‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 26 sur 71 · III. qu. 4, a. 2, et · texte numérisé non relu

III. qu. 4, a. 2, et

2. Non alieuum ab ipso erat corpus ipsi uuitum et factum ex muliere. Cyr. 1. I, contra Nest. Non enim primum ex S. Virgine liomo commuuis genitus est in quem poslea Verbum descendent : sed ab ipsamet vulva unitione faita carnalem generationem adiuisisse dicitnr. IJ. ep. I. ad Nest. — Avec la plus grande précision le patriarche Sophrouius s'exprime ainsi (Epistola syuod.) : Simul caro simul Dei Verbi caro, simul caro auimata ratioualis simul Dei Verbi caro animata rationalis; in illo enim et non secundum se ipsam babuitsubsistentiam, simul narnque cum conceptu Verbi producta est ad existoitiam. Saint Thomas attribue (III. qu. 33, a. 2, in contr.) ce passage à saint Jean Damascèae qui s'est exprimé du reste d'une manière semblable : Primitias enim massse nostrœ assuœpsit, non guidon na-

attaché principalement à répandre la clarté sur cette affirmation doctrinale et à la défendre contre toute atteinte. Enseigner, dit-il, que la sainte humanité du Sauveur a été auparavant conçue par Marie, puis plus tard unie personnellement à Dieu, c'est enseigner une doctrine contraire à la foi. En elTet, on arriverait nécessairement ainsi à soutenir qu'il y a deux personnes en Jésus-Christ, c'est-à-dire que l'on détruirait l'union hypostatique, ce qui équivaut à nier l'incarnation du Verbe K

twam pcr se subsistentem, et quce prius fuerit iadiviJuum alque ita Jeiu ab ipso sit assumpta, sed in ipsius hypostasi subsistentem. (De fideorth. 1. III, c. 11.) Caro a prima jam sua existentia vere imita est Deo Verbo, seu potius ia ipso exstilit (ibid.c . 22.), ou bien: Ipsum Dei Verbum carni bj'postasis est (ibid. c. 2). Chez les Latins nous trouvons : Léo M. (epist. 33): Natura noslra non sic assumpta est, ut prius creata post assumeretur, sed tit ipsa assumptiojie crearetur; Fulgentius [De inc, n. 5) : Carnem non conceptum accepit unigenitus Deus, sed in ea est Deus altissima humilitate conceptus. On trouvera toute une série des témoignages des autres Pères dans Pétau : Dogm. de me, IV. c. 11, et Thomassin : Theol. dogm. de inc, III. c. 11,

sq'i-

1. A(i hoc, quod couceptio ipsi Filio Dei attribuatur, ut in Symbolo confitemur dicentes: Qui conceptus est de Spiritu sancto, necesse est dicere, quod ipsum corpus Christi, dum conciperetw, esset a Verbo Dei assumplum. III. qu. 33, a. 2, c; ibid, a. 3. c. — Humana natura non prœexistit ante unionem, sed postquam unita est, fuit in atomo ,vel persona Verbi. III. dist. 5, qu. 3, a. 3, 1"\; ibid. dist. 2, qu. 2. a. 3, Cfr. III. qu. 6, a. 3 et 4.; Summ. cont. Cent., IV. c. 43. On se demande si saint Thomas (Voir III. qu. 17, a. 2; III. dist. 6, qu. 2, a, 2; Quodlib. qu. 9, a. 3: Comp. theol. c. 211 ; De un. Verbi qu. un, a. 3 et 4.) enseigne que la nature humaine de Jésus-Christ n'est pas, même logiquement, antérieure à l'union hypostati(iue, et s'il n'est pas possible de la concevoir existant indépendamment du Verbe,

Dans celte merveilleuse union des deux natures, se rencontrent aussi deux générations, la génération éternelle du Ycrbe dans le sein de son Père, qui est' sans commencement ni fin, et qui a par conséquent

