Pascal. Pensées
dire cette thèse. Lorsque Dieu dit par la bouche de Jérémie (1). Je parlerai contre cette nation et contre ce royaume^ je le détruirai et j'en disperserai les débris, mais, s'il fait pénitence, à mon tour je me repentirai des malheurs que je lui ai réservés, ces paroles paraissent indiquer un changement dans la volonté divine. Le changement n'est que superficiel comme le prouve saint Thomas en ^renversant l'objection que l'on peut appuyer sur ce texte ou sur tout autre semblable. La volonté de Dieu, dit-il (2), cause première et universelle, n'exclut pas les causes intermédiaires ; mais, comme toutes les causes secondes réunies n'égalent pas la puissance de la cause première, il y a dans la science et dans la volonté de Dieu beaucoup de chosBS qui sont en dehors de l'action des causes inférieures. Ainsi en voyant Lazare dans son tombeau on pouvait dire, en ne considérant que les causes secondes : Lazare ne ressuscitera pas. Mais si on se fut élevé jusqu'à la cause première, on eût pu affirmer la résurrection de l'ami de Jésus. Y a-t-il dans ce fait un changement survenu dans la volonté divine? Lorsque le prophète prédit au roi Ézéchias qu'il allait mourir, ce qui cependant n'arriva pas, faut-il croire que les décrets de Dieu furent changés? Non, mais simplement que, tandis que les causes secondes aboutissaient à la mort, la cause première, c'est-à-dire la volonté de Dieu, en avait décidé autrement. Quand donc les saintes Écritures parlent des changements de la volonté divine, il faut entendre ces textes dans un sens métaphorique.
L'immutabihté de la volonté de Dieu n'impose pas la nécessité aux causes secondes, car celles-ci étant contin-