‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 21 sur 71 · m. qii. 31, a. 4, iu c. et · texte numérisé non relu

m. qii. 31, a. 4, iu c. et

2. Per mulierem non iulravil in innndum peccaliim originale, sed per virinn..., quamvis a niuliere initium liabuit ]ieccaluni; ila eliam per viruni habuit perfici opus salulis nostrœ, qnod aliquo modo initialuua est per mulierem scil. beatam Yirgiuem. 1!I, disl. 12, qu. 3, a. i, sol. 2, {•».; cf. ibid. diit. 3, qn. 3, a. 2, sol. 2, in f.

l'existence sans descendre d'un père et d'une mère, mais par une création immédiate de Dieu. C'est ainsi que fut fait Adam, duquel saint Luc dit « quil fut de Dieu, » Adam qui fuit Dei. (Luc, 38). Un homme peut être tiré quant à ses éléments matériels d'un être humain déjà existant. Ainsi fut formée la première femme par la main de Dieu même. Un homme et une femme peuvent engendrer d'autres homsme. Ainsi naquirent les descendants d'Adam et toute la race humaine. 11 ne restait plus qu'un mode possible pour l'incarnation du Verbe, c'était de naître d'une femme et sans la coopération d'un homme. Ce fut précisément ce mode que Dieu adopta pour son fils. « Dieu a envoyé son Fils fait de la femme, » Misit Dcus Filium suiim factum ex midiere. (Gal., iv, -4.) '.

La maternité de Marie est donc ainsi rattachée d'une manière très étroite au mystère de la Rédemption. On peut même dire qu'elle en est inséparable.

Mais voyons de quelle manière l'admirable dessein de Dieu s'est réalisé dans la sainte Vierge.

La vérité de la maternité de Marie est le fondement de l'Incarnation et la condition préalable de toutes les gloires auxquelles la sainte Vierge a été élevée.

1. Decuit, ut de muliere carnem assumeret. Primo, ut uterque sexus glorificarelur Christi incarualione. Secundo ad completioueiu univers! : quia generalio viri de muliere tantum nusquam fuerat, sed mulieris de viro fuerat, scil. in Eva, et viri de utroque, sicut in Abel et aliis; et viri de neiitro, sicut in Adam. \\\. dist. 12, qu. 3, a. 2, qu. 2, sol 2; II 1. qu. 31, a. 4. Id. S. Bonaventura III, dist. 12, a. 3, qu. 1.

Yoilà pourquoi saint Thomas traite ce sujet sublime avec une solidité de doctrine qui caractérise le maître, et en même temps avec une délicatesse d'expression qui révèle TAnge de l'Ecole. Il établit la maternité, sans porter l'ombre d'une atteinte à l'autre privilège non moins vénérable de la virginité.

§ 6. — Comment il y a en Marie le caractère conslitutif de la mère.

La notion d'une vraie maternité n'exige rien autre chose sinon que la femme appelée à l'honneur d'être mère fournisse la matière destinée à la conception et à la formation du fruit préparé dans son sein. Or la très sainte Yierge a préparé de sa chair, ou pour mieux dire, du meilleur et du plus pur de son sang, la matière nécessaire à la conception et à la formation du corps de Jésus-Christ. Par conséquent, elle est suivant les lois de la nature humaine la vraie mère du Sauveur '.

Saint Thomas, s'appuyant ici sur saint Ambroise, dit qu'il faut distinguer deux parts dans la conception de Notre-Seigncur, l'une naturelle, l'autre surna-

1. Corpus Chrisli non est de cœlo allatum,... sed de Virginc inatrc sumptum et ex purissimis sa)ujui)ii/jus ejus fur,natinn. El hoc soluQi requiriturad ralionem malris... Unde B. Virgo vere est lualer Chrisli. m. qu. 33, a. 3, c. Ib. qu. 31, a. 5, c. Materia, ex qua corpus formatur, et in Chrislo et in aliis houiiuibus est sanguis per virlutem generativam luatris prœparatus. III, dist. 3, qu. 5, a. 1, sol. Cf. Op. 1. (Couip. theol.) c. 223 iuit.

turelle. La première, c'est que Jésus est né d'une femme; la seconde, c'est qu'il est né d'une vierge. Eji tant que femme, Marie a fourni ce que toutes les mères apportent dans la conception d'un homme, et ce qui correspond à la notion que nous avons d'une mère. Elle a préparé de sa chair et elle a donné de son sang la matière nécessaire' à la conception du Christ. Voilà pourquoi elle est une vraie mère, selon que le comporte la nature humaine. En sa qualité de vierge, elle a exclu tout ce qui entre dans les conditions ordinaires de la maternité naturelle, en tant que cela est incompatible avec la virginité : nous voulons dire la part d'influence d'un homme représentant le principe paternel. Marie devint mère, non comme les autres femmes, avec le concours de quelque force humaine, mais par la vertu surnaturelle et divine de l'Esprit-Saint. Voilà pourquoi elle reste vierge, tout en étant devenue mère, privilège incomparable, et qu'elle seule possède entre toutes les femmes '.

1. In conceptiooe Christi fuit jecundum couditionem naturœ, qiiod est natus ex femina, sed supra conditionem naturae, quod est natus ex Virgine. Habet autem hoc oaturalis conditio, quod in generatione animali femina materiam ministret, ex parle autem maris sit principium activum in generalione, sicut probat Philos, in libr. 1, de Generalione animalium. Femina autem, quae ex mare concipit, non est virgo. Et ideo ad supernaturalem modum generationis Christi pertinet, quod activum principium in generatioue illa fuerit virtus supernaturalis divina. Sed ad naturalem modum generationis ejua pertinet, quod ejus materia, de qua corpus ejus conceptum est, sit conformis materiae, quam alise feminte subministrant ad conceptionem prolis. III. qn. 31, a. 5, c. Corpus Christi non est formatum

§ 7. — La part de la nature humaine dans l'Incarnation du Verbe.

La bienheureuse Vierge Marie est donc véritablement mère comme le sont les autres mères, mais non point de la même manière qu'elles. Demander jusqu'à quel point la Vierge bénie entre tontes les femmes a été mêlée au glorieux mystère de l'Incarnation du Verbe, c'est rechercher le mode selon lequel s'est accompli le mystère de l'Incarnation. Voici selon saint Thomas la solution de cette question.

Dans toute génération naturelle il se rencontre deux principes et une triple activité se déploie. Il y a le principe masculin, principe actif qui détermine, qui spécifie et donne lafonnc, selon le sens traditionnel de ce terme.

