‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 41 sur 71 · Tu, qiu-e gcnuisli · texte numérisé non relu

Tu, qiu-e gcnuisli

Natura mirante, tuuni saneliim Genitorem.

(Hymn. Eccl.)

2. Et videte, inqiiit (scil. Ecclesia), rerjem Salomoiiem, hoc est, verum pacificum Christum, in diadematc, quo coronuvit non matev sua, ac si diceret : Cousiderate Christum pro vobis carne iudutnm, quarn carnem de carne Virgiuis matris suae assumpsit. Diadema namque vocat carnem, quam Christus assumpsit pro nobis, in qua mortuus destruxit mortis imperiiim, in qua etiam resurgeus resurgendi nobis spem contulit. De hoc diademate Apost. Hebr , 2, dicit : « Mdimus Jesiim per j}assio)icm glovia et hoiiore coronaium. » Mater vero sua eum coronasse dicitur, quia Virgo Maria illi de sua carne carnis materiam praîbuit. In die desponsationis ejus, hoc est in tempore incarnationis ejus, quando sibi conjuaxit « Ecclesiam non habentem ma-

§ 23. — Comment Marie remplit son rôle de médiatrice.

Nous avons fait observer plus haut que dans l'économie actuelle de notre salut, toute grâce nous vient de la sainte humanité de Jésus-Christ, Et si d'un autre côté, le Christ no possède cette humanité que par la coopération de la sainte Vierge, il s'ensuit qu'aucune grâce n'est accordée en dehors de la médiation de la Mère de Dieu. Voilà pourquoi l'Église la salue avec raison comme la mère de la grâce divine, non point eu ce sens qu'elle soit l'auteur de la grâce ', mais par la raison qu'ayant donné naissance au Fils de Dieu, elle a fait entrer dans l'humanité la source de toutes les grâces '. L'Eglise l'appelle encore cause de notre salut, non point qu'elle ait accompli elle-même notre rédemption, mais parce qu'elle y a coopéré ^ Elle la

ciilam aut rugaai, » vel quando Dens homiui conjunctus est. E.rp, in Ca?it. Cantic. c. 3, cire. fin.

1. Sic enim B. Yirgo reJundavit graliam in nos, ut tanien auctrix gratiae nequaquam esset. Exp. in Joan., c. 1, lect. 10. (Ed. Mvès, vol. 19).

2. Cliristum — fontaleni originem omnis spiritiialis gratiae. L. c. — Plenitudo gratite qiuc est In Christo, est causa omnium gratiarnm, quae sunt in omnibus intellectualibus creaturis. Ibid. — « Ut ipsam pro nobis intercédera sentiamus, pcr quam meruimus audorem vitx suscipevc. » (Orat. eccl.)

3. Saint Irénée disait déjà : Sicut Eva inol)ediens et sibi et universo generi luimano causa facta est mortis; sic et Maria virgo obediens et sibi et «niverso generi humano cau^a fnrtn est fnltitis. Adv. hœres. III. c. 33, d'autres Pères dans Passaglia, i. c. n. 1373 sqq.

salue comme médiatrice entre Dieu et les hommes, non point en ce sens qu'elle le soit par elle-même, mais parla part qu'elle a prise à la médiation de sou divin Fils qui est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes '. Tous ces titres n'appartiennent pas au passé de la sainte Vierge, mais elle en exerce encore les difTérents offices. Ainsi, Marie n'a pas seulement coopéré à l'œuvre de la rédemption prise en elle-même, mais elle a sa part dans l'application successive qui est faite des mérites de son fils. Elle a fait naître le Fils de Dieu parmi les hommes, et elle continue de l'enfanter dans les âmes des fidèles. Ce qu'elle a fait une fois elle ne discontinue pas de le faire; sa vie était comme l'image de sou action successive dansTÉglise ■. Cet office de médiatrice qu'elle a rempli avec une affectueuse sollicitude aux noces de Cana (Jean, ii^ 3), elle ne cesse de l'exercer par sa suppliante intercession ^ Cette vierge glorieuse nous protège dans tous

1; MîTiTïJo'jja %zû) ■/.%: àvOpw-o:;. Basil. Seleuc. Orat. in Deip. ajin. — De nombreux témoignages des Pères sur ce point dans Pétau : De inc, 1. XIV, c. 9; Plazza : Decotio vi}id , p. II. c. 4, et o; Passaglia 1. c. nn. 1399 sqq. Mislei : La Madré di Dio, c. 8, sg. p. 331

