‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 25 sur 71 · I. qu. 29, a. 1. c · texte numérisé non relu

I. qu. 29, a. 1. c

5i LA DOCTRINE SUR LA VIERGE 3IARIE.

personne, s'il s'agit d'une génération humaine, et non point une nature. En effet, considérée en ellemême la nature n'est qu'une chose incomplète, qui n'arrive que dans la personne à subsister en ellemême K

Ce principe posé, nous disons que le dogme de la maternité divine est pleinement justifié par l'analyse métaphysique des termes de nature et de personne. En effet, si ce n'est pas la nature, mais la personne qui est produite \ c'est-à-dire conçue et engendrée, il s'ensuit que la sainte Vierge a conçu et enfanté, non point une nature humaine considérée en elle-même, mais toie nature humaine subsistante, c'est à-dire une personne en possession de la nature humaine ^ Or, comme selon la doctrine de la foi, il n'y a qu'un seul Christ, une seule personne, le Fils de Dieu, la per-

1. Nasci fieri quoddam est, nibil aulem fil nisi ut sit; unJe secundum quod alicui convenit esse, ita et conveuit ei fieri. Esse aulem proprie subsisteulis est, unde dicilur proprie nasci et fieri. Forma aulem et oatura dicilur esse ex consequenli; non enim suîisislit, sed iu quantum in ea supposilum subsislit, esse dicitur, unde et ex conseqiieuli conveuiat ei fieri vel nasci, non quasi ipsa nascalurj sed quia per geuerationem recipilur. III. dist. 8, qu. 1, a. 2, in sol.

2. Natura bumana quee ut pars siguificatur, non est nala subsistere, cum non possit in rerum natura esse nisi iu alomo, i. e. ia suo supposilo, et ideo ipsa non polest dici nasci. III. dist. 8, qu. 1, a. 2, 1"». Non enim natura iuleudil naluram producere nisi in supposilo, et ideo non intendil geaerare liumanilalem, sed bominem. Ib. ad 2"» et 3"*.

3. Naturel bumana quamvis non dicatur proprie nasci iu Cbrislo de Virgine, eo quod nasci nou est ualarœ, sed bypostasis; tamen consequenter ad generationem se babet, quia est per geuerationem

.accepta. Ib. a. 3, iu sol.

sonne divine, il s'ensuit que Marie a conçu et 3nfanté dans la nature humaine le Fils de Dieu fait homme; et qu'elle est par conséquent Mère de Dieu dans le sens vrai, dans le sens propre de ce mot.

§ 12. — Solution d'une difficulté.

Mais le caractère de cette personne qui est le terme de la génération effectuée en Marie, et qui seule établit une relation intime et réelle entre la mère et le fils, ne semble-t-il pas incompatible, en la bienheureuse Yierge Marie, avec la dignité de j\lère de Dieu, puisqu'il est de toute évidence qu'elle n'a pu engendrer une personne divine considérée en elle-même, c'est-à-dire en tant qu'elle est consubstantielle au Père, la personne du Fils unique du Père, qui était de toute éternité dans le sein de son Père?

Il est en effet hors de doute que la fm et le terme extrême de la conception mystérieuse de Marie n'a pas été, comme cela a lieu dans une génération simplement humaine, la production d'une personne, considérée d'une manière absolue, en supposant même que cette personne renferme en elle-même la nature divine. Mais le terme de la conception de Marie a été la génération d'une personne divine dans la nature liumaine, d'une personne divine en tant quelle est formellement un homme '. Or cela suffit pour que

1. In Cliristo supposituui subsisleas est persona Tilii Uei, qnuc •

Mario soit véritaljlement Mère de Dieu, En effet, le caractère d'une vraie maternité est constitué, si une pci'sonne est produite par la génération dans une nature déterminée. Ur la personne du Verbe, qui par sa génération éternelle possède la nature divine dans le sein de son Père, a été engendrée par Marie dans la nature humaine, selon toutes les conditions d'une vraie maternité. Par conséquent, Marie a engendré, c'est-à-dire a conçu et fait naître la personne du Verbe comme homme; elle est donc véritablement Mère de Dieu ^

Ainsi, quoique le Christ n'ait reçu de la Vierge sa mère que la nature humaine et non la nature divine, Marie est néanmoins, non pas seulement la mère de son humanité^ mais elle est aussi véritablement et incontestablement Mère de Dieu -, que le Fils de Dieu,

simplicité!* substantificatur per naturatu divinam, non auletn shnj)!!ciier substantificatur per naiuram Jannanam, quia persooa Filii Dei fuit aute humaaitatem assumptam ; uec in aliquo persona est augmeutata seu perfectior per caturam humanam assumptam. Substa7itificatur autetn supfositum .leternum per naturam humanam in quantum est hichomo. Qa. disp. De unione Yerbi inc., qu. un. a. 4;it. 111. qu. 3, a. 1, 3"". Cfr. Franzeliu : De Verbo inc, pg. 376, sqq.

