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sairement qu'il y retombe dans un aulre. C'est ainsi que le pécheur, qui se révolte contre la volonté de Dieu, rentre dans l'ordre de cette volonté par le châtiment qui lui est infligé, car Dieu doit vouloir que le péché soit puni. Ainsi donc, par cela seul que la volonté de Dieu est la cause générale de tout ce qui est, rien ne peut s'y soustraire et ses décrets sont toujours exécutés. Ceux qui n'acceptent pas les dons de l'amour, sont forcés de se courber sous les coups de la justice.
Quant à la grave objection énoncée plus haut, voici la réponse de saint Thomas. Dieu veut tout ce qui est bon ; or, une chose bonne ou mauvaise en soi peut changer d'aspect si on se place à un aulre point de vue. Respecter la vie d'un homme est une chose bonne, la lui ravir est une chose mauvaise ; mais si l'on considère que tel homme est homicide et que sa vie constitue un danger, il faut changer les termes et dire: sa mort est un bien et sa vie est un mal. Un juge peut avoir la volonté générale de ne ravir la vie à personne ; mais, dans tel cas donné, il doit vouloir la mort d^un assassin. Comme homme, le juge peut vouloir la vie du malfaiteur qu'il est obligé de condamner comme juge; mais lorsqu'il prononce un arrêt, le juge est plus qu'un homme, il est le mandataire de la loi et, en cette qualité, il doit être inflexible comme elle, inexorable comme la justice, impassible comme le glaive. Il trahirait les grands intérêts qui lui sont confiés si, sous de vains prétextes de clémence et d'humanité, il faisait fléchir la sainte austérité des lois qui sont toujours d'autant plus respectées qu'elles sont plus rigoureusement appliquées.
Dieu veut d'une manière générale et avant toute considération particulière que tous les hommes soient sauvés ;
car c'est évidemment une chose bonne ; mais c'est une chose mauvaise, s'il s'afçitd'un scélérat; Dieu ne peut pas vouloir qu'il ne soit pas châtié. Sa volonté s'exécute donc toujours, ({d'il s'agisse du bonheur des élus ou de la damnation des réprouvés. L'impunité du méchant est un désordre que Dieu ne peut pas vouloir, et s'il est infiniment bon, il est aussi souverainement juste ; sa justice est même la conséquence nécessaire de sa bonté infinie. Si Dieu ne punissait pas les méchants, il ne serait pas infiniment bon à l'égard des élus, car il aurait réservé aux uns et aux autres les mêmes destinées ; les élus seraient obligés de reconnaître que toutes leurs vertus ont été de vains efforts puisqu'elles ont abouti à une fin identique à celle des méchants, et ils pourraient dire à Dieu : Nous avons été trompés.
La volonté de Dieu ne reste donc jamais sans effets, qu'elle se manifeste par la bonté ou par la justice.
Ces deux phases de la volonté de Dieu sont appelées par les théologiens : volonté antécédente et volonté conséquente. En vertu de la première, Dieu veut tout ce qui est bien en soi; en vertu de la seconde, Dieu veut tout ce qui est bien relativement (1).
Les décrets de la volonté de Dieu s'exécutent par l'intermédiaire des causes secondes qui sont défectueuses. Dieu ne peut pas vouloir qu'elles soient parfaites, dans le sens absolu du mot, car il voudrait une contradiction. F^'infirmité des causes secondes introduit dans Téconomie
1. Nous disons que la volonté antécédente et la volonté conséquente sont comme les deux phases de la volonté divine; cette expression est inexacte, car^ en réalité, il n'y a en Dieu qu'un seul acte de volonté. Nous parlons des choses divines avec le langage des hommes, mais n'oublions jamais cette belle sentence de saint Thomas : NuUa nostra locutio de Deo potestesse propria ad plénum.
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pfénérale des désordres qui doivent leur être attribués et qui rentrent dans le plan universel voulu de Dieu. Il n'est pas raisonnable de se laisser arrêter par la vue de ces désordres apparents. « Nous ne connaissons presque rien de l'univers, dit Leibnitz, et nous voudrions mesurer la sagesse et la bonté de Dieu par notre connaissance ! Il est ridicule de jup^er du droit quand on ne connaît point le fait (1). » Aussi lorsqu'un jour nous verrons le secret de ces mystères qui nous échappent maintenant, « nous serons plus disposés à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption (2). »
La volonté de Dieu, irrésistible dans ses décrets, est immuable dans ses résolutions ; mais, pour comprendre cette immutabilité de la volonté divine, il faut remarquer avec saint Thomas, la différence qu'il y a entre changer de volonté et vouloir un changement dans les choses. On peut, en effet, vouloir d'une volonté permanente deux choses contraires : ainsi je puis, dans un seul acte de volonté, vouloir me promener d'abord et me reposer ensuite, ce qui ne constitue pas un changement de volonté. Mais la volonté change lorsque l'on veut une chose que l'on ne voulait pas d'abord ou que l'on cesse de vouloir ce que l'on voulait auparavant, Ce changement peut avoir deux causes : ou une nouvelle disposition dans le sujet, ou une lumière plus complète qui nous fait comprendre ce que nous avons ignoré jusqu'alors. Cette double cause ne se trouve pas en Dieu ; sa substance et sa science étant immuables, sa volonté doit l'être comme elles. Plusieurs textes des saintes Écritures semblent contre-