‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 51 sur 297 · Château de l'âme, troisième demeur*, ch. xi · texte numérisé non relu

Château de l'âme, troisième demeur*, ch. xi

nos anfï^oisses nous rép('îtions cette divine prière: Fiat volontas tua. Mais il ne suffit pas de vouloir ne que D'eu veut, ce n'est que le côté matériel, pour ainsi dire, de la conformité à la volonté divine; il faut de plus vouloir pour les mêmes motifs que Dieu lui-même. Ce n'est que par la charité ardente que nous acquérons cette perfection.

Quelle est donc la volonté de Dieu et comment pourrons-nous la connaître ? Le moyen est bien simple. Comme règle générale de la manifestation de la volonté divine, nous avons les prescriptions de la sainte Église, et comme règle particulière tous les événements qui nous arrivent et surtout les devoirs d'état. Un chrétien qui, pour plaire et se soumettre à Dieu, remplirait exactement tous les devoirs de son état, ne tarderait pas à arriver à la plus haute perfection, car toutes ses actions seraient ainsi marquées au coin de Téternité. Au lieu d'aller chercher la vraie et solide piété dans des pratiques extraordinaires (que du reste nous ne condamnons pas) soyons scrupuleux à bien remplir nos devoirs d'état. Il y a, j'en suis convaincu, bien des âmes qui se sont élevées très haut dans la vie intérieure et qui ne se sont jamais fait remarquer par ces excès de ferveur sensible ou de mortification extérieure que l'on prend trop souvent pour la sainteté, mais qui simplement, humblement et avec amour, ont accompli tous leurs devoirs en union et en conformité avec la volonté de Dieu. M

Tout ce qui nous arrive est voulu ou du moins permis par Dieu ; or, les événements qui fondent sur nous mettent quelquefois notre patience à une terrible épreuve ; dans quelle mesure sommes-nous donc tenus de nous soumettre à la volonté divine? D'abord nous est-il interdit de

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I(^s ressentir profondément, et la tristesse, qui en est la suite, est-elle une imperfection ou même un péché?

Cette opinion est opposée aux éloges dont l'Écriture a ('i)mblé Téminente sainteté de Job, cet éternel modèle de toutes les afflictions humaines. En apprenant les malheurs qui venaient de l'accabler, Job déchira ses vêtements et I laissa échapper ces cris qui sont les plaintes les plus déi chirantes que l'angoisse ait jamais arrachées à une âme I meurtrie. En commentant ce passage célèbre, saint Tho- I mas (1) blâme l'opinion des philosophes qui prétendent que le sage doit être insensible aux coups de l'adversité et il affirme qu'il est parfaitement légitime de ressentir vivement le poids de l'infortune. Cette opinion, ajoute-t-il, est plus vraie et plus conforme à la doctrine des Pères. Mais jusqu'à quelle limite peut aller cette inévitable tristesse pour ne pas franchir les bornes de la soumission à la volonté divine ? Est-on obligé de vouloir tous les événements malheureux que la Providence met sur notre route et ne peut-on rien faire pour les détourner? Il faut, dans cette délicate question, éviter deux extrêmes dont l'un, sans aller jusqu'au fatalisme, serait cependant l'insensibilité; l'autre, qui sans arriver jusqu'à la révolte, serait un manque de soumission à la volonté de Dieu.

Nous devons, dit saint Thomas, nous soumettre aux fins générales que se propose la Providence, mais, dans tel cas particulier, nous ne sommes pas tenus de vouloir ce que Dieu veut. Quand une mère voit mourir son enfant, elle n'est pas obligée de vouloir la mort de son fils, et ses etforts, ses soins, ses prières, sa douleur sont absolument légitimes.

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