1. Concipi autem et uasci personae attribuitur et liypostasi secundum naturam illam, in qua concipitur et nascitur. Cum igitur in ipso principio couceptionis fuerit humana natura assumta a divina persona, sicut prœdictum est (qu. 33, a. 3.), consequens est, quod Tere possit dici Deum esse conceptum et natum de Virgiue. Ex hoc autem dicitur aliqua mulier alicujiis mater, quod eum concepit et genuit. Unde consequens est, quod lieata Virgo vere dicatur mater Dei. 111. qu. 33, a. 4, c.

2. Divina natura non est a Christo per temporalem generationem accepta; unde nuUo modo débet dici nota de Virgine, nec per se nec

Dieu lui-même, est devenu véritablement et incontestablement par elle l'Ilomme-Dieu. Dit-on par hasard d'un homme quelconque, que sa mère a simplement enfanté yon corps? Non, mais on dit qu'elle a enfanté l'homme tout entier, bien qu'elle n'ait point tiré de sa substance ce qu'il y a de pUis noble en lui, c'est-àdire son âme, qui est créée immédiatement de Dieu '. Si le Fils de Dieu a fait subsister dans sa personne la nature humaine tout entière, en sorte qu'elle est

per conseqiiem, si natura proprie accipialur, ?ecundum qnod pro essentia supponit. III. dist. 8, qii. 1, a. 3, in sol. — Dicendum e?t ergo, qnod B. Yirgo dicitur maler Dei, non quia si' mater divinitatis, sed quia personne habentis diuinitatem et humanitateni est mater secundwn humanitateni. III. qn. 35, a. 4, 2^>. — Cfr. ib. a, 1, S"».

1. Si quis autem dicere velit, Beatam Virgiuem Dei matrera non debere dici, qnia non est ex ea assumpta diviuitas, sed caro sola, sicut dicebat Nestorius, manifeste voeem suam ignorât. Non euim ex hoc aliqua dicitur alicujus mater, quiatotum quod in ipso est, ex ea sumatur. Homo enim constat ex anima et corpore; magisque est homo id, quod est secundum animam, quam id quod est secundum corpus. Anima autem nullius hominis a matre sumitur, sed vel a Deo immédiate creatur, ut verilas habet, vel si esset ex traductione, ut quidam posuerunt, non sumeretur a maire, sed magis a pâtre... Sicut igitur cujuslibet hominis mater alipia femina dicitur ex hoc quod al) ea corpus ejus assumitur, ita Dei mater Beata Yirgo .Maria dici débet, si ex ea assumptum est corpus Dei. Oportet autem dicere, quod sil corpus Dei, si assumitur in unitatem personae Filii Dei, qui est verus Deus. Confilentibus igitur humanam naturam esse assumptam a Filio Dei in uuitalem personaî, necesse est dicere, quod Beata Virgo .Maria sit mater Dei. Comp. theol. (op. i.), cp. 222; cfr. S. c. g. IV. cp. 34. — Dans son commentaire sur l'Evangile de saint Matthieu (tome i9), saint Thomas attribue à tjrt cette comparaison à saint Ignace, martyr, tandis que dans la Somme tbéologique il la rapporte avec raison à saint Cyrille qui s'en est servi plusieurs fois dans sa polémique contre Neslorius.

