‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 30 sur 71 · Cfr. GiiisUuiaui : Omatjyio ecc, pg. 39 sgg · texte numérisé non relu

Cfr. GiiisUuiaui : Omatjyio ecc, pg. 39 sgg

Marie qui est sa mère, s'approche le plus près de lui. Coiiséquemment elle a dû recevoir de lui plus de grâces que toute autre créature. Si l'on considère toute la force de ce principe^ on reconnaîtra sans peine qu'en dehors de l'humanité sainte de Notre Seigneur Jésus-Clirist, il ne s'est jamais trouvé une créature, et il ne s'en trouvera jamais, qui puisse recevoir plus de grâces que la bienheureuse Yierge Marie. En effet, dans l'ordre de Rédemption qui a été réalisé, il n'y a aucune créature qui puisse être plus intimement unie que sa sainte Mère avec le Christ Rédempteur, Auteur et Source de toute grâce '. La très-sainte Yierge était la plus rapprochée de Jésus- Christ son fils, si l'on considère la nature divine et la vie de la grâce; elle était la plus rapprochée de lui, si l'on considère l'humanité, puisqu'elle avait avec lui une même nature '.

1. Quanlo aliquid magis appropinqiiat principio in quolibet génère, tanlo uiagis participât effectum illius priucipii. Unde Dionysius dicil 4, cp. coel. ilierarch. (ante nied.) quod angeli, qui sunt Deo propinquiores, magis participant de bonitatibus divinis, quaiu homiues, Christus autem est principium graliae, secundum divinitatem quidem auctoritative, secuadum humanitatem vero instrumentaliter. Uude et Joan. 1. dicitur : Gratia et veritas per Jesum Christum fada est. Beata autem Yirgo Maria propinquissima Chrislo fuit secuadum humauitatem, quia ex ea accepit humanam naturam. El ide:> p7'œ cœten's majorcm debuit a Cliristo gratiœ plenitudinem ohtinere. III. qu. 27, a. 5, c.

2. (Beata Virgo) propinquissima fuit et est Christo secundum Deitatem ia esse graliœ, quamvis non in esse naturœ, et secundum humanitatem in esse naturae. Cajetanus in III. qu. 27, a. a.

§ 18. — Son élection comme mère de Dieu.

2. Le deuxième principe duquel saint Thomas déduit que Marie a été pleine de grâces est son élection comme Mère de Dieu. Quand Dieu, dit-il, destine l'une de ses créatures à une dignité ou à une fonction dans son royaume, il lui donne à l'avance tous les dons qui correspondent à cette vocation. Or pourrait-on concevoir que Dieu, qui donne à chaque créature les moyens d'arriver à un développement complet de sa nature *, qui a rendu les Apôtres de dignes ministres de son évangile, n'eut point orné de ses dons celle qu'il avait choisie pour être la Mère de son Fils, et qu'il ne l'eût comhlée de toutes les grâces correspondant à cette sublime destination "? Si Dieu a voulu donner une mère à son Fils, il a dû faire en sorte que

1. II. Cor. 3, 6. — Deus euim cuilibet rei dat ea, per quae possit consequi perfectionem suée nalurae. S. Tlioai. iu b. 1. lecL. 2. (éd. Vives, vol. 21.)

2. Ulos, quos Deus ad aliqiiid eligit, ita prœparat et dispouit, ut ad id, ad quod eliguntur, iuveniautur idonet secundum illud II. ad Cou., ni, 6. Idoneos nos fecit rniiiistros Novi Testamenti. Beata autem Virgo fuit elecla divinilus ut esset mater Dei. Et ideo uou est dubitaudum, quia Deus per suaui gratiaui eam ad hoc idoneaui reddidit, secundum quod Angélus ad eam dicil Lucîe 1. Invenisti gratiam apud Deiim : ecce concipies etc. III. qu. 27, a. 4, c. La doctrine des Pères enseignant que Marie a été de toute éternité cboisie et préparée pour devenir la mère de Dieu se trouve dans Passaglia loc. c. n. 1187-1253.