parce qu'elle ne possède point par elle-même une existence propre et personnelle, attendu qu'elle ne reçoit cette existence que de la personne et dans son union avec la personne du Verbe éternel, en qui la personnalité et l'existence sont une seule et même chose. C'est là uni question que les théologiens résolvent diversement, selon qu'ils définissent ces idées fondamentales de la métaphysique, essence, existence, subsistance. Les Thomistes, comme Cajétan (in III. qu. 4, a. 2, et qu. 17, a. 2\ Silve&tre de Ferrare (in Sum7n. cont. Gent., IV. c. 3o, 41 et 43.) et plusieurs modernes, entre autres, Schaezler, (Le dogme de l'incarnation selon la doctrine de saint Thomas, Fribourg 1870 page 117) explique dans le sens indiqué plus haut l'opinion de saint Thomas. Au contraire, Suarez (in III. qu. 17, a. 2, disp. 36, sect. 1 et 2), Vasquez (in h. 1. disp. 71, c. 3), Tolet (in III. qu. 17, a. 2) etd'aulres auxquels se jointFranzelin ("De Verbo inc, th. XXXIV.), expliquent saint Thomas dans le sens opposé et admettent que la sainte humanité du Sauveur peut être conçue indépendante du terme auquel la personnalité l'a conduite et qu'elle a au moins une antériorité logique à l'union hypostatique. D'après la doctrine thomiste, l'action maternelle de la sainte Vierge s'étend immédiatement jusqu'au point de départ de l'existence de l'Homme-Dieu, puisque ce qui est né d'elle ne parvient pas à l'existence indépendamment de son union hypostatique avec le Fils de Dieu. Marie est donc mère de Dieu, non pas seulement à cause de la divinité de la personne de Jésus Christ qui s'est approprié la nature humaine conçue de Marie, mais encore en raison de la participation qu'a eue cette nature humaine à l'union par l'appropriation qu'en a faite le Verbe de Dieu. Selon Vasquez, au contraire, Marie serait Mère de Dieu non point immédiatement à cause de sa coopération à la naissance du Christ, pour lequel elle n'a fait que poser l'existence humaine, mais elle serait Mère de Dieu simplement à cause de l'union de cette nature bumaine avec la personne divine, union qui s'est accomplie plus tard (Voir Schaezler, page 138).

un point de contact avec le présent, et la génération temporelle dans le sein de Marie. Cette génération qui a pour terme la personne du Verbe de Dieu est mise en relation avec cette autre génération dont le terme est éternellement atteint dans le sein du Père. Aussi Marie est-elle Mère de Dieu, non parce que l'union hypostatique s'est accomplie par sacoopération, mais parce que dans le même moment, où s'exerçait son intervention maternelle et la coopération dn Saint- Esprit, la nature humaine du Christ qui était formée en elle était unie à la personne du Yerbe divin par l'action de la Trinité tout entière '. Il est très vrai que la

1. Le cardinal Tolet distingue fort bien entre les personnes qui ont été des causes actives dans l'incarnation et les activités qu'elles ont déployées, inlIL qu. 3o, a. 1 : Quum productus est Chrislus, duo convenerunt : unum ex parte ipsius solius Trinitatis, alterum ex parte Dei per mediani Beatani Virginem. Ex parte solius Trinitatis fuit communicatio subsistentiae diviuiE Filii naluraj liumanae; Ires enim personne communicarunt Filii subsisteutiam; et hoc est mcarnare. Filius igitur cuni Pâtre et Spiritu sancto se incarnavit, sclusque Filius incarnatus est, quia ejus subsistenlia fuit carni comniuuicata. Ex parte vero Matris fuit communicatio naturœ humanae, cui dabatur subsistenlia Dei. Fuit autem utrumque simul etiam natura, licet sit aliqua prioritas in diverso génère causae; in unico lamen instant! utrumque fuit : Matrem cum Deo ministrare naturam humanam, et Trinitatem ei communicare subsisteutiam Filii Dei. Uude fit, quum ad Incarnationem spectet tam id, quod est ex parte solius Dei, quam id, quod est ex parte .Matris (nec enim esset Christus, nisi esset homo, sicut nec Christus, nisi esset Deus); fit, ut Mater aliquo modo dicatur iucarnaje Filium : non quidem ex parte subsistentia; ipsam ministrando, sed ex parte naturae humanse, ipsam velutpraeparando. At vero non simpliciter dicitur incarnare, quia non habuit potestatem uniendi naturam cum divina subsistenlia, sed Deus eam habuit unieudi subsistenliam cum natura humana. Ob id quasi passive se

6i LA DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.

sainte Trinité a opéré l'incarnation du Fils de Dieu, mais il est faux que la Trinité elle-même se soit incarnée. Voilà pourquoi si la très sainte Yierge est mère de Dieu, mère du Fils de Dieu, elle n'est point mère de la Trinité.

Il est incontestable que le Fils possède la même nature divine que le Père et le Saint-Esprit te qu'il est cette nature. Mais celte nature divine numériquement une et identique, il la possède d'une manière qui lui est propre ; ce qui fait qu'il est une personne, réellement disliiicle du Père et du Fils. Or, c'est dans cette manière qui lui est propre de posséder la nature divine, c'est comme Fils de Dieu, comme personne et non dans le mode d'être commun aux trois personnes, qu'il a pris la nature humaine et qu'il l'a faite sienne, c'est-à-dire, nature du Fils de Dieu. C'est donc d'une manière qui lui est exclusivement propre, dans la manière selon laquelle il possède la nature divine à la différence du Père et du Fils, c'est comme Fils, qu'il possède aussi la nature humaine. Si donc la sainte humanité de Jésus-Christ qui a été conçue de la Vierge Marie est la propriété personnelle du Fils de Dieu, il s'ensuit que Marie n'a réellement

habuit in hoc, ob idque dicitiir Cbristus conceplus de Spiritu Sancto e.i- Maria Virgiae; non tainea dicitur a Maria Virgiue, quia non habuit potestatem uniendi humanam naturam cum Deo. (Juauivis autem haec duo sint ex parle Dei et Bealœ Virgiuis; tamen uua est productio ex parte Christi, quae lucarnatio dicitur respectu solius Dei, et nativilas ex parte Bealae Virginia ratione humanœ naluriE. Hœc multuna observa.

