‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 18 sur 71 · Cont. Ge7it., lib. IV, c. 1, circa fin · texte numérisé non relu

Cont. Ge7it., lib. IV, c. 1, circa fin

de la génération humaine. Le Seigneur se nomme lui-même souvent le « Fils de l'homme ^ » Le grand Apôtre désigne ses ancêtres les Israélites comme a ceux de qui est issu le Christ selon la chair -. » Appuyé sur les promesses du Messie et leur faisant écho, le même saint Paul appelle le Christ i le rejeton d'Abraham et la semence de David \ » L'évangéliste saint Matthieu énumère les descendants de ces deux patriarches pour montrer que le Seigneur est issu de leur race et de leur famille. Saint Luc, prenant la voie opposée, et par une longue généalogie, fait remonter l'origine du Christ jusqu'au commencement du monde et à l'origine du genre humain.

Or, si Jésus-Christ Fils de Dieu et Fils de l'homme, est un avec nous selon la nature humaine, s'il est issu de notre race par une véritable génération liu-

1. Mattii., VIII, 20 ; ix, 6; x, 23. Là-dessus saint Thomas fait cette remarque : Volens Deus etiam sic ab homine amari ut proximus, factus est filius hominis : qiiod etiam de se sspissime repetit; ne tànta consanguinitatis propiiiquitas dari oblivioni possit. — De Dilectione Dei et proximi (Ed. Vives, opusc. 54, c. 13, c. med.).

2. Qui sunt hraeUlœ... quorum patres, et ex quihus est Christus secimdum carnem. Rom., ix, 5. Le Docteur angélique dit sur ce point : (Quibus verbio deslruitur) haeresis Valentini, qui dixit, Christum Don de massa humani generis, sed de cœlo corpus attulisse, quod quidem excludit in hoc, qùod dicit, Christum ex Judaeis secundum cafneni esse, secundum illud ALvttii., i, 1 : « Liber generationis Jesu Christi iilii David. » Exp. in cpist. ad Rom. ix, 5, lect. 1 (Ed. Vives, vol. 20).

3. Ad RoM., i, 3; ad HEiin.,ii, '.6; H Tim., ii, 8; ad Gai.., m, IG (Cf. Gen., xvm, 9; XXII, IG; Ps., cxxxi, 11). Comparez sur ce passage : S. Th. IIL qu. 31. a. 1 et 2.

b La doctrine sur la vierge marie.

maine, il faut nécessairement qu'il ait une mère dans le sens vrai et propre de ce mot.

L'IIomme-Dieu notre Rédempteur, tel qu'il nous apparaît dans la sainte Ecriture, c'est-à-dire comme Fils de l'homme, pouvait bien naître sans un père, mais non pas sans une mère '. Car c'est par le lien maternel seul qu'il lui est possible de se rattacher à Adam, le chef et le père de toute la race humaine ■. Or le Christ est fils d'Adam, parce qu'il est tout d'abord fils de David, et c'est sous ce titre qu'est connue sa mère. Elle est de race royale, de la race de David ^, et en même temps mère du Christ dans le sens vrai et propre de ce mot. Voilà pourquoi le Christ, messie promis comme fils de David, s'appelle fréquemment dans la sainte Ecriture a le fils de l'homme ^. »

1. Suarez (De incani., disp. x, sect. 3. Edit. Vives, tom. XIX, p. 172 sqq.) soulève ceUe questiou : Ulrum potuerit (scil. polenlia absoluta) B. Virgo Christum Deuui et homineai ex viro concipere? et il tient l'affirmative pour tellemeut certaine que : » ut contraria (sententia) uec probabilis nec verisimilis sit. » Voyez : S. Thom. III. dist. 12, qu. 3, a. 2, qu. 2, sol. 1, et en outre Cf. Borgianelli : La Materiiila Divlna. Napoli 1874, pag. 111 sqq.

2. Corpus Chriâti habet relatioueoi ad Adam et alios Patres mediante corpore matris ejus. Unde nullo alio modo fuit in Patribus corpus Christi, quam corpus matris ejus : III. qu. 31, a. 1, c. et ad 3"'.

3. Virgo regia Davidicae stirpis eligitur. S. Léo : Serm. 1 de Nativ. Dom. — Sur la généalogie de Marie Cf. III. qu. 2S, a. 1, 2; ib. qu. 31, a. 2, !"• et 2™; ib. a. 3, 2'n; IV. dist. 30, qù. \, a. 2, qu. 3, 4-".