cotte mère fût digne de lui, c'est-à-dire pure et sainte. Il a sanctifié et consacré l'arche d'alliance et le temple de Salomon '. Et pourtant ils n'étaient que des symboles, des ombres do ce qui est devenu en Marie la pleine réalité. En effet, la très sainte Vierge est le Tabernacle vivant qui contient le véritable Saint des Saints, le Temple merveilleux dans lequel le Dieu très saint n'a pas seulement fixé sa demeure, mais où il s'est fait chair ^. Ne fallait-il pas qu'elle fût sainte plus que tous les autres?

Et ce n'est pas seulement la dignité de la mère, mais encore l'amour du Fils qui exigeait que Marie fût comblée de toutes les grâces. C'est une loi de la nature et un commandement de Dieu qu'un enfant honore et aime sa mère. Lors donc que le Fils de Dieu devint le fils de la Vierge, il se soumit à cette

1. Ea qufE fueruut in Veleri Testamento, sunt figura Xovi secundum illud I. Cor., 10. Omnia in firjura contingebant illis. Sed per sanctificationem taberûaculi, de qua dicitur in Ps. 45 : Sanctifivavlt tabernaculum suum .4/^/ssi''/H?is, videtur significari sanctificatio Matris Dei, quae tabernaculum Dei dicitur secundum illud Ps., 18 : In sole posuil tabernaculum suum. III. qu. 27, a. 2, in conc. — Et possunt hœc referri ad B. Virginem, quia ipsa est civitas, in ipsa habilavit, ipsam fluminis impetus, scilicet Spiritus Sanetus Isetificavit, ipsam sanctifîcavit in utero malris suae, postquam formatum fuit corpus et creata anima. Tune primo operuit gloria Domini tabernaculum, ut dicitur Exod. 40. Expos, in Ps., 43. (Ed. Vives, vol. 18.)

2. S. Tliom. Opusc. 4. Serm. fe?tivi. Serm. XXIII. In purifie. B. Mariœ (Ed. Vives, vol. 29.) Cfr. III. qu. 27, a. 4, c. — L'Eglise exprime cette pensée dans l'oraison : Omnip. semp. Deus, qui gloriosîE Virg. matris Mariée corpus et animara, ut dignum Filii lui habitaculum effici mereretur, Spiritu S. coopérante prœparasti etc.

double loi. Jésus-Christ dut aimer Marie, et il l'aima de l'amour le plus profond et le plus tendre dont est capable le cœur d'un fils. Il l'aima par-dessus toutes les autres créatures prises ensemble, parmi lesquelles aucune n'était sa mère. Mais il y a entre l'amour d'un Dieu et l'amour d'un |homme cette différence, qu'un homme ne s'attache à un objet que parce qu'il le tient pour bon et aimable, tandis que Dieu, en aimant une créature, et parce qu'il l'aime, la remplit de bonté et d'amabilité '. Pour Dieu, aimer, c'est répandre des grâces. Or, si le Fils de Dieu aima Marie sa mère, il dut la combler de grâces, et s'il l'aima par-dessus toutes les autres créatures, parce qu'elle était sa mère, il répandit sur elle plus de grâces que sur toutes les autres créatures, parce que la mesure de la grâce correspond à la mesure de l'amour "".

1. Secundum communem modum loqnendi tripliciter gratia aceipi consuevit. L'no modo pro dileclione alicujus, sicut consuevimua dicere quod iste miles habet graliam régis i. e. rex habet eum gratum... Sed quantum ad primum est differentia attendenda circa gratiam Del et graliam homiuis, quia enim bonum ereaturae provenit ex voluntate divina, ideo ex dileclione Del qua vult ereaturae bonum, produit aliquod bonum in creatura. Volunlas aulem hominis movelur ex bono praeexistente in rébus, et inde est, quod dileclio hominis non causal lolaliler rei bonilalem, sed praisuppouit ipsam vel in parle vel in loto. 1, II, qu. 110, a. 1, c.

Page 1