‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 86 sur 297 · Rom. X · texte numérisé non relu

Rom. X

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Verbe, il ne convenait pas à sa bonté, ajoute saint Thonjas, de la diiîérer jusqu'à la (in des temps ; ainsi après de longues et pénibles épreuves, les âmes intérieures ne doivent pas désespérer d'entendre résonner un jour ;iu fond de leur cœur ce doux et consolant cantique : Pax Jiominibus honœ voluntatis.

Nous avons énoncé plus haut une proposition dans laquelle saint Thomas affirme que si l'homme n'eût pas péché, Dieu ne se serait pas incarné. Cette conclusion du saint docteur est combattue par une école célèbre qui soutient que l'Incarnation du Verbe a été décrétée indépendamment du péché. L'Église laissa aux théologiens une liberté complète sur une question qu'elle n'a pas définie.

11 convient à la Toute-Puissance de Dieu, disent les adversaires de la thèse thomiste, de produire un effet en proportion avec la cause; or, la cause est infinie et la création, malgré toutes ses splendeurs, étant finie, l'Incarnation seule est en équation avec la cause et, sans elle, Dieu n'aurait jamais produit un effet digne de Lui.

Donnons à cet argument toute sa force pour mieux apprécier ensuite l'admirable solidité de la doctrine de saint Thomas.

Assistons par la pensée au déploiement sublime de la Toute-Puissance de Dieu. Il creuse des abimes sans fond et il y sème des mondes ; mais les abimes lui crient : Encore, encore, donne-nous de nouveaux cieuxetdes sphères plus belles, car nous sommes l'immensité, et tes mondes, dans leur course haletante, franchissent à peine les limites de noire empire. Dieu alors pour répondre à la voix des abimes, et comme pour les combler, jette à profusion ces

sphères incommensurables qui, par leur masse et leur nombre, eHVaient Timagination la plus hardie; mais les abimcs ne sont p:\s satisfaits et par delà les sentiers où gravitent les astres, il y a encore d'insondables gouffres où régnent une nuit et un silence éternels. Dieu choisit alors une planète où il déploiera l'inépuisable fécondité de sa puissance. Il en fera le théâtre d'une vie colossale qui» du chêne au brin d'herbe, de l'aigle à l'alcyon, circule dans les veines du monde et dont la plus humble manifestation est un cantique qui, sur l'aile des tempêtes, va se mêler aux murmures des cieux. Ce n'était pas assez, et Dieu ne voulait, dans ses œuvres, rien qui no fût digne de Lui. 11 créa l'homme, il le fit à son image et à sa ressemblance, il imprima sur son front un reflet de son éternelle beauté, il mit dans son regard toute la lumière du ciel, sur ses lèvres toutes les harmonicsqui flottent éparses sur les rivages antiques des mers et sous les dômes des forêts, il donna a son cœur un mouvement qu'il préféra à la cadence des cieux, car chaque battement était un hymne d'amour. Et quand, sous les ombrages d'Éden, il vit l'homme pur et radieux, digne prêtre de ce temple qui avait la terre pour autel et pour voûte le ciel. Dieu avaitil devant Lui une œuvre dont sa Toute-Puissance pût être satisfaite? Non, car l'homme, malgré tous les dons qu'il avait reçus, n'était qu'une créature finie, et il fallait quelque chose d'infini pour répondre à la Puissance divine: Dieu alors décréta l'Incarnation de son Verbe comme couronnement de son œuvre et le seul objet digne de Lui.

Tel est le principal argument des adversaires de la thèse thomiste, et s'il peut séduire les esprits qui, dans les questions théologiques, se laissent entraîner par leur ima-

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gination, il n'est pas de force à convaincre ceux qui aiment mieux la voix sévère mais plus (idèle delà raison.

Que le Verbe se fût incarné quand même l'homme n'eût pas péché: C'est possible, dit saint Thomas, car qui oserait assij<ner des bornes à la puissance de Dieu ? Cependant, ajoute-t-il, je ne crois pas devoir accepter celte opinion.

Les décrets qui dépendent de la seule volonté de Dieu nous sont connus par la sainte Écriture ou par la tradition catholique. Or, toutes les fois que l'Écriture ou les Pères parlent de Tlncarnation du Verbe, ils assignent le péché de l'homme, comme cause unique du mystère. û

Il est évident que ce n*est que par les livres saints que nous connaissons les décrets libres de Dieu, et les théologiens, qui ne se contentent pas de cette révélation peuvent,; quand même ils restent dans les limites de l'orthodoxie, s'égarer dans les systèmes qui n'ont d'autre base qu'une imagination séduite par de fausses apparences. C'est le cas dans la question que nous traitons ici. Dieu pouvait s'incarner quand même l'homme n'eût pas péché, disent nos adversaires; nous l'accordons sans difficulté; donc il se serait incarné, concluent-ils. Sur quoi cette conclusion^ peut-elle s'appuyer, alors que l'Écriture, notre seul guide en pareille matière, assigne toujours le péché de l homme| comme cause de l'Incarnation ?(1) Une pareille affii'malion semble téméraire, car ceux qui la soutiennent paraissent ne pas se contenter des révélations qu'il a plu à Dieu de nous donner.

L'argument, que nous avons développé plus haut, ne conclut pas, dit saint Thomas. Dieu, pour manifester sa

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