‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 92 sur 297 · IV'^ p., q. XXXVI, a · texte numérisé non relu

IV'^ p., q. XXXVI, a

la raison aux conseils secrets de la Providence divine, et la naissance du Christ environnée de toute la j^loire et de toute la majesté divines eut singulièrement diminué le mérite de la foi. Elle ne devait pas cependant rester complètement ignorée, car alors, pour une raison contraire, la foi eut été aussi impossible. C'est donc avec une sagesse profonde que Dieu a convoqué quelques témoins privilégiés auprès de la crèche de son Verbe incarné.

Les anges ont appris aux bergers le mystère qui venait de s'accomplir et l'étoile mystérieuse a averti les Mages. Dieu a daigné nous manifester ainsi une des lois de sa Providence sur les âmes. Presque toujours, en effet. Il harmonise les inspirations de sa grâce avec les tendances de la nature qu'il nous a donnée. Tous les hommes sont appelés à jouir des bienfaits de l'Incarnation, mais tous ne suivent pas le même chemin pour arriver auprès du Christ. Les bergers appartenaient à cette race familiarisée avec les apparitions des anges, car c'était par l'entremise des esprits célestes que Dieu manifestait ses volontés aux enfants d'Israël. Les Mages, au contraire, étaient des gentils adonnés à l'étude des sciences ; souvent ils contemplaient le ciel pour suivre le mouvement des astres, aussi Dieu se servit-il d'une étoile pour leur apprendre la naissance de Notre-Seigneur. 1

Les bergers et les Mages sont les éternels modèles de la vocation des âmes. Les unes, nées dans le sein de l'Église, comme les bergers dans la synagogue, entendent de bonne heure la voix des anges qui, sous la forme de l'enseignement traditionnel, fait arriver jusqu'à elles l'appel de Dieu, elles s'empressent d^accourir auprès du berceau du Christ, ou plutôt elles y sont portées dans les bras de leur mère, l'Église cathohquc. Elles ont la foi simple, naïve.

et, pour ainsi dire, naturelle des bergers, c'est à elles que le Dieu-Enfant réserve ses premiers sourires. Mais il est né pour tous, et il sait qu'en dehors du bercail, il y a encore des brebis que le Bon Pasteur ne peut pas oublier» A ces âmes élevées loin de la lumière surnaturelle qui environne les bergers, mais éprises de ce qui est grand et beau, livrées à l'étude des mystères de la nature ou de tout autre problème digne de solliciter l'intelligence. Dieu envoie, comme aux Mages, une étoile, c'est-à-dire un phénomène inexplicable sans l'intervention divine. Elles reconnaissent aussitôt le signe d^une main toute puissante, et à la suite des Mages elles entreprennent un long voyage dont le terme est le berceau du Christ.

La naissance de Notre-Seigneur ne produisit pas les mêmes eifets dans toutes les âmes, car l'Évangile nous apprend qu'à cette nouvelle, Hérode se troubla et toute la ville avec lui (1). Gomment un événement en apparence si humble et de si peu d'importance a-t-il pu faire trembler un roi et jeter l'alarme dans une grande ville? La naissance d'un enfant n'a d'intérêt que pour ses proches qui se réjouissent ; les indifférents et les étrangers ne s'en occupent même pas. Pourquoi donc Héiode et Jérusalem sont-ils troublés de la venue du Christ? Méditons les belles explications que nous donne saint Thomas d'Aquin (2).

Le trouble d'Hérode est un aveu implicite de la divinité du Christ. Un roi jaloux y voit l'aurore d'un pouvoir devant lequel les sceptres fragiles des puissances humaines devront s'abaisser. Celui qui vient de nailre dira un jour, il est vrai, que son royaume n'est pas de ce monde, et

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