III, qu. 27, 1. c
Mais tandis que Jésus-Christ a en lui la plénitude de la grâce, les saints et les justes ne l'ont que dans un sens relatif, c'e*st-à-dire selon la mesure de leur capacité pour la recevoir et de la perfection qu'ils doivent atteindre. Plus la vocation à laquelle Dieu les appelle est haute et sublime, plus la mesure des grâces qu'il leur accorde est large et abondante ^ Toutefois, quel que soit le degré que la grâce puisse atteindre dans un juste, elle ne s'élèvera jamais à la perfection où elle était en Jésus-Christ, pas plus que le feu le plus concentré ne saurait égaler la chaleur du soleiP. Il y a entre ces deux conditions la même différence qu'entre le tout et les parties, le particulier et l'universel. Jésus-Christ est le principe universel de 1-a grâce et comme tel il renferme en lui tout ce qui est compris dans Tidée de la grâce ; de même que le soleil, le foyer universel de la lumière renferme en lui toute la plénitude de la lumière ^ Le
1. Stephaniis dicilur pleuus gratia, quia liabebat graliam sufficien tem ad hoc q lod esset idoneus miuisle'r et teslis Dci, ad quod erat electus. Et idem dicenduin est de aliis. Harum tamen pleniliidinum uua est plenior altéra secundiim quod aliquis est divinitus proeordinatus ad altiorem vel inferiorem statum. III. qu. 7, a. 10.
2. Gratia alterius hoiniiiis comparatur ad graliam Christi, sicut qucfidam virtus parlicularis ad universalem. Uade, sicut virlus ignis, quantumcuaque crescat, non potest adajquare virtutem solis : ita gratia alterius hominis, (luantumcunque crescat, non potest adaîquare graliam Christi. III. qu. 7, a. 11, 3°».
3. Ibid. in c. — Christus (juidat, non ad mensuram accipit. S. Aug. in Joan. tr. 14. — Ad mensuram quippe dat multis tîliis, sed non ad mensuram accipit uuicus Filius. S. Fulgenlius iu resp. ad inlerr. 3. Ferrandi.
Christ possède donc toute la grâce, tandis que le juste n'en possède jamais qu'une partie '.
§21. — Caractère de la plénitude de la grâce en Marie.
Si nous nous appliquons maintenant à déterminer la plénitude de la grâce qui est dans la très sainte Yierge, par rapport à celle que possède son divin Fils, il est évident que nous ne pouvons pas instituer de comparaison, au point de vue de la grâce de l'union hypostatique. En elTet, l'humanité du Sauveur, personnellement unie à la nature divine du Verbe, participe ainsi à la sainteté incréée, à la substance même de la sainteté de Dieu. Or, cette sainteté est absolument infinie comme sa cause, l'union hypostatique elle-même, et par cela même elle est en dehors de toute comparaison.
Mais, uous pouvons comparer la plénitude de la grâce dans le Christ, dans sa sainte mère et les
1. Sic igitur gratia Christi habitualis finita quidem fuit secundum essentiaiu, sed tanieu dicitur absque termino etmeusura fuisse, quia quidquid ad rationem gratiœ poterat pertinere, totum Cliristus accepit. Alii aiitcm non toluni acciphmt, sed unus sic, alius autem sic : « divisioues enim gratiarum sunt, » ut dicitur I Cor., xii, 4. Comp. th., c. 215. — Ipse (se. Christus) euim accepit omnia dona Spiritus Sancti sine luensura secundum plenitudiuem perfectam, sed nos de plenitudine ejus partem aliquaui participamus per ipsum et boc secundum mensuram, quam uniciiique Deus divisit (Epu., iv, 7). Exp. in Joan., i, 17, lect. 10 (Ed. Vives, vol. 19).
autres saints, sous le rapport de la grâce sanctifiante qui est une sainteté accidentelle et créée, et spécifiquement la même dans le Christ et dans les créatures * .
La grâce sanctifiante dans la Vierge Marie est semblable à celle de son fils, tout d'abord en ce point, qu'elle est fondée sur sa dignité de mère de Dieu, comme la grâce du Fils de Marie est fondée sur sa dignité de Fils de Dieu selon la nature -. En outre, la grâce qui remplit la sainte humanité de Jésus- Christ lui communiquait une beauté surnaturelle et une excellence correspondant à cette élévation qui la fait devenir la nature du Fils de Dieu ^ De même la grâce départie à la sainte Vierge était destinée à orner son âme de cette perfection et de ce charme sublime qui convenaient à la mère du Fils de Dieu. La dignité de l'Homme-Dieu est la plus haute qui se
1. Quamvis eaim dona habitualia alla sint in anima Chrisli quam ea, quae sunl in nobis, tamen Spiritus Sanctus, qui est in ipsa, unus et idem replet omues sauctificandos. I Cor., xii, 2 : « Haec omnia operalur unus atque idem Sj)iritu3. » Joël, ii, 28 : « Effuudam de spirlLu meo super omaem caruem. » Rom., viii, 9 : « Si quis Spirilum Christi non habet, hic non est ejus. » Nam unilas Spiritus Sancti facit in Ecclesia unitatem. Sap., i, 7 : « Spiritus Dominireplevitorbem lerrarum. » Exp. in Joan., lect. 10 (Ed. Vives, vol. 19).