‹ La doctrine spirituelle de St. Thomas d'AquinChapitre 98 sur 297 · Joa. VIII · texte numérisé non relu

Joa. VIII

1*''-^ LA DOr/ritl.Nh bi'mnUELLE

qu'an dernior jour, lorsque Jésus-Christ fora entendre à ses ennemis humiliés et à ses serviteurs triomphants la parole suprême : « J'ai vaincu le monde. »

L'Évangile est sobre de détails sur la sainte enfanf^.e do NoIre-Sei^neur. Il ne fait mention que du pèlerinage à Jérusalem où Jésus-Christ étonne les docteurs de la loi par la prudence et la sagesse de ses réponses et il résume en un seul mot les années de Notre-Seigneur jusqu'à sa vie publique : Erat subditus illls, il était soumis à Marie et à Joseph. Imitons la réserve des auteurs sacrés et ne jetons pas un regard indiscret sur des mystères que rÉvangile n'a pas voulu nous révéler. Les Élévations, de Bossuet, sont le commentaire le plus sage des quelques paroles que l'Évangile prononce sur le séjour de Jésus à Nazareth, contentons-nous de les méditer sans chercher à percer des voiles que l'Esprit de Dieu n'a pasduigné soulever :

« Jusqu'à l'âge d'environ trente ans, dit Bossuet, Jésus « ne fît autre chose que d'obéir à Marie et à Joseph.

« Je suis saisi d'étonnement à cette parole : est-ce donc ; « là tout l'emploi d'un Jésus-Christ, du Fils de Dieu ? Tout , « son emploi, tout son exercice est d'obéir à deux de ses i « créatures. Et en quoi leur obéir? dans les plus bas i « exercices, dans la pratique d'un art mécanique. Où sont ! « ceux qui se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs ! « emplois ne répondent pas à leur capacité, disons mieux « à leur orgueil ? Qu'ils viennent dans la maison de « Joseph et de Marie, et qu'ils y voient travailler Jésus « Christ. Nous ne lisons point que ses parents aient jamais « eu de domestiques, semblables aux pauvres gens dont « les enfants sont les serviteurs. Jésus a dit de lui-même « qu'il était venu pour servir. Les anges furent obligés, « pour ainsi dire, à le venir servir eux-mêmes dans le

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« désert, et Ton ne voit mille part qu'il eût des serviteurs « à sa suite. Ce qui est certain, c'est qu'il travaillait luit< môme à la boutique de son père. Le dirai-je ? Il y a « beaucoup d'apparence qu'il perdit Joseph avant le temps « de son ministère. A sa passion il laisse sa mère en garde « à son disciple bien-aimé, qui la reçut dans sa maison; « ce qu'il n'aurait pas fait, si Joseph, son chaste époux, « e :t été en vie... Et c'est pourquoi au commencement « du ministère de Jésus-Christ, lorsqu'il vint prêcher dans « sa patrie, on disait: N'est-ce pas là ce charpentier, fils (' de Marie? Gomme celui, n'en rougissons pas, qu'on avait <t vu, pour ainsi parler, tenir la boutique, soutenir par « son travail une mère veuve, et entretenir le petit com' « morce d'un métier qui les faisait vivre tous deux...

« 0 Dieu ! je suis saisi encore un coup ! Orgueil, viens « crever à ce spectacle t Jésus, fils d'un charpentier, « cîiarpentier lui-miême, connu par cet exercice, sans (v qu'on parle d'aucun autre emploi, ni d'aucune autre « action...

« Il y (^n a eu qui ont eu honte pour le Sauveur de le voir « dans cet exercice : et dès son enfance ils le font se jouer « avec des miracles. Que ne dit-on point des merveilles « qu'il fit en Egypte? Mais tout cela n'est écrit que dans «des livres apocryphes. L'Évangile renferme durant trente « ans toute la vie de Jésus-Christ dans ces paroles : Il leur « était soumis, et encore : C'est ici ce charpentier, fils de « Marie. Il y a dans l'obscurité de saint Jean-Baptiste « quelque chose de plus grand en apparence: il ne parut « point parmi les hommes. Et, le désert fut sa demeure. « Mais Jésus dans une vie si vulgaire, connu à la vérité « mais par un vil exercice, pouvait-il mieux cacher ce « qu'il était V Que dirons-nous, que ferons -nous pour le

« louer? il n'y a en vérité qu'à demeurer dans l'admi- « ration et dans le silence » (1).

0 Jésus ! qui avez daij^né vivre pendant trente ans ignoré, inconnu, caché aux regards de tous et occupé aux travaux d'un métier servile. Et nous, nous sommes possédés du désir de paraître, de remplir des fonctions élevées, nous voulons attirer l'attention des hommes; si on nous laisse dans notre obscurité nous crions à l'injustice. Ayons au moins le courage de rougir de sentiments si peu conformes à l'esprit du christianisme, et, au souvenir des trente années de Notre-Seigneur passées dans l'atelier d'un charpentier, humilions-nous de proliter si peu des divines leçons qu'il nous a données. Jésus-Christ eut pu dès le commencement étonner le monde, et voilà que pendant trente ans il s'entoure d'nn mystère d'autant plus impénétrable que sa vie n'offre pen que d'ordinaire. Ah ! il savait bien que l'orgueil est la plaie la plus profonde du cœur humain, et que, pour la guérir, il ne fallait rien moins que le spectacle d'un Dieu anéanti.

Jésus vint de la Galilée pour être baptisé de la main de Jean. Jean l'en empêchait en disant: c'est vous qui me devez baptiser et vous venez à moi! Mais Jésus lui dit: laissez-moi faire maintenant ; il faut que nous accomplissions ainsi toute justice. Alors Jean ne lui résista plus. Jésus fut donc baptisé et quand il sortit des eaux du Jourdain, le ciel s'ouvrit et il vit l'esprit de Dieu qui descendait vers lui sous la forme d'une colombe, et une voix disait dans le ciel : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui fai mis mes complaisances (2).

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