4. Mediante B. Virgine Christus secundum carnem dicitur esse es semine David per modum originis. III. qu. 31, a. 6^ 2™. De la même manière les Pères argumentaient déjà contre les phantasiastes : Qua enim ralione, dit le diacre Ferrand (epist. 3, ad Anatol.), fieret ex semine David, nisi carnem suscepisset ex matre, quae perlinebat ad

LE DOGME DE LA MATERNITE DIVLXE.

§ 3. — Marie est appelée Mère de Jésus.

Les saints Evangiles donnent fréquemment à la Vierge Marie le titre de Mère de Jésus, de Mère du Seigneur ^ Ils lui attribuent des fonctions et -des actes qui mettent la signification de ces mots, c'est-à-dire la vraie maternité de Marie hors de toute contestation. Ainsi, en adressant à la Vierge de Nazareth ces paroles célèbres : « Voilà que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils (Luc, i^ 31), » l'Ange Gabriel lui prédit qu'elle deviendra mère. En effet, la conception et l'enfantement constituent les deux actes essentiels de la maternité '. Après avoir

semen David? De semine enim David Maria et de carne Mariaj Chrislus, quamvis sine semine maritali, tamen cani proprietate uatiirae... Nonne sic est semen Abrahae Christiis, quomodo ex semine David, propter Mariam, per Mariam, de Maria? Tollat imfiiiis disputator Christo materiam carnis, qiiam Maria ministravit, et doceat, quomodo est semen Abrahae Christus, aut quomodo factus est ex semine David. — De même saint Justin le martyr (Apol. 2) : Patriarcharum tilium norunt eum ScriptufLe, quod per Virginem ex illorum slirpe procreatam caro factus, liomo deformis... fieri sustinuit. Ilaque filium liominis seipsum vocavit : sive quod per Virginem genitus est, quae de génère, uti diximus, erat Davidis, Jacobi, Isaaci et Abrahœ; sive quod Abrahamus ipse pater omnium illorum, quos recensuimus, fuit, a quibus Maria genus deducit. Etenim eorum, quos ftlLv générant, Hherorum patres illos esse iiooimus, a quibus genitœ sunt femin.r.

1. Contra est auctoritas EvangeliiMATTii., i, 18: Cum essel de:J;)onsata mater Jesu Maria Joseph, etc. et iu pluribus locis. III. dist. 4, qu. 2, a. 1, in contra; it. III. qu. 35, a. 5, in contra (.MAiTEr., i, 18; II, 11; xui, 20 sqq. Joan., il, I, 3, 5, etc.).

2. Grœcus (vel Joannes Geometra in Catena Gra?c. PP.) : Dicil au

énuméré les ancêtres du Messie, l'évangéliste saint Matthieu clôt la série des noms propres par celui de (c Marie de qui est né Jésus qui est appelé le Christ (Matth. I, 16.) » Par ces mots : Marie de qui est né Jésus, de qua natus est Jcsus, l'évangéliste affirme deux choses: l'^ que Marie est véritablement mère; 2° qu'elle est mère sans la coopération de l'homme. Le premier point est incontestable, et Marie est véritablement mère; car c'est d'elle, de sa substance qu'a été produit et formé le corps de Jésus par nue génération véritable, et tout à fait semblable à celle des ancêtres nommés auparavant dans la table généalogique. Le corps du Christ n'est donc pas venu du ciel; il n'a point simplement traversé la Yierge Marie comme la lumière traverserait un cristal, ainsi que le prétendent certains hérétiques.

Le deuxième point n'est pas moins certain. Marie est mère de Jésus sans la coopération de l'homme. C'est d'elle et non de lui (de Joseph et de son épouse) que Jésus a été engendré. Tandis que dans toute la généalogie des ancêtres du Messie, la génération est toujours attribuée au père, (la mère n'étant mentionnée que dans des cas exceptionnels), lorsqu'on arrive à Joseph, le terme genuit, qui engendra, répété jusquelà dans toute la série par l'écrivain sacré est subitement écarté. La naissance de Jésus exclut la coopéra-

tem : « Concipies in utero, » ut demonstraret, Dominum ab ipso utero virginal! et de nostra substaotia carnem suscipere. S. Th. Catena aur. in Luc. evans. c. 1.