2. Voir Hurter : Tlieol. dogm. Comp., OEûiponte lS7T,t. II. th. 162, p. 416 sqq.; Hettinger : Les dogmes du Christianisme, II. l.p. 492 sqq.; et l'excellent écrit sur celte proposition : « Simples explications sur la coopération de la très Sainte Vierge à l'œuvre de la rédemption, etc. par le P. P. Jeanjacquot, 2 éd. Paris, 187."^, et Borgianelli: Le Maternita dici/ia (p. 2*2, sgg. » Deus omoia nos habere voluit perMariam^.

3. Gessit ergo... mater Chrisli mediatricis personam, et ideo duo facil : primo enim interpellât ad filium, secundo erudit ministros..;

les périls, semblable à la Tour de David à laquelle, selon le Cantique des Cantiques, sont suspendus mille boucliers. Elle nous vient en aide toutes les fois qu'il s'agit de pratiquer une vertu. «Auprès de moi, dit le Livre saint, est l'espérance assurée de la vie et de la vertu ' (Eccu., xxiv, 25). » Delà vient le nom de « Marie » qui signifie celle qui est illuminée et celle qui illumine. Remplie elle-même de la lumière divine, Marie est pour tous les autres un flambeau qui éclaire le monde entier -, à l'image de la lune qui réfléchit la lumière du soleil. Elle est, selon les paroles de saint

In matre autem interpellante primo quidem nota pietatem et misericordiam : ad niisericordiam enim pertinet ut quis defeclum alterius reputet quasi suum; misericors enim dicitur quasi niiserum habens cor super miseria alterius... Quia ergo Virgo Beata misericordia plena erat, defectus aliorum sublevare volebat et ideo dicit : Déficiente vino dicit mater Jesu ad eum. Tertio Virginia sollicitudinera et diligentiam, quia usque ad extremam uecessitatera non distulit, sed déficiente vino i. e. dum esset in deficiendo, juxta illud quod dicitur Ps., IX, 10, de Deo : « Adjutor in opportunilatibus in tribulatione. » Exp. in Joan., c. 2, lect. 1.

1. Nam in omni periculo potes salutem obtinere ab ipsa Virgine gloriosa. Unde Cantic. 4, 4 : « Mille clypei » i. e. remédia contra pericula « pendent ex ea. » Item in omni opère virtutis potes eam habere in adjutorium, et ideo dicit ipsa Eccl. 24, 23 : « In me omnis spes vitœ et lirlutis. » Sic ergo plena est gratiae et excedit Angelos in plenitudiue graliae. Exp. in Salut. Ang.

2. Et propter hoc convenieater vocatur Maria, quae interpretatur illuminata in se, unde Is., lviii, 11 : a Implebit splendoribus animam tuam, » et illurainatrix in alios, quantum ad totum niundum, et ideo assimilatur soli et lunœ. Ibid. Saint Thomas donne uu plus grand développement à cette pensée dans son beau sermon pour la nativité de la sainte Vierge sur ce texte: « Lux orta est juste » (dont le manuscrit a été découvert pur Uccelli. (Ed. Vives, vol. 32.)

112 LA ItOCTRlXE SUR LA VIERGE MARIE.

Jean (Apoc, xii, I), «le grand signe qui apparut dans les cieux, la femme revêtue du soleil, » dans laquelle Jésus-Christ, le soleil de toute justice, rayonna tout d'abord dans tout son éclat, avec la plénitude de sa grâce '. Elle est l'étoile de la mer qui conduit en toute sécurité les chrétiens au port de la gloire éternelle -. Elle est le temple sacré dans lequel sont exaucées toutes les prières que nous adressons à Dieu \ C'est elle qui a détruit toute malédiction et nous a apporté, en nous rouvrant les portes du paradis, la grande bénédiction attendue dans l'humanité pendant de longs siècles \ Ce que la première femme chercha un jour, sans le trouver, dans le fruit de l'arbre planté en Edcn, Marie, la femme de la promesse, bénie entre toutes les femmes, l'a trouvé dans le fruit de ses entrailles d'où vient toute bénédiction. Eve aspirait à devenir seir.blableà Dieu, et aboutit à s'éloigner de Lui. Marie, avec tous les fidèles qui la suivent, trouve dans le Christ la vertu de s'unir à Dieu

1. (Beata Virgo), in qua primo apparuit illuminatio Solis, i. e. CJnisti pcr copiaiii gratine, d, II. qu. 103, a. 3, 4™.