A ce premier principe correspond le principe passif, qui reçoit une détermination, qui fournit la matière de ce qui sera le composé humain. En outre, trois activités se déploient, l'une forme et organise le corps, de manière à le rendre apte à recevoir l'àme que Dieu crée pour lui être unie. Cette activité n'est pas la première, mais la principale dans l'œuvre d'une génération. Voilà pourquoi elle est attribuée exclusi-

uiïi ex materia, quam Virgo miuistravit, talem iu natura, qualeni alife maires minislrantad conceptionem pro'.is. IIF. dist. 3, qu. 5, a. 1, in cont.

vemeut au principe paternel '. Le rôle de la femme est purement et simplement de concevoir, c'est-à-dire de fournir la matière destinée à recevoir le caractère spécifique de l'iiumanité -. Par contre, la femme rem" plit deux autres fonctions. Elle donne dans toute sa pureté cet élément matériel qui est la base première et indispensable de toute formation ultérieure. De plus, après avoir conçu, elle nourrit, elle continue à former et à porter le germe qui a été fécondé dans son seiu maternel.

Bans la conception du Seigneur, Marie remplit le rôle du principe passif. Quant au principe actif, il est remplacé par la vertu même du Très-Haut, par l'action du Saint-Esprit exprimée dans ces paroles : Le Saint- Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre (Luc, i, 35.). Ainsi donc la part d'activité prise par la très sainte Vierge dans l'acte auguste de l'Incarnation se résume aux deux points suivants : Elle a préparé de son sang le plus

i. Poteutia geuerativa activa est; sed liœc poteutia est perfecta ia viro, uude ejus actio se exteudit usque ad formalionem generati; in feuiina auteui est ituperfecta, unde non exteudit se ejus actio uisi ad prteparatiouem malerioe. III, dist. 3, qu. 2, a. 1, u. It. III, qu. 32, a. 4, ad 3.

2. Hœc autem materia, secundum Pliilos. in libr. I, de générât, animalium est sanguis mulieris, non quicuuque, sed perductus ad quandam ampliorem digestionem per virtutem generalivam luatris, ut sit materia apta ad concepluiu. Et ideo ex tali materia luit corpus Christi conceplum. III, qu. 31, a. o, c. et 3™. Prœbere materiam simpliciîer ad geuerationem alicujus non facit matrem, sed prœbere talem m iteriaiu sic praeparalam, est id quod matrem facit. III, dist. 3, qu. 2, a. 1, ■'i™. Ibid. qu. j, a. 1, ad a"'.

LE DOGME DE LA MATERNITÉ DIVLNE. 2o

pur la base, l'élément propre à la conception ; ensuite, elle a porté dans son sein et nourri jusqu'au terme le fruit béni qu'elle avait conçu du Saint-Esprit '. Dans l'acte même de la conception, Marie eut une part

1. In conceptione prolis invenitur triplex actio. Una quoî est principalis, scil. formalio et organizalio corporis, et respeclu hujus actioais agens est tantum pater, mater vero solummodo ministrat materiam. Alla actio est prœcedeas banc actionem ut prceparatoria ad ipsatn; cum eoim generatio naturalis sit ex delerminala maleria, eo quod uunsquisqiie actus in propria maleria fit, sicut iu 2, de Anima dicit Pliilosophus, oportet ut formatio prolis fiât ex maleria convenienti et non ex quacunque. Uude oporlet esse aliquam virtutem agentetu, per quam prœparatur materia ad conceptum. Sicut autem dixit Philos, (iu 2. Phys.), ars quœ operatur formam, principatur et imperat ei quœ préparât materiam, sicut ars compagiuans navim ei quae complauat ligna, et ideo virtus quce prœparat materiam ad conceptum est imperfecta respecta ejus quae ex materia prœparata prolera format. Haec autem virtas praeparans est matris, quae imperfecta est respectu virtulis activae, quee est ia pâtre, unde dicit Philos, in 15, de animalibus, ut supra, quod mulier est sicut puer qui nondum potest generare. Terlia actio est coucomitans vel sequens actionem principalem. Sicut enim locus facit ad bonitatem generationis, ita et bona dispositio matricis operatur ad bonam dispositionem prolis, quasi prœbens fomentum... Secundum hoc ergo dico, quod in principali actione formalionis corporis Christi uihil fuit ex parte Bealai Virginis quod esset activum; sed id quoJ Beala Virgo ministravit, se habet materialiter tantum ad banc actiouem; virtus autem divina fecit tolum quod lit in aliis conceplionibus per virtutem seminis quod est a pâtre; et ideo Damascouus diviuam virtutem dicit quasi divinum semen, ut in littera babetur. In secunda vero et tertia actione Beata Virgo active operata est, sicut aliaj matres, unde et vere mater fuit. III. dist. 3, qu. 2, a. 1, sol. — Non soluui maleriani prœstitit Beati Virgo ad couceptiouem Christi, sed )/ialeriam co?ivcnienlcm ad producendum aliquid simile in specie, et locum couvenientem et nntrimentum conveniens couceptioni fœtus : et hoc sufficit ad ralionem matris. III. dist. 'k, qu. 2, a. 1, 1'".

puremenf passive, une attitude d'obéissance et de dévouement. Elle reçut en elle l'opération de la vertu surnaturelle et divine s'exerçant sur l'élément naturel qu'elle avait préparé de sa substance. De là suit cette conséquence : la très sainte Vierge dans l'Incarnation du Verbe éternel, n'a pas fourni une matière tout à fait informe, fiiateriam nudarn vel p-rimam, ni une matière déjà organisée et distribuée en di-

1. Conceplio attribuiliir Virgini b. noa tanquam principio activo, sed quia ministravit materiam conceptui, et in ejus utero est conceptio celebrata. Ibid. qu. 33, a. 4, ad 2. — la ipsa couceptione Chrisli B. Virgo uibil active operata est, sed solum materiam miuistravit ; operata tameu est ante conceptionem aliquid active, prœparando materiam, ut esset apta conceptui. III. qu. 32, a. 4, c. Cajétan commente ce passage de la manière suivante : Adverte hic, quod aliud est loqui de ipso actii coucepllonis et aliud de mensura ipsius actus. In liltera non dicitur, quod B. Virgo nihil active operata est in mensura actus conceptionis, sed dicitur, quod nihil active operata est in ipso actu conceptionis. Nam B. Virgo in illo instanti conceptionis materiam ministravit, ac per hoc active operata est, quia materiam ministrare agere procul dubio est : ita quod in toto tempore prsecedente instans conceptionis, B. Virgo active praeparavit in se materiam (ut in secunda conclusione dicitur), et in instanti terminante tempus illud, quod fuit instans conceptionis, prœparatam materiam ministravit (ut in prima conclusione dicitur;, quasi ad terminum suae aclionis perveniens. Ad ipsum autem conceptionis actum non concurrit active, sed passive, suscipiendo in materia ministrata actionem agentis Spiritus Sancti loco seminis... (kd 1, obj. Scot.) Die ergo quod potentia generativa feminfe est activa, non generatiouis, sed niatcriœ proxini/e et proprix ipsius generationis et genili... (Ad 4.) Ambœ enim opiniones suutextremœ : et quod mater coucurrat active ad generationem, et quod mater sit pure réceptive et passive principium filii ; média siquidem est Peripatelica sentenlia, matrem esse principium activum malerite filii et passivum generalionis ejusdem.

