‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 55 sur 297 · De divinis morihus · texte numérisé non relu

De divinis morihus

DE SAINT THOMAS d'AQUIN. 91

^éloquence ou la clarté dans l'expositon des questions difficiles. Au dessus de ces biens, il y en a de plus grands qui plus encore sont agréables aux yeux de Dieu : la justice, la prudence, la vérité, la miséricorde, la patience, l'humilité et enfin les trois vertus qui sont le couronnement de la perfection : la foi, l'espérance, la charité. Dieu ne peut pas se défendre d'aimer ces dons qu'il a répandus sur ses créatures et, par une conséquence nécessaire, tout mal doit lui déplaire. De même que la vertu et le vice sont contraires, de même tout mal est contraire à la bonté divine, parce qu'il diminue ou détruit le bien que Dieu a si libéralement accordé à la créature.

Nous devons, dans la limite de nos forces, imiter autant que possible cette bonté souveraine à laquelle tout bien est agréable ; nous devons l'entretenir et le défendre, résister à ceux qui cherchent à l'anéantir et détester le mal de toute Ténergie de notre âme. Nous devons résister au mal surtout à cause de l'injure qu'il fait au Créateur dont il dénature l'ouvrage, mais aussi à cause de la décadence et de l'avilissement dans lesquels il entraîne l'homme. Est-ce ainsi que nous agissons ? Hélas I dit saint Thomas, c'est souvent le contraire qui arrive. Quand on loue un de nos frères pour ses talents ou pour ses vertus, nous nous attristons et nous cherchons à diminuer sa gloire; mais si on le critique, ou si lui-même se laisse aller à des faiblesses qui le mettent à notre niveau, nous applaudissons et nous en sommes heureux. N'est-ce pas une preuve que, contrairement à Dieu, nous aimons le mal et que nous ne sommes pas assez grands pour chérir le bien partout où il se trouve ; c'est l'indice d'une âme petite et basse, car le bien est aimable en lui-même, et le mal est toujours haïssable.

Les trois grandes manifestations de la bonté de Dieu sont : la libéralité, le pardon et la miséricorde.

Par sa libéralité, Dieu communique aux créatures tous les dons qu'elles sont capables de recevoir. Il n'y a pas une seule des perfections divines, à la participation de laquelle la créature puisse être admise, que Dieu n'ait gardée avec un soin égoïste et jaloux. Non-seulement Dieu nous accable de ses bienfaits en nous faisant partager ses perfections, mais encore, nous le savons, il nous pardonne nos offenses, même les plus graves. Il lui suffit, dit saint Thomas, d'un seul soupir d'un cœur contrit et humilié, et aussitôt il ne se souvient plus de nos fautes, il ne nous les reproche pas pour nous confondre, il nous rend son amour et nous admet de nouveau dans la sainte familiarité des enfants de Dieu. Et nous, ajoute saint Thomas, tandis que nous devrions suivre ces grands exemples de Dieu, nous pardonnons à peine la plus légère offense, si nous la pardonnons, nous ne l'oublions jamais ; et si nous ne la reprochons pas, du moins nous ne rendons pas notre amitié à celui qui a eu le malheur de nous déplaire.

De toutes les manifestations de la bonté divine, il n'en est pas qui soient de nature à nous émouvoir plus profondément que la miséricorde, cette source inépuisable d'où jaillissent sur le monde les grâces d'en haut et qui nous révèle les richesses d'amour que renferme le cœur de

La Sainte Écriture ne se lasse pas d'exalter les miséricordes divines. La terre, dit le Psalmiste, est pleine des miséricordes du Seigneur (1) et saint Paul appelle Dieu : le Dieu des miséricordes et le Dieu de toute aonsola-

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