MARIE EST EXEMPTE DE TOUT PÉCHÉ EX GÉNÉRAL
§ 25. — Raisons pour lesquelles Marie devait être exempte de tout péché.
Avant que le saint Concile de Trente eût déclaré, à propos d'un dogme de foi, que la bienheureuse Vierge Marie avait été, par une grâce particulière * et pendant toute sa vie, exempte de tout péché, même véniel, l'Ange de l'École, d'accord avec la tradition
i. Sess. VI. can. 23, ; cfr. J.Eus. Nieremberg : Exceptmies Conc. Tricl. pro omnimoda pw-itate Deiparse Virg. expensse cl., Canisius: De Maria Deip. Virg., 1. I, cp. 10. contre les outrages des Réformateurs.
universelle de l'Eglise ', avait à plusieurs reprises soutenu la même doctrine de la manière la plus formelle. Yoici la proposition qu'il défendait: a La sainte Vierge Marie, aidée par une grâce particulière de Dieu, a été pendant sa vie entière exempte de tout péché actuel, non seulement de toute faute grave, mais même de tout péché véniel "■. »
Les Pères de l'Église accumulent les images et les expressions les plus fortes pour dépeindre la pureté parfaite et la sainteté de Marie. Ils l'appellent: « la Vierge pure et très pure, » « la Vierge sans tache et tout à fait sans tache, » « l'immaculJe, » a la toute sainte, » a le type de la beauté et de la grâce, » « la créature qui surpasse en beauté et en perfection les chérubins, les séraphins et toute la cour céleste \ » Le Docteur angélique a ramené tous ces éloges à leur raison dernière lorsqu'il a dit que Marie était la Mère de Dieu. En effet, la sublime élévation de la très sainte
1. Pour la doctrine des Pères et des Docteurs scolastiques voyez Suarez iu III. qu. 27, a. G, disp. 3, sect. a, et disp. 4, sect. 4, n. 2., Ripalda 1. c. disp. 79, sect. 9. La doctriue des Pères est exprimée avec la plus parfaite exactitude dans ce passage de saint Augustin si souvent rapporté par saint Thomas : [De nat. et gralia, c. .SC) : « Excepta itaque Sancta Virgine Maria de qua propter honoreui Domini nuUam prorsus, cum de peccaiis agitur, liaberi volo quaîstionem; inde enim scimus, quod ei plus gratiiB collatum fuerit ad vincendum omni ex parle pcccatum, quod coucipere ac parure meruit, quem constat nullum haljuisse peccatum. »
2. III. qu. 27, a. 4; III. dist. 3, qu. 1, a. 2, qu. 3.; ib. dist. 13. qu. 1, a. 2, qu. 1, c. ; IV, dist. 6, qu. 1, a. 1, qu. 2, c. ; upusc. 1, cp. 224, opusc. 6, (8.) iu pr. ; Quodlib. G, qu. 5, a. 7, c. iu f.
3. Cfr. Uulla dogm. Pii IX, 8. Dec. 1854 : u lueffabilis Deus. »
Vierge à la dig-nité de Mère du Fils de Dieu est le bouclier qui l'a protégée contre tout péché et to.ute tache du péché, depuis le premier jusqu'au dernier moment de son existence. C'est dans son éternelle prédestination que se trouve déjà renfermée la grâce qui rend digne d'une si haute distinction la femme que Dieu a choisie. Saint Thomas répète souvent ce principe, que Dieu confère les grâces nécessaires à ceux qu'il appelle à quelque ministère dans son royaume. Or il a choisi la Vierge Marie pour la Mère de son Fils unique. Il lui a donc départi toutes les grâces qui correspondaient à cette sublime vocation. Aussi, lorsque l'Ange vint annoncer à Marie qu'elle serait mère de Dieu, lui donna-t-il aussitôt l'assurance de la grâce divine, en lui disant : « Vous avez trouvé la grâce auprès de Dieu. » Certes Marie n'eut point été une mère digne de Dieu, si jamais elle eût commis un péché. Par conséquent, il fallait que Dieu l'exemptât de tout péché.
