précédent : n'ayant qu'une forme, il ne peut avoir le choix de sa tendance et il est nécessairement incliné vers tel ou tel but déterminé. Il n'en est pas ainsi des substances immatérielles qui, n'étant pas enchaînées par la matière, sont libres dans leur résolutions. Entre ces deux extrêmes se trouvent les êtres dont les facultés sont liées à la matière et qui ne dépassent pas la sphère de la sensation. Ils sont libres dans la mesure de leur immatérialilé, et cette immatérialité n'étant pas complète, ils ne possèdent, dit saint Thomas, qu'un fantôme de liberté. Il ne faut donc attribuer la liberté vraie, c'està-dire, la volonté parfaite, qu'aux êtres immatériels. La conclusion est facile à déduire : Dieu étant un esprit pur est par cela même doué au plus haut degré de volonté et de liberté.

Quelle est la puissance de la volonté de Dieu dans la réalisation de ses décrets? Saint Thomas afTirme que les décrets de la volonté divine sont exécutés toujours (1). Cette affirmation paraît téméraire; Dieu ne peut vouloir que le bien et cependant tout le bien possible n'est pas réalisé. Que de désordres, que de malheurs et que de crimes! et il y a lieu de s'étonner avec Bossuet, « de ce grand silence de Dieu parmi les désordres des choses humaines. » Mais l'objection la plus forte est celle que suggère le spectacle du naalheur irréparable : la perte des âmes. Saint Paul dit sans hésiter: « Que Dieu veut le salut de tous et que tous arrivent à la connaissance de la vérité (2). » Or, malgré cette volonté de Dieu, il y a des hommes qui se perdent : elle est donc impuissante ? Avant de répondre à ces graves difficultés, élevons-nous avec saint Thomas au-dessus de cette région où l'intelligence humaine se débat contre les mystères divins.

Un être, dit saint Thomas, peut échapper à telle ou telle manière d'être ; ainsi il peut ne pas être ou homme, ou vivant, ou organisé, mais il faut nécessairement qu'il soit : non potest esse quod non sit ens. Ce principe doit aussi s'appliquer aux causes. On peut se soustraire à telle cause particulière, mais on ne peut échapper à la cause universelle, pas plus qu'à la forme générale d'être. 11 est donc impossible qu'un effet se produise en dehors de l'action de la cause universelle. Or, c'est précisément la volonté de Dieu qui est cette cause, puisque rien n'existe que par la volonté divine. Lors donc qu'un etfet semble s'écarter de la volonté divine dans un sens, il faut néces-

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