tion de l'homme et l'écrivain sacré nomme la femme seule comme l'auteur du Messie par ces mots : Marie de qui est né Jésus, Mai^ia de cjiia natus est Jésus \

Le privilège d'engendrer le Messie que Dieu avait accordé à Israël se trouve donc réalisé et amené à son terme dans la personne de Marie. Soit que la raee d'Israël ait été incapable de s'élever h cet honneur, soit qu'elle en ait été indigne, nous la voyons impuissante à entrer en contact immédiat avec le Rédempteur du monde. Le dernier anneau de la généalogie du Sauveur selon la nature s'arrête à Marie et ne va pas au delà. En naissant dans la nature humaine, Jésus n'a point de père; il appartient uniquement et'exclusivement à sa mère; à « Marie de qui est né Jésus, qui est appelé le Christ ". » Jésus-Christ n'a

1. (.i Do qua nalus est Jesm, qui vocatur Chr-istus. » Ileic duplex error excluJitur. Unus, qui dicit, Christum fuisse filium Joseph : et Loc excluditur per hoc quod dicitur De qua. Si enim fuissel filius Joseph, dixisset de quo, vel saUetn de quihus. Alius excluditur error, sel. Valential, qui dicil, Christum nou assumpsisse corpus de Beatd Yirgine, sed de coelo apportasse, et per Beatam Virginem sicut per canalem transiisse. Contra est, quod dicitur De qua. Si euim ita esset, sicut dicit, dixisset Evaugelista uon De qua, sed Per quam, vel A qua, vel Ex qua vel aliquid taie. Ilaîc euim prajpositio de seniper notât consubstanlialitatem, non autem haec prœpositio ex : unde potest dici : Ex mane fit dies, et quod arca procedit ex artifice, nunquam dicitur de artifice. Unde per hoc quod dicit De, dénotât, quod de corpore B. Virginia formatum est corpus Christi. Exp. in MalUi., c. 1 (Ed. Vives, vol. 19).

2. C'est ce que donnent aussi à entendre ces paroles de l'évangélisle saint Matthieu : Christi autem generatio sic erat : Cum esset desponsala, etc. (Matth., i, 18), c'est-à-dire, la génération naturelle du Messie par ses ancêtres alla jusqu'à Marie. Mais la génération du

point do père sur la terre ; il esl entièrement et uniquement le fils de Marie selon la chair '. Marie est donc mère d'une manière éminente et dans toute la force du terme.

Si le Christ qui occupe une place exceptionnelle parmi ceux qui sont nés de la femme est appelé un descendant des patriarches, semenpatrum^ il est immédiatement et exclusivement le fils de la femme, semen mulieris. Voilà pourquoi c'est à Marie que se rapporte la grande promesse faite au genre humain, dès le commencement de son histoire -. Elle est la femme victorieuse, la Libératrice. Elle est enveloppée de l'ombre du Saint-Esprit qui féconde, à son couron-

Clirist s'accomplit d'une autre manière par une vertu surnaturelle et sans la coopération de riionime; elle se fit par Marie seule. Ita dictum est de genealogia Christi, qiiomodo Abraham genuit Isaac, etc. per carnalem admixtiouem. « Sed Christi (jeneratio sic erat... » Consequenter descrihit generatiouis modum, etc. (S. Th. in Matlh.^c. 1). Cf. Patritii De prima angeli ad Josephum Mariae sponsum legalione commentatio. Romse 1876, p. 10 sqq.

1. L'exclusion du principe mâle semble indiqué à saint Thomas, dans les paroles par lesquelles l'ange explique à saint Joseph le mode de riucarnation. Il dit, en effet, d'une manière générale : « Pariet filium » (Matth., I, 21) et non : a Pariet tibi, » comme il avait dit eu annonçant la naissance de Jean-Baptiste. En effet saint Joseph n'est pas le père comme Zacharie, et voilà pourquoi le Christ n'est point né lui appartenant comme son fds, dans le sens où le précurseur l'était pour Zacharie. Pariet filium : non dicit Tibi, quia ipse puerum non genuit. Luc, i, 13, dictum est Zachariae : Uxor tua pariet tibi filium, quia ipsum Zacharias genuit. Vel ideo non dicit Tibi, ut ostendatur, quod pro omnibus natus est : non solum libi vel ipsi pariet filium, sed toti mundo (Luc, ii, 10).

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