Matth. II
%. 111» p., q. xxxvi. a H, a<i 3.
c'est précisément pour cela qu'il portera ombrage aux royaumes de ce monde. Les rois de la terre ne verront pas sans un dépit secret un trône plus élevé, plus glorieux, que le leur, quelque haut qu'il soit : les uns accepteroTit la suprématie du Christ, mais, à l'exemple d'Héro le, d'autres voudront secouer le joug et ils déclareront une guerre insensée au Roi dont il est écrit : Son règne n'aura point de fin. Telle est la cause de l'hostilité des pouvoirs humains à l'égard du Christ. Ils voudraient qu'il n'y eût nulle part sur la terre une couronne plus éclatante que leur diadème, et quand ils voient le Roi immortel des siècles dominer le monde avec son sceptre de roseau et sa couronne d'épines, ils sont humiliés d'avoir à choisir entre l'alternative de se soumettre comme les derniers de leurs sujets, ou d'entreprendre une lutte désespérée contre un adversaire dont la gloire les importune. Tontes les fois qu'une puissance s'élève et menace de faire descendre les autres au second rang, elle suscite des passions et des haines qui ne désarment jamais ; il faut accepter sa suprématie ou se coaliser contre elle, porter ses fers ou les briser. Si le Christ n^êtait qu'un Roi vulgaire, il y a longtemps que les débris de son empire dormiraient dans un coin de l'histoire avec tant d'autres ruines amoncelées, mais son royaume n'est pas de ce monde, voilà pourquoi il a vaincu le monde. Le monde a accepté sa défaite, il a adoré son triomphateur ; mais, pour que rien ne manquât à sa gloire, il fiUait qu'Hérode fût jaloux des palmes du vainqueur. Hérode est de tous les temps, il se rencontre toujours des hommes dont l'orgueil ne supporte pas la grandeur du Christ, ils la considèrent comme r ennemi, et leur rage s'accroît de leur impuissance. Ne nous effrayons pas, « Dieu souffle sur les desseins des politiques, et il les ren-
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« verse que craignons-nous dans l'œuvre de Dieu?
« Les obstacles que nous suscitent les grands de la terre « et leur fausse politique? Quand le monde sera plus fort « que Dieu, nous devons tout craindre; tant que Dieu sera « comme il est, le seul puissant, nous n'avons qu'à marft cher la tête levée (1). »
Le trouble d'Hérode s'explique par la jalousie criminelle des pouvoirs humains à l'égard d'une puissance plus grande ; mais pourquoi le peuple de Jérusalem s'estil fait complice d'Hérode ? Il semble, dit saint Thomas [ibid.) que Jérusalem eût dû se réjouir en apprenant la naissance de son libérateur, de Celui qui allait prendre la défense des petits, des faibles, des ooprimés ; proclamer les droits imprescriptibles de la conscience humaine^ relever l'homme au point de faire du titre de fils de r homme une gloire presque égale à celle du titre de Fils de Dieu. Et cependant le peuple de la cité sainte partage la haine ombrageuse de son maitre. Ce fut par peur, dit saint Thomas d'Aquin. Le peuple devient facilement courtisan des Rois dont il redoute la cruauté, et, pour flatter ses tyrans, il s'associe à leurs passions, à leurs caprices et à leurs crimes. C'est dans ce sentiment, un des moins avouables, qu'il faut chercher la cause de la conspiration des peuples et des liois contre le Christ. Les maitres des nations voient dans le Christ un rival importun, et ils lui déclarent la guerre ; mais pourquoi donc les peuples qui devraient le considérer comme un allié, se font-ils les complices d'une politique dont ils finissent toujours par être les victimes? C'est par peur : ils n'osent pas résister aux entreprises criminelles de leurs tyrans ; ils secouent le joug de Dieu
1. Bossuet, Élévations sur les mystères, xvn<^ semaine, ni'^ élévatior
^5/j- LA nor.TRTNE SPinlTTTTÎLLTÎ
pour porter plus lourdement celui des hommes, et ils descendent plus avant dans la servitude à mesure qu'ils s'éloip;nent du Lil)érat,eur.
Les bergers s'empressent de répondre à l'appel de Dieu, mais plus près du nouveau né il y a une femme dont aucune langue humaine ne pourra exprimer les sentiments : Marie conservait toutes ces choses, les repassant dajis son cœur(i). Elle n'entonne pas un cantiqne comme au jour de sa visite à sainte Elisabeth, elle n'essaye pas de traduire les transports de son amour et les extases de son adoration, elle les garde dans son cœur, parce que toute parole est impuissante : « Les grandes choses que « Dieu fait au dedans de ses créatures, dit Bossuet (2), « opèrent naturellement le silence, le saisissement, et je « ne sais quoi de divin qui supprime toute expression. » A l'exemple de Marie, gardons dans notre cœur les émotions que réveille le mystère inetfable de la naissance de Jésus, imitons son silence, ou, si nos lèvres s'agitent, contentons-nous de redire un écho lointain du chant des anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Huit jours après sa naissance, Notre -Seigneur daigna se soumettre à l'une des prescriptions de la loi Mosaïque et il reçut le nom de Jésus devant lequel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers (3). En commentant ces paroles de l'Apôtre saint Paul, saint Thomas fait remarquer que la grandeur du nom est toujours en raison directe de l'élévation de l'objet nommé. Le nom de Jésus est donc le plus grand qui soit sous le