2. Convenit ei nomen « Maria, » quse iuterpretatur stella maris : quia sicut per stellam maris navigantes diriguntur ad portum, ita Ciirisliani diriguntur per Mariam ad gloriam. Exp. in Salut. Amj. Sur les diverses significations du nom de Marie : Bonaventura : Spéculum B. Mar. V. init., et Grimm, 1. c. p. 131 et 415 et suiv.

3. S. Thom. in Ps. 17, adv. : « De templo sando vocem meam exaudivit. » Templum Dei est Beata Virgo, in qua i. e. per quam exaudivit nos Deus.

4. Sic ergo immunis fuit ab omni malediclione et ideo benedicta ia mulieribus, quiaipsasola maledictionem sustulit etbenedietionem portavit et januam paradisi aperuit. Exp. in Salut. A?ig.

et de lui ressembler. Car il a fait de Marie sa mère, et de nous, les enfants de Dieu. Eve avait cherché dans la transgression une satisfaction pour les sens, et elle y a trouvé la honte et la douleur. Tous les hommes trouvent dans le fruit de la Vierge la force, la douceur et le salut : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle. » Le fruit qui captiva la première femme était agréable à la vue; mais le fruit qui nous vient de Marie est infiniment plus délicieux, car il fait le ravissement des anges; il est le plus beau parmi les enfants des hommes, il est le resplendissement de la gloire du Père '.

Telle est dans ses lignes principales la doctrine qui

3. Eva quaesivit fructum et in illo non iuvenit omnia quae desideravit; Beata aulem Virgo in fructu suo iuveuit omnia quœ desideravitEva. Nara Eva in fructu suo tria desideravit. Primo id quod falso promisit ei diabolus scil. quod essent sicut dii, scientes bonum et malum. « Eritis (inquit ille mendax) sicut dii, « sicut dicitur Gen., m, 5. Et mentitus est, quia mendax est, et pater ejus. Nam Eva propter esum fructus non est facta similis Deo, sed dissimilis, quia peccando recessit a Deo salutari suo, unde et expulsa est de paradiso. Sed hoc invenit B. Virgo et omnes Christiani in fructu ventris sui : quia per Christum conjungimur et assimilamur Deo. I. Joan., ni, 2 : « Cum apparuerit, similes ei erimus, quoniam videbimus eum, sicuti est. »> Secundo in fructu suo Eva desideravit delectationem, quia bonus ad edendum, sed non iuvenit, quia statim cognovit se nudam et liabuit dolorem. Sed in fructu Virgiais suavilatem invenimus et salutem. Joan., VI, 53 : » Qui manducat meam carnem, babet vitam iiiteruam. » Tertio fructus Evae erat pulcber aspectu ; sed pulchrior Virginis, la quem desideraut Angeli prospicere. Ps., xnv, 3: « Speciosus forma prae filiis liominum » et hoc est, quia est splendor paternae gloria*. Non ergo potuit invenire Eva in fructu suo quod aec quilibet peccator in peccatis. Et ideo qna' desidoramu.~, quœramus in fructu Virginis. Ibid.

H i LA DOCTRINE SUR LA "VIERGE MARIE.

concerne la très sainte Vierge Marie, dans son rapport avec l'œuvre de la Rédemption et l'humanité rachetée. Dans le plan divin qui a été réalisé, il n'y a sans Marie point de rédemption, point de rédempteur, point de grâce. Ce n'est pas seulement pour elle seule qu'elle a trouvé la grâce, mais elle l'a trouvée pour nous tous. De même qu'en Jésus-Christ, non seulement comme Fils de Dieu selon la nature, mais encore comme médiateur et chef de l'humanité, réside la plénitude de la grâce, de même aussi Marie est pleine de grâce, non seulement comme Mère de Dieu mais encore comme médiatrice d'intercession, comme mère de tous les enfants adoptifs de Dieu.

§ 24. — Suljlimité de la sainteté de Marie.

