XVI INTRODUCTION
à moins qu'un éclair d'en haut ne déchire le voile qui leur cache le ciel. Ils sont dans l'état où était saint Augustin avant sa conversion : « Eram sine desideriis alimentoriim incorniptibillum ; j'étais sans désirs des aliments incorruptibles (2; ». Quand, au contraire, on se débat sous ses chaînes; quand on n'accepte pas l'esclavage de la chair et du sang ; quand on aspire à un repos plus vrai, à des joies plus profondes, à une vie plus parfaite; quand notre regard encore troublé cherche cependant la douce lumière de Dieu, alors on commence à soulever le fardeau et à marcher dans la véritable voie. C'est ce que décrit admirablement saint Thomas d'Aquin dans son Commenlaire sur le troisième chapitre dit Cantique des Cantiques :
« In lectulo meo per noctem quœsivi qiiem diligit anima mea ; sur ma couche j'ai cherché, pendant la nuit, celui qu'aime mon âme. » Voici comment le grand Docteur interprète ces mystérieuses paroles :
Sur ma couche, c^est-à-dire, tandis que je me reposais encore dans les délices du monde.
L'âme, comme l'épouse des cantiques, a dormi longtemps le sommeil de la vie extérieure et des sens, mais enfin elle s'est réveillée. Ce réveil est le premier pas chancelant de celui qui se met à la recherche de Dieu; mais il le çXi^vOjhQ pendant la nuit, c'est-à-dire, dans les ténèbres des passions à peine calmées et à la faible lumière delà raison. Les passions qui ont régné sur notre