‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 83 sur 297 · Matth., IX · texte numérisé non relu

Matth., IX

Mais, une fois le péché commis, pourquoi Dieu n'a-t-il pas immédiatement donné le remède? Voici la belle réponse de saint Thomas.

L'orgueil était la cause première du péché. Le serpent avait dit à la femme: Pourquoi Dieu ne vous a-t-il pas permis de manger de tous les fruits du Paradis ? La temme répondit: Nous mangeons de tous les fruits des arbres du Paradis, mais Dieu nous a détendu de toucher au truit de Tarbre qui est au milieu du jardin, car le jour où nous en mangerons, nous mourrons. — Vous ne mourrez pas, reprit le serpent, mais vos yeux s'ouvriiont et vous serez semblables à des dieux (1).

C'est donc l'orgueil qui a entraîné dans le goulfre Eve, Adam et leur postérité ; aussi il était nécessaire que, pour guérir cette lèpre hideuse, ils reconnussent humblement à quel point ils avaient besoin d'un Rédempteur. Dieu, par un juste châtiment, laissa Ihomme livré à lui-même et aux conséquences de sa chute, afin qu'il apprit par une lamentable expérience ce dont il était capable en se séparant de Dieu. Il avait voulu être un Dieu, Dieu voulut le convaincre qu'il n'était qu'un homme.

Que peuvent le libre arbitre sans la grâce, et la loi naturelle sans la foi 1 Hélas I nous ne le savons que trop, il n'est pas possible de se faire illusion et de se mentir à soi-même. L'ébranlement causé par la faute originelle incline notre volonté vers le mal. Il n'y a pas de crimes dont ne soit capable la volonté humaine et, quand on descend dans ses profondeurs, on y découvre les sources empoisonnées d'où peuvent, d'un moment à l'autre, jaillir ces flots impurs, que l'Apôtre décrit dans le cinquième clia-

i. Gen., m.

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pitre de répître aux Galates (1). Sans doute le libre arbitre n\i pas été détruit, mais il a été tellement affaibli qu'il se soutient h peine dans les sentiers du juste et du vrai, ( t qu'à chaque instant, il tombe lourdement mal.cjré la fermeté de nos résolutions et la honte du péché. Avouonsle humblement, la volonté humaine est une lueur qui vacille au moindre soufïle et qui s'éteint dans la tempête.

Si nous étions bien convaincus d'une vérité si simple ol d'une évidence si palpable, rien ne nous paraîtrait plus naturel que ces deux vertus fondamentales: l'humilité et la charité. L'humilité, car nous ne serions pas tentés de nous élever, en pensant à la faiblesse de notre pauvre nature qui chancelle toujours, tombe souvent, et qui nous rappelle la condition de créature déchue « qui ne fait pas le bien qu'elle veut et qui fait le mal qu'elle ne vowJrait pas (2). » En face de cette déplorable facilité pour le mil, nous serions indulgents à l'égard du prochain. Loin d'être animés de cette sévérité inflexible que n'évitent pas tonjours les âmes qui font profession de piété nous serions portés au contraire à tout excuser, à tout pardonner, et lorsque la gravité de la faute ne nous permet pas de fermer les yeux, nous laisserions à Dieu le soin de juger notre frère, nous souvenant de cette sublime leçon : « Jésus dit cette parabole à ceux qui s'estimaient justes et qui méprisaient leurs frères: Deux hommes montèrent au temple pour prier ; Vun était pharisien et Vautre publicain. Le pharisien se tenait debout et disait en luimême : Seigneur, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, voleurs, injustes,

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