S'il est vrai que la plénitude de la grâce qui est en Marie n'est point égale à celle de son divin Fils, elle surpasse pourtant la mesure départie à toutes les autres créatures, soit parmi les anges, soit parmi les hommes '. Elle la surpasse d'autant plus que la dignité

1. Unde B. Yirgo excessit Angelos iu iis tribus : et primo iu plenitudine gratiœ quae magis est in Beata Virgine quam in aliquo Augelo; et ideo ad insinuandum hoc Angélus ei reverentiam exhibuit dicens: « gratia plena, » quasi diceret : Ideo exhibée tibi reverentiam, quia me excellis in plenitudine gratiœ Exp. in Salut. Ang. — Sic ergo plena est gratia et excedit angelos in plenitudine gratiœ. Ibid. — Quamvis humana natura non sit angelica dignior, tamen alicui homini collata est major gratia quam alicui angelo, sicut B. Virgini et homini Christo. De Ven't., qu. 24, a. 9, 2"'.

ABONDANCE DE LA GRACE DIVINE EN MARIE. i\o

et les hautes fonctions de Marie, surpassant toute autre dignité dans les créatures, exigeaient une mesure de grâces qui leur fût proportionnée. Sans doute Marie ne possédait pas la grâce comme Jésus-Christ qui en est l'auteur, la source, la cause efficiente, pienitudo efficientise et efflaenùae ; elle ne la possédait pas non plus comme les saints, dans une mesure proportionnée à leurs mérites et à leurs œuvres incomparables, j9/e;2zV?<ffZo sufficientise ; mais elle la possédait dans une plénitude surabondante, plénitude redundantix^ en vertu do laquelle Marie surpasse tous les autres saints parla grandeur et Tabondance de ses mérites '. Dès le premier moment de son existence l'âme de la très sainle Vierge fut sainte et pleine de grâce, comme celle de l'Homme-Dieu, mais non^pas au même degré. Jésus-Christ possédait dès le principe la gloire qui n'est donnée qu'au terme des mérites, gratia comjwchensoris, tandis que Marie ne possédait que la grâce par laquelle on acquiert des mérites, gratia viatoris. Voilà pourquoi l'abondance de grâce qui fut dans Marie dès le principe était susceptible

1. Est autem plenitudo sufficientiae, qua aliquis est sufficiens ad actus meritorios et excellentes faciendos, sicut in Stephano. Item est plenitudo rediindantise, qua B. Virgo excellit omnibus sanctis, propler emiuentiam et abundantiam nieritorum. Est etiam plenitudo efficiealice et eniaeotiœ, quœ soli liomlni Cliristo competit quasi auctori gratiœ. Exp. in Joan., c. 1, lect. 10. (Ed. Vives, vol. 19.) C'est pourquoi Sophronius dans son explication de VAie Maria dit: Ave, gratia plena : Bene plena; quia ceteris sanctis datur gralia per parles, Mariie vero tota se infundit plenitudo gratiœ. Serni. (/<■ .1.^- Kuinpt.

d'être augmentée, tandis que dans le Sauveur, au contraire, la grâce atteignit une plénitude entière et absolue qui excluait toute augmentation intrinsèque ' et ne manifestait au dehors une croissance et un progrès que dans des actes et des paroles où se révélait successivement une sagesse infinie (Luc, ii, 52) "-. Marie était pleine de grâce dès le commencement, et pourtant elle n'a jamais cessé d'en recevoir un accroissement. Sans doute, au moment où l'ange la salua comme étant déjà pleine de grâce à l'avance y.r/y.rji- -Mu.hri ^, elle possédait tous les dons divins qu'elle était capable de contenir, bien qu'elle ne fût point encore Mère de Dieu et qu'elle dût avoir tout ce qu'il fallait pour le devenir. Cette plénitude dépassait déjà à ce moment tout ce qu'il nous est possible de concevoir. Car entre la sainteté de Marie et celle des anges et des hommes, il y a la même distance qu'entre sa dignité de Mère de Dieu et la condition des serviteurs de Dieu. Et pourtant ce n'était point encore là la plénitude parfaite de la grâce et le point culminant de sainteté auquel elle devait s'élever. Cette plénitude devait nécessairement s'augmenter lorsque la source même de la grâce se répandit en elle et que, l'Esprit- Saint la couvrant de son ombre, elle conçut un Dieu dans son sein virginal. Qui pourrait dire quelle largeur, quelle profondeur atteignit ce torrent de la

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