‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 10 sur 71 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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si on le compare aux ouvrages beaucoup plus étendus qui ont été composés sur la sainte Vierge, soit par des auteurs du temps passé, soit par des auteurs modernes. Saint Anselme, saint Bernard qui ont précédé saint Thomas, et desquels le Docteur angélique a connu et utilisé les ouvrages, le bienheureux Albert le Grand qui fut son maître, saint Bonaventure qui fut son ami, d'autres encore ont célébré, dans des traités d'une certaine étendue, la haute dignité et les glorieux privilèges de la Mère de Dieu. Certes, on aurait tort d'attribuer la brièveté de saint Thomas sur cette matière à une sorte de réserve qu'il se serait imposée, dans sa vénération et son amour pour la Reine de tous les saints. Comment eût-il été un ange de pureté, s'il n'eût pas aimé la mère des âmes pures, «celle qui ne fut pas seulement pure pour elle-même, mais qui a procuré la pureté à tant d'autres [Exposit. in salut, angel., Opusc. yj, p. 201)?)) On trouve dans la vie du saint Docteur un grand nombre de traits qui attestent son amour extraordinaire pour la bienheureuse Vierge. Son premier biographe Guillaume de Tocco n'a pas omis de rapporter que saint Thomas, encore

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en très bas âge, ne voulut pas absolument lâcher un morceau de papier qu'il tenait dans ses petites mai^is, et sur lequel était transcrite la Salutation angélique. Il appliquait ce papier à ses lèvres et semblait en extraire du miel, comme une abeille en se posant su?une fleur \

L'infatigable chercheur des manuscrits de saint Thomas que nous avons déjà cité, M. l'abbé Uccelli, fait observer que dans les autographes de la Somme contre les Gentils^ il a souvent trouvé ces mots : Ave Maria^ écrits sur la marge. Non seulement le Docteur angélique a pris VAve Maria pour sujet de deux commentaires spéciaux, mais, d'après les actes de sa canonisation, il expliqua l'^ye J/ana dans une série de sermons prêches à Naples. On peutbien dire que VAve Maria résonne comme une douce mélodie à traversl'ensemble harmonieux de sa vie. Ce n'est donc pas à un manque de vénération ou d'affection pour la Reine des cieux qu'il faut attribuer le peu d'étendue des travaux qui nous restent de saint Thomas sur la Vierge Marie. On trouve une facile explication de ce

1. Acta Sanctorum, ad diem 7 Marlii (Bollaud. p. 659) c. i. u. 4.

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i'nit dans la nature môme de son esprit et dans l'enseml)le de sa méthode scientifique.

Avant lui, les Docteurs scolastiques et les saints Pères avaient décrit, sous les images les plus nobles et avec les couleurs les plusvives, la grandeur et les gloires de la très sainte Vierge. Ils avaient parlé d'elle avec un ardent enthousiasme, plutôt avec le style poétique etbrillant des panégyristes qu'avec la précision rigoureuse du raisonnement et les formules exactes de la science. Ils avaient été captivés par l'éclatante beauté qui rayonne sur elle de chacune des vérités révélées; ils avaient vu dans les dogmes religieux une matière d'une richesse inépuisable pour l'imagination et pour les créations de l'art, en même temps qu'un aliment fécond peur la recherche scientifique. Ils avaient tout particulièrement trouvé ces caractères dans le mystère de l'Incarnation et de la maternité divine. Marie, la Fille, l'Épouse et la Mère de Dieu rassemble en elle tout ce qui est beauj grand, sublime, aussi bien dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce. Voilà pourquoi elle exerce un empire irrésistible sur l'esprit et sur le cœur. Voilà

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pourquoi des théologiens austères et graves, comme Tertullien, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Jean Damascène sont comme ravis par cet idéal de beauté, et deviennent en quelque sorte poètes, dès qu'ils commencent à parler des grandeurs et des privilèges de la Vierge incomparable. Le Mariale ' du bienheureux Albert le Grand, écrivain d'ailleurs si sobre, tout en célébrant les gloires de Marie dans la forme scolastique, n'en est pas moins une espèce de poème en prose, plutôt qu'un traité dogmatique. C'est une peinture aux couleurs éclatantes des privilèges corporels et spirituels de Marie, dans laquelle les propositions doctrinales sont mêlées à une foule de questions accessoires, inspirées, il est vrai, par une piété fervente, mais incompatibles avec

1. Mjiiale, sive Q ixsliones 2:50 saper Eimnyeliuin « Missus est Angélus Gabriel... etc, » Luc.r, et seq. On Joit porter le même jugement sur le grand ouvrage : De laudibus Beatx Marix, attribué à Albert le Grand, mais qui, d'après les témoignages cités par Noël Alexandre [fJist. eccles. tom. xv, p. 238), aurait été composé par Ricbnrd de Saint- Laurent, en 1240. Ces deux ouvrages se trouvent au 20 vol. de l'édilioa des œuvres com[)lèles d'Albert le Grand par Jammy. Voir l'ouvrage de Sighardt sur Albert le Grand; llatisbonue, 1857, p. 200 etsuiv.

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