‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 85 sur 297 · Luc, xvni, 9 et seq · texte numérisé non relu

Luc, xvni, 9 et seq

1. Qiia (Lex) data invaluit morbus, non legis sed naturœ vitio (Saiut Thomas, loc. cit.)

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Pourquoi donc Dieu proinul^ua-t-il la loi ancienne si ell<* était impuissante à l'aire éviter Técueil (ju'elle niontrail ''^ C'était pour nous découvrir la profondeur du mal qui noM> dévorait et la nécessité absolue delagràcede Jésus-Cliri^i, car si, avec une loi bonne en elle-même, mais imparfaite, riiumanité n'a pas pu se relever, c'est que tous ses eifoi ts et toutes les lumières de la loi naturelle, ravivées sur ht Sinaï, étaient incapables de guérir les blessures du péché originel.

Telle est la première raison qu'expose saint Thomas pour expliquer pourquoi Dieu a ditféré si longtemps le mystère de l'Incarnation ; la seconde renferme les plus solides enseignements qui s'adressent à tous ceux qui commencent à vivre de la vie intérieure.

La loi inexorable de tout perfectionnement moral, dit le saint docteur, c'est que l'on doit s^avancer d'un état imparfait à un état plus parfait : voilà la règle. L'imparfait est le point de départ, et Dieu, avant de donner Jésus- Christ au monde, a laissé l'homme dans l'attente pendant quatre mille ans pour apprendre aux âmes ferventes, mais trop pressées de jouir de la présence sensible de Jésus- Christ, qu'il faut attendre bien longtemps avant que la grâce ait transformé notre être tout entier au point de ressentir à peine les atteintes du péché. Ce n'est pas en quelques mois, en quelques années même que Ton se délivre de ses fautes et de ses imperfections ; comme tout le reste, la vie intérieure demande du temps. On tombe dans une illusion qui conduit au découragement lorsqu'on se figure arriver vite à la perfection à laquelle on aspire. Quelquefois la grâce fait en un moment le travail des années, mais 2 c'est une exception que Dieu ne doit à personne, et, en règle générale, c'est peu à peu, au jour le jour, que l'on

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s'avance vers l'heure à jamais bénie où Jésus-Christ apparaît dans le ciel de notre àme pour en chasser les derniers nuages, réclairer de s;i lumière et la transformer en Lui.

Il y a des âmes « animées d'un zèle qui n'est pas selon la science » (1), qui, voulant arriver vite au but^ entassent pratiques sur pratiques, comme pour forcer la main de Dieu: cette bonne volonté est louable, mais il y a deux écueils à redouter. Le premier est de croire que la perfection est le résultat de nos efforts plutôt que de la grâce de Dieu, c'est une illusion d'autant plus déplorable qu'elle cache un orgueil spirituel très dangereux que Dieu fait cruellement expier ; le second est de se persuader que la patience et le temps, indispensables pour toute chose durable, sont inutiles dans l'œuvre par excellence : notre sanctilication. Loin de nous la pensée de condamner la ferveur et la générosité des âmes qui commencent; nous les avertissons seulement que, même dans leurs plus tendres élans, elles doivent toujours se défier d'ellesmêmes, ne pas écouter leur volonté propre et attendre patiemment qu'il plaise à Dieu de leur donner des témoignages sensibles de la présence de Jésus-Christ. S'il faut passer des mois, des années, pour nous délivrer d'un défaut, d'une imperfection, travaillons sans relâche, ne nous décourageons jamais, demandons continuellement à Dieu le secours tout-puissant de sa grâce et le mépris de nous-mêmes, nous souvenant toujours que Dieu donne Jésus-Christ quand il veut et dans la mesure qui lui convient.

Si Dieu a cru devoir retarder ainsi l'incarnation du

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