verses fonctions; car, dans le premier cas, elle ne serait point véritablement mère, et, par conséquent, l'expression du symbole : Qui est né de la Yiergo Marie, ?iati(S ex Maria Virgine, serait entachée dinexactitude. Dans le second cas, le Saint-Esprit ne serait plus la cause efficiente de la nature humaine de Jésus- Christ, et l'on ne pourrait plus répéter cet autre article du symbole : Et il s'est incarné du Saint-Esprit, Et iiicarnatus est de Spiritii Sancto. Marie a donc, par une action véritablement maternelle et conformément aux lois de la nature, préparé de son sang virginal une matière adaptée le plus parfaitement possible pour former, par l'opération du Saint-Esprit, le corps du Seigneur. Elle a donné, suivant l'expression de saint Thomas, le corps de Jésus-Christ, non en acte, mais en puissance, c'est-à-dire, non un corps déjà formé mais une matière prochaine, materiam proximam^ parfaitement préparée à cette formation. En un mot, elle a eu dans le mode selon lequel s'est accomplie l'Incarnation du Yerbe, le rôle d'un principe passif, réceptif, mais non d'un principe actif '.

1. Saint Thomas traite cette question avec tout le soin qu'elle mérite dans la troisième partie d'un opuscule intitulé de pluralitale formarum (vol. 28.), que le cardinal Toledo appelle en toute vérité un livre d'or, découvert tout récemment dans deux manuscrits du Vaticbn par le zèle infatigable du défunt abbé Uccelli ; il a d'abord été publié dans la Scienza c fedc^ puis, avec un commentaire du P. Cornoldi, dans la Scienza italiana, année 1870-1817, et euliu dans une édition spéciale, à Bologne, 1877. Ce qui avait fourni au Docteur angélique l'occasion de traiter cette matière, c'était une objection dans laquelle on alléguait que la doctrine d'une forme substantielle

Le Docteur angélique considère cette coopération' passive de la Yierge Marie comme une doctrine très solide. Il l'appuie, au point de vue physiologique, sur lorie aa tliéristotélicienne de la génération et, au point de vue traditionnel, sur les témoignages des

unique dans l'homme est contraire au dogme de la maternité divine. Nous reproduisons ici toute l'argumentation du saint docteur, parce qu'elle jette beaucoup de clarté sur tout ce que nous avons dit jusqu'ici.

Objicitur enim sic : si in homiue non sit alla forma substantiali?, quara auima ra'tionalis, quœ infusa est a Deo, sequitur quod Christus uûu assumpsit ex Beata Virgine materiam nudam et per cousequens quod non assumpsit carnem ex ipsa, quod est erroueum, et contra Damascenum, qui dicit, quod caro Cliristi est de purissimis sanguinibus Virgiuis, et ullerius sequilur, ut videtur, quod Cbristus non sit filius Virgiuis, et ita Beata Virgo non sit mater Chrisli. Non enim posset dici mater ejus ex boc, quod miuistravit materiam primam in incaruatione Cbristi. Si enim aliunde accepisset Spiritus S. materiam nudaui ad formandum ex ea corpus Cbristi, scilicet ex aère vel ex aqua vel ex quocumque alio sive auimato sive iuanimato, non propter hoc idem fuisset mater Cbristi. Et dicendum ad boc quod si quis (animadvertat), unde adveniat prima objeclio, non plus difficultatis affert ponentibus uuam formam in bomine quam ponentibus plures, quia hoc est commune utrique opinioni quod corpus Cbristi formabalur ex purissimis et caslissimis sanguinibus beatœ Virgiuis per operalionem Spiritus Sancti, i'.a quod B. Virgo non miscuerit carnem in actu vel corpus organizatum actu formatum. Hoc enim esset ponere quod Cbristus non fuisset iucarnatus de Spiritu Sancto, sed formatio carnis vel corporis effective attribueretur Beatae Virgini. Dicendum ergo, quod Beata Virgo ministi-avit in incaniatione Clvisli castissimos sanguines corporis sui, quos perfecta digeritione prœparai'it in corporc suo, ut essent apti ad conceptionem, qui sajiguis fuit caro in potentia et corpus organizatum in potentia, non autem in actu anteauam foi maretur virtute Spiritus Saitcti. In sanguine enim pouitur una sola forma eliam ab adversariis, quœ quidem forma sauguinis non mansil in materia, postquam ex san-

saints Pères, not<amment de saint Ambroise, de saint Auguslin, de saint Jean Damascène et d'autres. II pense que cette explication est celle qui répond le mieux au dogme défini par l'Eglise, et qui sauvegarde le plus sûrement les deux grands privilèges de Marie, la virginité et la maternité '.

guiue formata est caro Christi. Oportet ergo dicere secundiim utramque opiniouem, quod in corpore Christi formato nuUa reniausit forma substantialis, qu* esset active a Beata Virglne. « Vere tamen Filius Dei assumpsit carnem ex ea, quia ipsa ministravit materiam perfectissime prœparatam ad hoc quod formaretur corpus Christi. Unde caro Clirisli est ex ea materialiter, nonautem effective; et hoc est quod dicitur in Symbolo fidei quod incarnatus est de Spiritu Sancto, scil. ex Virgine, quia htnc prœpositio « de » notât habitudinem causse efficientis, sed hœc priepositio « ex » habitudinem causae materialis. Vere eliam est Beata Virgo mater Christi, quia non sohim ministravit materiam sufficienter prteparatam in conceptione, sed concepit de Spiritu sancto Filium Dei, et ipsum in utero portavit novem mensibus et nutrivit ipsum, quem sine dolore peperit. » Si autem Deus accipiet ad formandum corpus humanum materiam aliunde quam ex femina, jam materia non esset disposita secundum cursum naturœ, ut ex ea formaretur corpus, nec formatum corpus per illud nutriretur et augeretur, et ideo illud, unde esset materia accepta, non posset dici mater illius, cujus corpus est formatum, Unde licet corpus Evbc formatum fuerit ex costa Adae, tamen Adam non fuit mater Evœ. {La Scienza ital. II, 2 p. 47 sqq.) 1. Hocquidem (scil. sufficere ad esse malremhocsolum, quod materiam ministravit) videtur secundum inteutionem Philosophi, qua perfectissime salvatur virginitas malris et vera maternitas; unde et fidei maxime consona est. lil. dist. 3, qu. 2, a. 1, in sol.; ibid. qu. 5, a. 1, sol. Tel est aussi le sentiment de Cajétaa (in 2, II. qu. lot, a. 12, et in III. qu. 32, a. 4), de Suarez (De incarn., disp. 10, sect. 1 et 2. Ed. Vives, t. XIX, p. 1G6-172). — Soutiennent l'opinion contraire d'un concours actif de Marie dans la conception saint Bouavenlure (III. dist. 4, a. 2, qu. 1), Scot (ib. dist. 4, a. 3, qu. uuica), Gabriel (ibid),