LE DOGME DE LA MATERMTÉ DIVLXE. 65

une relation maternelle qu'avec le Fils, et que par conséquent, elle n'est mère ni du Fils ni du Saint- Esprit K

Cependant comme les trois personnes divines, tout en étant véritablement et réellement distinctes l'une de l'autre, demeurent pourtant l'une dans l'autre, en raison de leur origine et de l'unité numérique de leur nature, il s'ensuit que le Père et le Saint-Esprit sont en Jésus-Christ, comme Jésus le déclare lui-même dans ces paroles de saint Jean : « Le Père est en moi, et moi je suis en lui. (Jeax, x, 38); » « Philippe, (]ui me voit, voit aussi mon Père (Jean, xiv, 9). » Voilà pourquoi le Père et le Saint-Esprit, bien qu'ils ne se soient pas incarnés, sont entrés par l'incarnation avec l'humanité de Jésus-Christ dans une relation bien autrement intime et plus auguste que celle dans laquelle Dieu se trouve avec les êtres créés par son attribut de créateur et sa providence, et avec les âmes des justes par sa grâce. En effet, la nature divine qui s'est unie à la nature humaine dans la per-

1. Cum unius substantite credamus esse Patrem et Filiura et Spiritum sauclum, non' taraea dicimus, ut hujus Triaitalis uoitatem Maria Virgo geiiuerit, sed taatummodo Filium, qui solus naturam nostram in uuilate persouœ suai assumpsit. Incarnatioiieui quoque hujus rilii Dei tola Triullas opérasse credcûda est, quia iuseparabilia suût opéra Triaitalis. Solus lameu Filius formam servi accepit in singularitate pcrsonœ, non in unitatc divinx naturx, in id quod est proprium Filii, non quod commune Triuitati : quœ forma illi ad unitatem persoaœ coaptata est, i. e. ut Filius Dei et Filius liominis unus sit Chrislus. Symb. fîdci Couc. Tolet. XI. (ann. G75). Cf. sur ce passage S. th. III. qu. 2, a. 2; qu. 3, a. 1, 2 et 4; III. dist. 1, qu. 2, a. 1.

sonne dii Verbe, est aussi la nature du Père et du Saint-Esprit. Et la seconde personne divine, le Dieu- Homme est vis-à-vis du Père un vrai Fils, et visà-vis du Saint-Esprit, Jésus est avec le Père le Principe duquel procède la troisième personne. De là il suit que la bienheureuse Vierge Marie, bien qu'elle ne soit la mère que du Fils seulement, est entrée par rincarnation dans une relation tellement intime avec le Père et le Saint-Esprit qu'aucune autre créature ne pourra jamais l'égaler '.

Nous avons établi jusqu'ici avec le Docteur angélique que Marie est vraiment Mère de Dieu. Recherchons maintenant en quoi consiste la dignité que ce titre lui confère.

\. Tanto autem alicui naturœ perfectius (Deus) unitur, quanto in ea magis suam virtutem exercet. In omnes siquidem creaturas virtuteiii suam exercet quantum ad hoc quod omnibus esse largilur et ad proprias operationes movet; et secundum hoc quodam communi modo in omnibus rébus dicitur esse. Sed specialiori quodam modo virtutem suam exercet in mentibus sanctis, quas non solum in esse conservât et ad operandum movet, sicut alias creaturas, sed etiam eas convertit ad se cognoscendum et amaudum : unde etiam sic in sanctis mentibus specialiter dicitur habitare et mentes sanctœ Deo plenae esse dicuutur... Quodam ergo incomprehensibili et ineffabili modo dicimus Deum unitum esse humanee naturee in Christo non solum per inhabitationem, sicut in aliis Sanctis, sed quodam modo singulari, ita quod humana natura esset quœdam Filii Dei nalura, ut Filius Dei, qui ab aeterno habet naturam divinarn a Pâtre, ex tempore per assumptionem mirabilem habeat humanam naturam ex gênera nostro. S. Th. Opusc. 2, contra Graecos et Sarac. (Ed. Vives, vol. 29.) It. Exp. in Ep. ad Col, 2, 9, lect. 2, (ib. vol. 21.) Cf. sur ce passage Klentgen, Théologie de l'ancieniie École, vol. 3, p. 183, et Franzeliu, De Verbo inc, p. 290, S. th. III. qu. 3, a. 2, c. et 1™.

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