Y-n4[ablement son humanité, et s'il s'est approprié cette nature par le moyen d'une vraie conception et d'une vraie naissance de la femme, il a fallu qu'il donnât à cette femme la dignité d'être sa mère, tic sorte qu'elle est aussi véritablement et réellement sa mère, la mère du Fils de Dieu que la nature humaine formée dans cette mère est véritablement et réellement sa nature, son humanité, l'humanité du Fils de Dieu. En vertu de l'union hypostatique, le corps et le sang de Jésus-Christ sont véritablement le corps et le sang du Fils de Dieu ; par conséquent la bienheureuse Vierge Marie est véritablement et incontestablement la Mère du Fils de Dieu K

Si donc il est établi par la révélation divine que l'incarnation du Verbe s'est accomplie par la voie d'une véritable génération qui a eu lieu dans Marie, il s'ensuit que la très sainte Vierge est véritablement et dans le sens propre Mère de Dieu.

On porterait atteinte à l'idée de la maternité divine, si l'on altérait le mode selon lequel s'est effectuée l'in-

1. Quodam ergo iooomprebensibili et iueffabili modo dicimus Deu m unitiim esse liumanœ natura; in Christo non solum per iubabitationem, sicut iu aliis Sauctis, sed quodam modo singulari, ita *7ï/orf Inimana naliira essct quadam Filii Dei natura;... et cis qitxUbet partes hurnanx naturx ipsius Filii Dei dici posswit Deus; et quidquid agit vel patitiir qucElibet {lars nalurœ bumante in Filio Dei, potest altribui imigeiiilo Dei Verbo. L'nde non inconvenienter dicimiis auimam et corpus esse Fibi Dei, sed et oculos et manu? ; et qiiod Fibus Dei corporabter videat per ocuU visionem et audit per auris auditum... Et simibter dicere possumus, quod Deus nascitur de Virgiue propter bumanam naturam. — Declar. quorundam arlic. contra Graecos, Armenos etc. Opusc. 2, c. G. Ed. Vives, tome 29.

carnalion, si l'on séparait le momenl où a été conçue la nature humaine de celui où le Verbe de Dieu s'est approprié cette nature en l'unissant à sa personne \ Dans ces conditions Marie ne serait plus Mère de Dieu, mais mère d'un homme, puisqu'une nature humaine, laissée dans sa propre condition et engendrée indépendamment d'un mode de subsistance plus élevé qu'elle-même, serait complète en elle-même, c'est-à-dire aurait pour terme une personne humaine, un homme individuel, déterminé. Si donc le Verbe ne s'était uni à cet homme que plus tard, cette union ne serait qu'une union morale, comme elle peut exister entre deux personnes, ou aussi une union hypostalique, mais en ce sens que la première personnalité, la personnalité humaine, cesserait d'exister par l'accession de la personne divine ". Dans aucun de ces deux cas Marie n'eût ni conçu ni enfanté un Dieu, mais elle eût simplement mis au monde un Dieu dans une nature humaine adoptée par lui après une conception précédente.

1. Sjlum enim sic ncgiri posset, Bealatn Virginem esse malreni Dei, si vel humaaitas prius fulsset subjecla conceplioui et nalivilali, quam homo ille faisset Filius Dei, sicut Photius posait, vel liumauilas noa fuisset assumpta ia uuiLalem personae vel bypostasis Yerbi Dji, sicut posuit Nestorius : ulrumque autem lioruai est erroneuui III. qu. 33, a. 4, c. Cfr. Summ. cont. Gent., IV. c. 43.

i. Par consumtio de la personnalilé dans la nature humaine déjà existante, saint Thomas n'enteud dire que ceci : Celle personnalité a élé remplacée par un mode supérieur de subsistauce. Car en fait, elle n'a pas été anéantie, attendu qu'elle n'a point eu une réalité particulière. III. qu. 4, a. 2, 2'" et 3'".

Mais la nature humaine, ou plutôt l'homme, n'a point été formé en Marie de manière que le Yerhe divin lui fût uni par une opération postérieure. Au contraire, les deux actes coïncident dans un instant indivisible ; au moment où la nature humaine a été formée s'est accomplie son union avec la nature divine. Par conséquent, l'iiommc enfanté par la très sainte Vierge n'est autre que le Fils de Dieu lui-même dans la nature humaine.

Telle est la notion catholique de l'incarnation, et il est facile de voir que Marie n'est véritablement Mère de Dieu qu'autant que l'on demeure fidèle à la vérité de cette notion '.

La nature humaine du Christ n'a point existé un seul instant en elle-même, mais elle a existé dès son commencement comme la nature du Verbe divin. Cette vérité est toujours demeurée le point capital dans les discussions qu'ont soutenues les Pères contre le Nestorianisme '^ Le Docteur angéllque s'est

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