En effet, tandis que la Yierge Marie se tient inactive, le Saint-Esprit se substituant au principe actif, accomplit l'acte de la conception dans le sein de la Vierge ' en suscitant, développant et adaptant le principe animateur à cette matière fournie par elle. Delà substance de Marie il a formé la nature humaine du Christ, comme l'enseigne l'Eglise dans ces paroles du symbole : a II s'est incarné du Saint-Esprit, de la Yierge Marie ; et mcaniatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine -. Dans cette formule, l'Eglise unit et

Tolet (in III, qu. 32, a. 4) Cf. De Vega (Theol. llariana. Palcestra XXIV, certam. 3,n. 1545 sqq.)

1. Operatione Spiritus Sancti talis sanguisin utero Virginis adimatus est et formatus in proleni. III. qu. 31, a. 5, 3"".

2. Telle est dans la traduction latine la formule du symbole de Nicée et du symbole de Constautiuople avec un certain nombre de textes du symbole des Apôtres. Dans le texte grec les deux principes sont unis par une seule préposition : « sapxwBÉvra i-f. Trvî'jaaxoç âyLOu xal Maoîa? Tf,; -apOîvou. 1) La raison en est qu'en grec la préposition èx désigne à la fois la cause e.Ticiente et la cause matérielle. La Vulg^Lte et les symboles latins emploient pour ces deux objets les deux particules de el ex. Suivant l'exemple de saint Augustin (De nat. boni c. Manich., c. 26 et 27) et celui d'autres Pères les scolastiques disent qu'en règle générale la particule de exprime le principe actif générateur, la consubstautialité, tandis que la préposition ex signifie simplement qu'une cbose dépend d'une autre (S. Th. I. qu. 41, a. 3, 1™ et 2™; I. di?t. 5, qu. 2, a. 10; IV. dist. M, qu. 1, a. 4, qu. 3, sol.; en particulier. Exp. i)i Joan., I. lect. 7, cire. fin. et lect. 10. Ed. Vives, v. 19). Mais cette distinction n'est pas absolue (Cf. S. Th. I. qu. 39, a. 2, 5"; a. 8, c.) et même elle ne se vérifie pas dans ce passage du symbole « conceptus de Spiritu sancto. » En effet, ce qui en Jésus-Christ a été produit par le Saint-Esprit, sa nature humaine, n'est pas consubstantiel au Saint-Esprit, et ce qui lui est consubslantiel, la nature divine du Christ, lui vient, non du Saint-Esprit, mais du Père (Cf. Franze-

distingue tout à la fois le principe actif et le principe passif, en donnant à l'un et à l'autre la part qui leur revient \

§ 8. — La pai't du Saint-Esprit dans l'opé/ation divine de l'Incarnation.

L'ange qui annonça à Marie la joyeuse nouvelle de l'Incarnation, avait désigné cette action divine avec la plus grande réserve d'expression, en l'appelant une ohomhralion^ un enveloppement d'ombre. Le terme ohumhrare signifie couvrir de son ombre ert féconder -.

lin, 1. c. p. 129). Il existe, sans doute, entre le Saint-Esprit et le Christ un rapport de causalité et de consubstantialité, en ce que le Saint- Esprit qui est consubstantiel au Christ selon la nature divine est principe actif de ce même Christ selon la nature humaine. Sur ce point saint Thomas trouve que la formule de rÉglise est parfaitement justifiée. Dans ces mots : « Conceptiis de Spiritus Sancto » il remarque que la préposition de exprime tout à la fois que le Saint-Esprit est l'auteur du corps de Jésus-Christ, et que le Verbe incarné en ce corps est consr.hstantiel au Saint-Esprit. Ainsi le Christ tout entier est le sujet de l'attribut « conccplus. » III. qu. 32, a. 2, c. ; Cf. Suarez, in h. 1.

1. Non cûdem modo dicitur Christus conceptus aut natus de Spirilu Sancto et Maria Yirgine; nam de Maria Yirglne materialiter de Spiritu Sancto vero effective. III. qu. 32, a. 2, 3"'.

2. Spiritus Sanctus superveniet in te et virtiis Altissimi obumbrabit tibi. c. I, 35. Saint Thomas entend par « Virtus AKùsirni, » avec plusieurs Pères et Docteurs de l'Église, le Fds de Dieu, et par obumbrare l'assomption de l'humanité. Au contraire, son commentateur Suarez (in h. 1. n. 4) avec plusieurs autres théologiens, rapporte tout ce passage au Saint-Esprit : Mihi vero similius est, tolum illum sermonem esse de Si>iritu Sancto posterioremque particulam nihil aliud

Il donnait ainsi à entendre que la conception virginale avait été exempte de toute passion des sens et de toute impression qui alarmerait la sainteté ', en. l'attribuant uniquement au Saint-Esprit. A la vérité, l'Incarnation, comme la création, étant une œuvre extérieure de Dieu, opits ad extra, a été accomplie par la Trinité tout entière, bien qu'elle se soit terminée uniquement au Fils. C'est une règle déjà posée par les Pères, surtout par saint iVugustin, et qui a été rédigée dès l'antiquité sous cette forme : Les œuvres de la Trinité sont inséparables, comme l'essence de la Trinité est indivise ^ hiseparabilia siuit opéra Trini-

quam prioris expositionem coatinere ac si clarius diceret Angélus : Spiritus Sanctus superveniet ia te suaque omnipotenli virtutele pro teget et confortabit vimque tribuet, ut sine virginitalis tuas detrimento possis concipere.

1. « Virtus Allissimi obunibrabit tibi : » eritin te conceptus, libido non erit. Coucupiscentiae non erit œstus, ubi umbram facit Spiritus Sanctus. Saint Augustin (serni. 281), saint Cyprien (serm. de Kativ.), saint Ambroise (De myster., c. 3), le vénérable Bède et d'autres encore partagent ce sentiment. Tolet comuaeute ainsi ce passage : « Virtus ÂUissimi obumbrabil tibi » — quasi unabram faciet, ne ardorem coucupiscentiae et carnalis motus delectationes sentias. In III. qu. 31, a. 4. Suarez dit de même (1. c.) et parmi les contemporains Grimm : Histoire de l'Enfant Jésus. Ratisbonne, 1876, pag. 156.

