‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 90 sur 297 · Geues. lix · texte numérisé non relu

Geues. lix

« nous exprimer la terreur qui saisit naturellement tous « les hommes en la présence de Dieu, depuis que le péché est entré au monde.

<f Quand je recherche les causes d'un effet si extraordinaire, et que je me demande à moi-même : D'où vient que les hommes s'effraient de Dieu ? Il s'en présente à mon esprit deux raisons qui vont apporter de grandes « lumières au mystère de cette journée. La première « cause, c'est l'éloiiînement ; la seconde, c'est la colère : « expliquons ceci. Dieu est infiniment éloij^jné de nous, t< Dieu est irrité contre nous. Il est infiniment éloigné de « nous par la grandeur de sa nature ; il est irrité contre « nous par la rigueur de sa justice, parce que nous « sommes pécheurs. Cela produit deux sortes de craintes: « la première vient de Tétonnement, elle naît de l'éclat de « la majesté ; l'autre des menaces. Ah ! je vois trop de «f grandeur, trop de majesté ; une crainte d'étonnement « me saisit, il est impossible que j'en approche. Ah t je a vois cette colère qui me poursuit ; ses menaces me font « trembler, je ne puis supporter l'aspect de cette majesté « irritée, si j'approche, je suis perdu. Voilà les deux « craintes : la première causée par l'étonnement de la « majesté ; la seconde, par les menaces de la justice et de « la colère divine. C'est pourquoi le Fils de Dieu fait deux « choses: chrétiens, voici le mystère. En se revêtant de notre nature, premièrement, il couvre la majesté, et il ôte la crainte d'étonnement; en second lieu, il nous fait voir qu'il nous aime, par le désir qu'il a de nous ressembler, et il fait cesser les menaces

« Sa gloire se tempère, sa majesté se couvre, sa gran-

H « deur s'abaisse, celte justice rigoureuse ne se montre

' pas ; il n'y a que la bonté qui paraisse, afin de nous

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« inviter avec plus d'amour. Voyez cette majesté souve- « raine que les anges n*osent regarder, devant laquelle « toute la nature est émue : elle descend, elle se rabaisse, « elle traite d'égal avec nous. Et ce qui est bien plus ad- « mirable, c'est afin, dit Tertullien, que nous puissions « traiter d'égal avec elle. Traiter d'égal avec Dieu f pout- « on relever plus la nature humaine? peut-on nous donner « plus de confiance? Que les anciens aient été effrayés de « Dieu, il y avait sujet de trembler. Isaïe l'a vu en sa « gloire, et la crainte Ta saisi. Adam l'a vu en sa colère, « et il a fui devant sa face. Mais pour nous, pourquoi « craindrions-nous, puisque ce n'est pas cette majesté qui « étonne, ni cette justice rigoureuse, qui se présente à « nous aujourd'hui; mais que la grâce, la bénigniié, la « douceur de Dieu notre Sauveur, nous est apparue (i) » .

Oui, le Dieu de Bethléem a dépouillé tout ce qui pouvait être pour nous une cause d'épouvante, et il nous apparaît sous la forme la plus propre à nous attirer, avec les bergers, auprès de sa crèche. Personne ne peut se défendre d'un mouvement d'ineffable tendresse devant un berceau. Même lorsque l'enfant qui y repose ne nous est rien, nous nous laissons émouvoir. A la vue de cette douce, faible et charmante créature qui. dans son sommeil confiant, semble sourire aux anges et qui, à son réveil, laisse errer son regard étonné comme pour chercher encore les visions envolées, l'àme s'ouvre aux impressions divines, et s'incline devant Celui d'où découle toute paternité uu ciel et sur la terre (2).

Jésus, dans sa crèche, a toutes les grâces de l'enfance : Un enfant nous est né, dit le prophète Isaïe, et un fils

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