In J^au.n
grâce, il s'est donné à lui d'une manière plus intime, il a éclairé son intelligence de lumières plus vives, il a séduit son cœur par les attraits d'une beauté mieux connue ; et, sous l'impulsion de la grâce, cette créature, si privilégiée déjà, s'est revêtue de clartés nouvelles qui font pâlir tous les dons de l'ordre naturel. Dieu ne s'en est pas tenu là: à l'homme, élevé au degré sublime de la filiation, il a préparé une destinée éblouissante qui mettait le comble aux témoignages de sa bonté. 11 Fa appelé à jouir de son propre bonheur, à le voir, face à face, et sans voiles, tel qu'il est : Père, Fils et Saint-Esprit. L'être humain tout entier est convié à une félicité infinie qui apaisera tous ses désirs, et qui dépassera ce que l'imagination la plus ardente a pu rêver de joies inconnues. Cette destiiiée surhumaine a-t-elle épuisé la bonté de Dieu ? Après nous avoir donné la raison, la grâce, la vision béatilîque, Dieu va-t-il, comme après l'œuvre des six jours, se reposer et dire que tout est parfait? Non, non, tout n'est pas parfait, il reste encore quelque chose à donner, le cœur de Dieu veut aller plus loin ; ce n'était pas assez de faire de l'homme un bienheureux, il veut en faire un Dieu : « Et verhum caro faclum est. »
Dieu ne pouvait rien faire de plus grande sa bonté ne pouvait imaginer une diffusion plus complète; que l'on ne dise donc plus que le mystère de l'Incarnation e^t indigne de la majesté de Dieu puisqu'il est la conséquence presque naturelle de sa bonté infinie.
D'ailleurs, l'Incarnation du Verbe est la manifestation la plus éclatante des attributs divins.
Dieu, dans ce mystère, a déployé sa toute-puissance puisqu'il a élevé l'homme au rang d'un Dieu ; il a fait éclater sa sagesse puisqu'il a concilié les droits de sa jus-
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tire el les élans de sa tendresse ; mais ce qui doit peutuv nons toucher davanlage, c'est que Dieu, grâce à l'incarnaiion, a pu acquérir une des formes les plus éuiouvantes de la bonté : la pitié affectueuse (1).
Dieu est, en ellet, par sa nature, incapable d'éprouver celte tristesse compatissante qui saisit tous ceux qui ont pris leur part dans le fardeau des douleurs humaines; mais, après avoir revêtu une chair mortelle, il a, comme nous tous, pleuré sur la tombe d\]n ami, il a en pitié des foules qui se mouraient dans le désert ; il a été fatigué de la longueur du chemin (:^) ; il s'est écrié dans Taccablément de sa tristesse : « Mon Dieu, que. ce calice s'éloigne de moi; » eniin, n'en pouvant plus, il est tombé trois fois sur la route du Calvaire. Voilà le Dieu dont nous avo^s besoin. L'incarnation le met, pour ainsi dire, à notre nijveau ; nous le retrouvons au fond de toutes nos douleurs; jc'est la voie la plus sûre pour nous rapprocher de Lui, si nous savons sanctifier nos larmes en les unissant aux isiennes. Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob était un jDieu terrible dont on osait à peine prononcer le nom ; (mais le Dieu de Flncarnation prend pitié de toutes nos idouleurs puisqu'il les a Lui-même éprouvées, et quand !nos plaies nous font pousser ces cris qui retentissent d'un bout à l'autre de l'histoire humaine, nous reprenons courage en entendant ces paroles tomber de la bouche du Verbe incarné : « Bienheureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (3). »
Nous pouvons donc conclure avec saint Thomas que rincarnaiion ne rabaisse pas la nature de Dieu, puis-