2. Incarnationem quoque liujus Filii Dei tota Trinitas opérasse credenda est, quia inseparabilia sunt opéra Trinilatis. Solus tamen Filius forniam servi accepit in singularitate personse, non in unitate divinse naturœ, m id quod est propriinn Filii, non quod, commune Trinitati. Symb. fidei Conc. Tolet. XI. (an. 675). — Et tandem unigenitus Dei Filius Jésus Christus a tota Trinitate communiter incarnatus, ex Maria semper Virgine Spiritus Sancti cooperatione conceptus, etc. Conc. Later. IV. c. 1. Firm. Conceplionem corporis Cliristi tota Trinitas est operata. III. qu. 32, a. 1, c.

tatis sicut indivisa est Trinitatis essentia. Oui, le Dieu un dans son essence, et trois dans les personnes, a effectué l'union de la nature humaine avec la seule personne du Fils '. Cependant le dogme qui attribue cet acte mystérieux à la personne du Saint-Esprit, par ces mots : Qui a été conçu du Saint-Esprit, qui coiiceptus est de Spiritu Sancto, est pleinement justifié. Le Fils envoyé d'auprès du Père s'est formé par le Saint-Esprit sa sainte humanité.

Les raisons qui font considérer l'Incarnation comme l'œuvre propre du Saint-Esprit sont tirées des rapports particulièrement intimes de ce mystère avec les attributs caractéristiques de la troisième personne divine. En efTet, l'Incarnation peut être considérée à trois points de vue différents : dans son motif, dans son objet, dans sa fin; et sous chacun de ces points de vue elle est étroitement liée à la personne du Saint-Esprit.

Le înotif de l'Incarnation, c'est l'amour de Dieu

1. Très personte fecerimt, ut bumana natura unireturuni personae Filii. III. qu. 3, a. 4, c. Corpus Chrisli a tota Trinilate foniialuui est, sed specialiter a persona Verbi assumplum, quia ad boc formatum est, ut ei uniretur. Exp. in Joan., c. xii^ lect. o (Ed. Vives, vol. 19). — Opus conceptionis commune quidem est toti Trinitati ; secundum tamen modum aliquem attribuitur singulis personis. III. qu. 32, a. 1, 1™. — « C'est un enchaînement vraiment grandiose : Au moment même où l'Ange annonce la conclusion, la fin de l'ancienne alliance, se révèle dans l'Incarnation la Trinité tout entière. Le « Fils '> du « Père » éternel, par l'opération du « Saint-Esprit, » prend notre chair dans le sein de la Vierge. C'est là un fait dans lequel apparaît la' Trinité tout entière. » (Grimra, loc. cil. p. 150; Cf. Oswald, La Rédemption par Jésus-Christ, Paderborn, 1878, I, p. 265).

pour les hommes. «Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. (Jeax, m, 16); » «Le Dieu riche en miséricorde, en raison du grand amour qu'il a pour nous, nous a rendu la vie en Jésus-Christ (Ephes., II, 4). » L'Incarnation est donc la preuve la plus éclatante de l'amour de Dieu pour nous. Mais qu'est-ce que le Saint-Esprit, sinon l'Amour mutuel et substantiel du Père et du Fils, sinon le représentant de cet amour dans la nature divine, sinon le principe communicatif de cet amour dans les œuvres extérieures de Dieu '.

Vobjet de l'Incarnation, c'est l'union df la nature humaine avec la personne du Fils de Dieu. Or cette union est l'œuvre la plus parfaite de la grâce divine. Mais le principe même delà grâce et la source de tous les dons de Dieu à ses créatures, quel est-il, sinon le Saint-Esprit, c'est-à-dire, le Don personnel du Père au Fils et du Fils au Père '.

ho. fin de l'Incarnation, c'est d'opérer notre sancti-

1. Sur arnor et donum « nomina personalia et propria Spiritus Sancti. » Voyez S. Th. III. qu. 37-38, et Cf. Scbeeben : Dogmatique, tome I, 830 et suiv.

2. Le saint Docteur s'appuie sur ce beau passage de saint Augustin {Enchir , n. 40) : Profecto modus iste, quo natus est Christus de Spiritu Sancto... insinuât nobis gratiam Dei, qua homo nullis praecedentibus meritis iu ipso exordio naturce suœ, quo esse cœpit, Verbo Dei copularelur in tautam personee unitatem, ut idem ipse esset Filius Dei qui filius hominis, et filius hominis qui FiliuS Dei; ac sic in naturae humanee susceptione fîeret quodammodo ipsa gratia illi ho- "mini naturalis, qua nullum peccatum posset admittere. Quas gratia p7-opiei'ea pci' Spin'tum Sanctum fuerat significanda, quia ipse propric sic est Deus, ut dicatur eliam Dei donum.

LE DOGME DE LA MATERNITÉ DIVLNE. 3o

fication. Yoilà pourquoi celui qui naîtra de la Vierge et qu'elle a conçu doit être saint et appelé Fils de Dieu, ideoque quod riascelur ex te sanctum vocabitur Filias Dei {Li'c, i, 25). Or par qui les créatures sontelies sanctifiées? Par qui les hommes sont-ils élevés à la dignité d'enfants de Dieu, sinon par l'Esprit-Saint, par cette personne qui est en Dieu la Sainteté même K L'acte mystérieux de la conception se rattache

1. III. qu. 32, a. 1, c. Ces raisons sont développées dans rouvra«e de Borg\a.ne\\iinlitu\é : Il Soprcmaturale, Roma, 18G4, p. 196etsuiv. ; et dans nn autre ouvrage : La Maternita divina, Napoli, 1874, p. 74 et suiv. Dans différents endroits de ses œuvres, saint Thomas ajoute à ces raisons les rapports d'analogie qui existent entre l'Incarnation du Verbe et la formation de la parole humaine, rapports qui avaient déjà été mis en lumière par les Pères du Concile de Nicée. L'incarnation du Verbe peut en effet se comparer à l'incorporation de la pensée dans la parole extérieure. La parole éternelle dans le sein du Père, la parole intérieure ou la pensée dans l'esprit de l'homme sont toutes deux invisibles; elles prennent un corps pour se manifester au dehors. La parole intérieure de l'homme se forme une enveloppe par l'espèce de soufile inspirateur (Spiritu?) qui vient du cœur. La parole éternelle, le Verbe de Dieu prend aussi un corps par le souffle, par l'Esprit-Saint qui procède de Lui et du Père. Exposit. sur saint Mallh., c. 1. Edit. de Paris, vol. XIX; Cf. August., serm. 119 et tract, in JoAN., c. 37; Saint Thomas, Summa contra Gcnies, 1. IV, c. 46; Compend. TheoL, vol. XXVII, c. 219. D'autres auteurs comme Oswald (La Rédemption, p. .2S.Ï), trouvent convenable que l'Incarnation soit attribuée au Saint-Esprit parce qu'il a un caractère de principe de vie, de principe réformateur dans les créatures {Summ. cont. Gent., IV. c. 20) : Le même Esprit qui au commencement du monde étant porté sur les eaux donnait des formes aux créatures, a par sa vertu, en répandant sur la Vierge son ombre fécondante, formé en elle le corps de riIomme-Dieu. Grimm dans son Histoire de l'Enfant Jcsus, rattache cette opération attribuée h l'Esprit-Saint à sa descente sur les a] ôtres, au jour de la Pentecôte.

donc étroitement au mystère de la sainte Trinité. Mais, en même temps, il nous ouvre comme une perspective sur le mystère adorable de la vie des trois personnes divines et sur les relations ineffables qui existent entre elles.

Les trois principaux attributs divins qui se révèlent dans le mystère de l'Incarnation sont précisément la manifestation extérieure du caractère personnel du Saint-Esprit. Nous voyons en effet la troisième personne de la sainte Trinité répandre son amour, sa bonté, sa sainteté dans l'acte de l'Incarnation du Yerbe. Les mêmes relations dans lesquelles le Saint- Esprit est engagé dans le mystère ineffable de la vie divine sont la base des relations qui l'unissent aux créatures. Ce n'est qu'à la lumière de ce principe que nous comprenons parfaitement le dogme énoncé dans ces paroles du symbole : Qui a été conçu du Saint Esprit, qui conceptus est de Sphitu Sancto. En effet, dans l'Incarnation, qui est l'œuvre par excellence de l'amour, de la grâce et de la sainteté divines, se manifeste la personne du Saint-Esprit comme la forme subsistante de l'amour, de la bonté et de la sainteté de Dieu. Yoilà pourquoi, bien que cet acte soit effectué en commun par les trois personnes divines, bien qu'il ait pour terme unique la personne du Fils de Dieu, il peut être attribué d'une manière toute particulière à la personne du Saint-Esprit.

Nous voyons donc dans l'acte mystérieux de la conception du Seigneur, dans ce « miracle des miracles, » l'élément naturel et l'élément surnaturel se fondre en

unemême unité. Le divin et l'humain se réunissent en un même point, qui est leur terme, une personne divine ' . Cette conception est naturelle dans son principe passif et surnaturelle dans son principe actif. Marie est devenue mère et est restée Vierge, de même que son divin Fils est devenu homme sans cesser d'être Dieu '.

§ 9. — L'action du Saint-Esprit laisse inlaote la maternité de Marie, et maintient l'égalité entre la nature humaine du Christ et la nôtre.

Mais ici vient se poser une double question. La vertu surnaturelle et divine en se substituant au principe actif qui se déploie dans les conceptions hu-

1. In generalione humanaChristi fuit ultimus generationis terminus unio ad personam divinam. Summ. cont. Cent., IV. c. 43.

2. Si enim coasideremus id, quod est ex parte materiae conceptus, quam mater ministravit, totum est naturale. Si vero consideremus id, quod est ex parte virtulis activae, totum est miraculosum. Sed quia unumquod(iue magis judicatur secundum formam, quam secundum materiam, et similiter secundum ageus, quam secundum patiens, inde est, quod conceptio Christi débet dici simplicité)' miraculosa, et supernaturalis, sed secundum aliquid naturalis. III. qu. 33, a. 4, in c. Ibid. qu. 32, a. 4, 1". Praeter unionem duarum naturarum in unamhypostasin, quae compléta est in conceptione Cliristi, qu/e est iniraculum omnium mii'aculorum, est etiam aliud rairaculum ut virgo manens virgo concipial hominem Deum... Materia enim quam Virgo ministravit, fuit materia ex qua naturaliter corpus hominis formari potuit, sed virtus formans fuit divina. Uode simpliciter dicendum est, conce|itiouem illam miraculosam esse, naturalem vero secundum quid : et propter hoc Cliristus dicitur naturalis filius Virgiuis, quia naturalem materiam ad ejus conceptum prœparavit. III. dist. qu. 2, a. 2, in sol. ; ibid. a. 1, !■".

maines, ne porte-t-elle pas préjudice à la vérité de ki maternité de Marie? En outre, l'intervention de cette vertu divine ne détruit-elle pas en Jésus-Christ l'égalité de sa nature humaine avec la nôtre?

— En aucune façon, répond le Docteur an géliqne. Car il est évident que la vertu divine qui est infinie et qui donne à toutes les causes secondes leur virtualité peut produire les mêmes effets directement et sans eux. Par conséquent, elle peut, sans l'intervention d'une activité paternelle, former dans une matière préparée par la mère un corps apte à recevoir une âme humaine K Que dis-je? Elle fait plus encore. Tandis que l'intervention du principe actif dans les générations humaines ne peut s'exercer sans léser et faire

1. Neque tamea hic generationis modus verœ et naturali huinanitali Christi derogat, licet aliter qiiam alii liomiaes geueratus sit. Mauifestum est enim, qiuim virtus divina iufiuita sit, ut siipra (I. 43.) probatum est, et per eam onmes causœ virtuteiii produceodi elfectum sortieutur, quod quicunqiie effectus per quamciinque caiisam produïitiir, potest per Deum absque illius causse adiuiniculo produci ejusdem speciei et Daturœ. Sicut igitur virtus naturalis quœ est in humauo semine, producit homineiu veruni, speciem et hutuauam naturam habeutem, ita virtus diviua, quae talem virtutem semioi dedit, absque bujusmodi virtute potest effectus illius virtutis producere, constilueudo verum bouiiuem, speciem et uaturara humauam babentem. Sianm. cont. Gent., IV. c. 45. FemÏDa, ex qua aliquis homo nascitur, mater illius dicitur ex eo quod materiam ministrat humano conceptui. Uude Beata Virgo Maria quœ materiam miuistravit conceptui Filii Dei, vera mater Filii Dei dicenda est. Non enim refert ad rationem matris, quacuuque virtute materia ministrata ab ipsa formetur. Non igitur minus mater est quce materiam miuistravit Spiritu Sancto formaudam, quam quae materiam ministrat formandam virtute virilis semiuis. Compend. theol. (op. 1.) c. 222.

décheoir une femme, la vertu du Très-Haut étendant son ombre protectrice, conserve à la très pure Vierge la dignité qu'elle possède et lui donne celle qu'elle ne possédait pas, elle la maintient dans la virginité et lui donne la maternité '.

De même que l'action du Saint-Esprit, en se substituant au principe paternel, ne détruit pas en Marie le caractère de la véritable maternité, de même aussi elle ne constitue pas la personne du Saint-Esprit, par rapport à la formation du Christ, dans la relation d'un père à un fils. Le Christ est le fils de la Vierge et il n'est point le fils du Saint Esprit, nous dit saint Augustin-. C'estaussice que répètent avec lui les pères du onzième concile de Tolède: « Il ne faut pas croire que le Saint-Esprit soit le père du Fils parce que Marie

1. Similiter etiam nec per hoc aliquid dépérit diguitali matris Christi quod virgo coucepil et peperit, quin vera et naturalis mater Filii Dei dicatur; virtute euini diviaa faciente, materiam naturalem ad geaerationem corporis Christi miniolravit, quod solum ex parle matris requirilur; ea vero quae ia aliis matribus ad corruptionem virginitatis faciunt, non ordiaanturad id quod matris est, sed solum ad id quod patris est, ut semen maris ad locum geaeralionis perveniat. Surnm. cont. Gent., IV. c. 43 in f.

3. Natus est Christus de Spiritu Sancto non sicut filius, et Maria Virgine sicut filius. Enchir. c. 40. Quomodo non sit filius Spintus Saucti et sit filius Virgiuis Alariœ, cum et de illo et de illa sit uatus, explicare difficile est. IbiJ. ep. 3S. P. Faure, son comuienlaleur, fait là-dessus cette remarque : Neque in bis Augusliui capilibus, neque in homil. II. Chrys. in Synib. Ajjost., neque in Coucil. Tolet. XI., in quibus eadein sana doctrina traditur, invenies propriam hujus rei ralionem, qua iufidelibus contra nos argumenlanlibus os obstruas. Eam breviler ac perspieue traditam invenis in S. Thoina III. fji(. 32, a. 3, 1'".

a conçu sous l'ombre du Très-Haut. » Le grand théologien du moyen âge nous donne la raison suivante : Dans la très sainte Vierge, nous dit-il, se trouve complètement réalisée l'idée de la mère, tandis que la paternité ne se rencontre nullement dans l'opération du Saint-Esprit. C'est en efîet la loi établie de Dieu dans toute génération que celui qui engendre produise un être semblable à lui par une communication de sa substance. Or, c'est la Vierge Marie qui a fourni de sa propre substance l'élément duquel a été formée la nature humaine de l'IIomme-Dieu; et voilà pourquoi elle est mère dans le vrai sens et la parfaite acception de ce terme. Jésus-Christ est son vrai Fils, puisqu'il est selon son humanité de la même nature que sa mère. Quant au Saint-Esprit, il a opéré comme puissance formatrice, mais non point en communiquant sa propre substance, pour produire un être semblable à lui. Aussi n'est-il pas père, et Jésus-Christ comme homme n'est pas son Fils, ne lui ressemble pas selon la nature humaine. Le Christ est certainement semblable au Saint-Esprit selon la nature divine; mais cette nature divine, il ne la tient pas du Saint-Esprit, il la tient du Père '. L'idée de paternité ne peut donc

1. Chrislus conceptus est de Maria Virgioe maleriam luinistranle in similitudiûem speciei et ideo dicitur iîlius ejus. Cliristus auteiu, secunduin quod liomo, couceptus est de Spiritu Sancto sicut de active principio, non tamen secundiim similitudinem speciei, sicut homo nascitur de pâtre s'io. Et ideo Christus non dicitur filius Spiritus SancLi. III. qu. 32, a. 4, 1"'. Licet autem Filius Dei dicatur de Spiritu Sancto ex Maria Virgiue iucarualus et conceptus, non tamen dicendum est, quod Spiritus S. sit pater hominis Christi, licet Beata

en aucune manière se rapporter à l'action rlu Saint- Esprit dans l'incarnation du Verbe, puisqu'il n'y a pas eu, ce qui est le point essentiel, communication de la même nature du père au fils. 11 y a plus. L'activité du Saint-Esprit a été une activité formatrice et créatrice * et voilà pourquoi le Christ selon la nature humaine peut être nommé l'œuvre de l'Esprit-Saint ^

Virgo ejus mater dicatur. Primo quidem, quia in Beata Maria Virgine invenitur totum qnod pertiuet ad matris rationem. Materiam enim ministravit Christi conceplui Spiritu Sancto formandam, ut requirit matris ratio. Sed ex parte Spiritus Sancti non invenitur lotum, quod ad rationem patris exigiiur. Est enim de rations patris ut ex sua natura fîUum sibi connaturalem producat. Uade si fuerit aliquod agens quod faciat aliquid non ex sua substantia, nec producit ipsum in situilitudiuem suœ naturae, pater ejus dici non poterit. Non enim dicimus quod homo sit pater eorum, quse lacit per artem, nisi forte secundum metapboram. Spiritus autem Sanctus est quidem Christi connaturalis secundum divinam naturam, secundum quam pater Christi non est, sed magis ab eo procédons; secundum autem naluram humanam non est Chrislo connaturalis; est enim alia natura humana et diviua in Christo. Reliuquitur ergo quod Spiritus Sanctus pater hominis Christi dici non possit. Comp. theoL (op. l) c. 223. Cf. Expos, in Mallh., c. 1 (Ed. Vive?, vol. 19).

1. Spiritus enim Sanctus non produxit humanam naturam in Christo ex sua substanlia, sed sola sua virtule operalus est ad eju^ productionenj. Non igitur potest dici Spiritus Sanctus pater Christi secundum luimanam generationem. Summ. cont. Cent., IV. c. 47. Spiritus Sanctus non genuit Christum de Beata Virgine : quia secundum Damascenum (De fide oi-th. I. 8.) generare est ex sua substantia alium producere... Nec ilerum Spiritus Sanctus est similis Christo in natura illa quam in ut<>ro Virginis formavit; unde non potest Spiritus Sanctus dici pater Christi secundum huniauitatom. III. dist. 4, qu. 1, a. 2, qu. 2, 3'". IbiJ. qu. 2, a. 4'". llem S..Bonaveutura : III. dist. 4, a. 1, qu. 2.

2. Summ. cont. Cent., IV, c. 48; III. dist. 4, qu. 1, a. 2, iju. 2, 1'".

4i2 LA DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.

Mais le caractère qui appartient à une créature d'être faite à l'image et à la ressemblance de Dieu n'établit que dans un sens impropre et incomplet le rapport d'un fils à son père, parce qu'il n'y a point une ressemblance parfaite entre le créateur et la créature. Dans ce sens, ni le Saint-Esprit ni la sainte Trinité elle-même ne sauraient être appelés le père de Jésus- Christ. C'est ici le cas d'appliquer cette règle : quand un attribut s'énonce d'un sujet dans le sens le plus parfait, le même attribut ne saurait plus être appliqué au même sujet dans un sens moins parfait. Or, Jésus-Christ est Fils de Dieu dans le sens le plus parfait, car il est engendré éternellement dans le sein de son Père. Toute autre filiation, soit celle qui appartient à une créature, soit celle qui viendrait de la grâce, ne serait pour lui qu'une filiation imparfaite. Par conséquent, il est impossible que le Christ soit à la fois Fils de Dieu, parfait dans un sens, et imparfaitement dans un autre \ Jésus-Christ, en tant qu'homme, n'a,

1. Iq homine est quaeJaiu siiuililudo Dei imperfecta, et iuquautuiu creatus est ad imagiaem Dei et ia quantum recreatus est secundum similitudineui gratiae : et ideo utroque modo potest homo dici lilius Dei, et quia se. est creatus ad imagineoi ejus et quia est ei assimilatus per gratiam... Chrislus auteui est Filius Dei, secundum perfeclam rationem filiationis, unde quamvis secundum humauam naturam sit creatus et juslificalus, non tamen débet dici Filius Dei ueque ralioue creatiûiiis ueque ratione justiBcaliouis, sed solum ratioue geuerationis aeternae, secundum quam est Filius Patris solius. Et ideo nullo 7nodo débet dici Christus filius Spiritus Sancti, nec etiam tofius Trinitatis. III. qu. 32, a. 3, c. et 2-'.; III. dist. 4, qu. 1, a. 2, qu. 2, in sol. 1, et i^. It. AlberLus M. iu III. dist. 4, a. 4. Sur le peu de solidité de l'opinion soutenue par Suarez (in III. qu. 23, a. 4, disp. 49,

selon la nature humaine, d'autre père que celui qu'il a selon la nature divine '. Il est vrai que comme homme il n'a pas été engeniré de toute éternité ; mais aussi, comme homme, il est le même, la même personne que le Père a engendrée de toute éternité, en lui communiquant la nature divine numériquement une et commune aux trois personnes. Et voilà pourquoi il est, même comme homme, le vrai fils du Père céleste. La génération éternelle du Fils de Dieu dans le sein de son Père coexiste avec sa génération temporelle dans le sein de la Vierge, et c'est pour cela que l'on peut dire de Jésus-Christ : Cet homme, le Christ, qui est né de la Vierge Marie, est le Fils de Dieu, engendré par le Père, vrai Dieu de vrai Dieu. Le même Jésus-Christ est donc le vrai fils du Père et le vrai fils de la Vierge ; le vrai fils du Père, à cause de sa génération éternelle; le vrai fils de la Vierge, à cause de sa naissance temporelle. Il est né deux fois, selon sa divinité et selon son humanité; et pourtant il n'est qu'un seul fils, le Fils de Dieu, qui existait de

sect. i, 2.), Vasqaez (Je iiic.disp. 89, c. 14), Bécane (llieol. schol. p. III. de inc. c. 18, qu. 4. et 5.) et d'autres, qui consiste à dire que le Christ comuae homme peut être appelé le fils de la Trinité, par la raison que, en vertu de l'union personnelle avec le Verbe, sa niti re humaine a été sanctifiée et a acquis le droit à l'héritage cclesir, voyez de Lugo (De mysl. inc, disp. 31, sect. 3. Ed. Vives t. III. p. 16 sqq.) et Frauzelin (De Vcrbo inc, Ed. 2, Th. XXXVIII. p. 356 sqq.)

1. Jésus Christus ilaque non solum secundum divinitatem (in qua naturaliter sequalis est Deo Palri), sed et secundum auimam et curnem (in qua idem Deus consubstantialisest matri), non solum Filius Dei Patris est, verum etiam unigeuilus Filius. Fulgenlius fragm. 32, c. Fabianum.

toute éternité en vertu de sa naissance éternelle clans le sein de son Père, et qui est devenu le fils de l'homme par sa naissance temporelle, en sortant du sein de sa mère *. Cette relation de Jésus-Christ avec son Père est ce que l'on appelle dans la langue théologique une relation réelle; tandis que sa relation avec la sainte Vierge, comme toute relation de Dieu à ses créatures, n'est qu'une relation fondée sur une considération mentale, relatio rationis '. Mais la relation de Marie par rapport à Jésus, qni est son fils, est une relation réelle, parce que le fondement sur lequel elle repose est un fondement réel, c'est-à-dire la génération ^ La sainte Vierge est véritablement et

1. Est eniai sempiterua et nunquam inlerrupta Verbi generatio... Hiac de Chrislo liOQÙQe usurpari potest : Hic homo Deus est et Dei Filius, ac Verbum et a Pâtre procedil ac giguitur. Petavius : De incarn., VII, c. 5, n. 6. — Generatio quippe Verlji œtema est, sicut nuuqaam incepit, ita nunquam desiait, non quidem sicut in humanis tanquam actus imperfectus teudeus ad termiûum, sed ut aclUs perpetuo completus habens immanenteui terminum semper productum. Unde in ipsa incarnatioue Deus homo geueratur ab œlerno Pâtre per communicatiouem divince naturœ. Franzeliu : T)c Dca trino (Ed. ait. p. 436, not. 1.)

2. Filiatio respicit hypostasin consequentem ad generatiouem. Quamvis ergo hypostasis Filii Dei secundum generationem ejus œternam nou sit a Virgine, tameu secundum generationem ejus temporalem ex ea est. III. dist. 4, qii. 2, a. 1, S"».

3. Voilà ce qu'enseignent saint Thomas (I. qu. 13, a. 7 ; de potentia, qu. 7, a. 10, et al.) et son École, avec Alexandre de Halès (Summ. III. qu. 10, m. 3, a. 1.) et saint Bonaveuture (in III. dist. 8, a. 2, qu. 2). Il est d'autres théologiens, au contraire, comme Scot (III. dist. 8, qu. 1.) Darand, Marsile et, parmi les modernes, Franzeliu. De Verbo inc. pg. 385). qui soutiennent qu'il y a de la part du Christ

LE DOGME DE LA MATERNITÉ DIVL\E. 4o

réellement mère, et Jésus est véritablement et réellement son fils, non point en ce qu'il tiendrait tout d'abord de sa mère d'être devenu fils, mais parce qu'elle a véritablement conçu et enfanté dans le temps Celui qui est « le Fils de Dieu » de toute éternité \

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