Avant tout, l'honneur du Fils de Dieu exigeait cette sainteté parfaite dans la mère. Elle est très vraie cette parole du Sage : « Les pères sont la gloire des enfants (Prov., xvii, 6). » Aussi le déshonneur de la mère retombe-t-il sur son fils. La moindre tache de péché dans Marie devenait donc un outrage à l'honneur de son fils.
Cette pureté dans Marie était encore exigée par l'union étroite qui existait entre elle et l'Homme Dieu. Par cette union il était la chair de sa chair. Comment donc celui qui est la sainteté même aurait-il pu entrer
en société avec Bélial, le père de l'iniquité (H Cor. VI, lo)?
Enfin, la haute fonction que devaît remplir la très sainte Vierge auprès du Fils de Dieu exigeait qu'elle fût parfaitement sainte. La Sagesse éternelle devait habiter d'une manière toute particulière non seulement dans son àme, comme elle le fait dans l'àme des justes, mais aussi dans son sein. Or il est écrit que la sagesse n'entre point dans une àme malveillante ni n'habite dans un corps esclave du péché (Sagesse,!, -4). Toutes cesraisons nous amènent donc à admettre que la très sainte Vierge a été exempte de tout péché actuel, et voilà pourquoi c'est à elle seule qu'on peut appliquer ce mot du saint Cantique : Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n'y a en vous aucune souillure '. » A elle aussi se rapporte
1. NoQ autem fulsset idonea Mater Dei, si peccasset aliquando : lum quia honor pareatum reduadat ia prolem, secuudum illud Prov. XVII, 6 : Gloria fiUorum parentes eorum; unde per oppositutn iguomiaia matris ad filium redundasset : tum eliain quia singularem affmitatem habuit ad Chriotum, qui ab ea carnem accepit. Dicilur autem II. Cor. vi, 15 : « Quœ conventio Chrisli ad Bclial? Tum etiam quia singulari modo Dei Filius, qui est Dei Sapienlia, in ipsa habitavit, noa solum in anima, sed etiam in utero. » Dicitur autem Sap. I, 4 : In malevolam animam non introihit Sapienlia neque hnhitahit in corpore suhdito peccati?. Et ideo simpliciter fatendum est, quod B. Virgo nuUnm actuale peccatum commisit nec mortale nec veniale, ut sic in ea impleatur quod dicitur Cant. iv, 7 : Tota puklira es, arnica mea, et macula non est in te. III. qu. 27, a. 4, c. Le saint Docteur prouve simplement que la sainte Vierge a été personnellement exempte de péclié, mais, ainsi que le remarque à bon droit son commentateur Tolet, ces mêmes raisons prouvent à fortiori qu'elle a été immaculée dans sa conception. Les tbéologiens postérieurs.
\2i LA DOCTKI.NE SUR LA VIERGE MARIE.
cette parole de David : « Il a dressé dans l'azur des cieux une tente au soleil. Il fallait qu'elle fût pure comme les cieux ' celle en qui le soleil de justice devait établir sa demeure.
Nous ne devons pas prêter l'oreille à la voix isolée de quelques Pères qui, dans certaines paroles de la Vierge Marie ou dans certaines scènes de l'Evangile auxquelles elle prend part croient trouver quelque apparence de péché -. Si, par exemple, nous voyons saint Chrysostôme relever un mouvement de vanité dans l'intervention de la Mère de Jésus aux noces de Cana, ou dans la scène que raconte saint Matthieu au chapitre xxii*^ ; nous osons dire qu'il va trop loin, excessit. L'explication qu'il propose de ce passage n'est nullement exacte ; elle est même en contradiction avec celle qu'en donnent les autres Pères ^ On
comme Salazar (Defensio pro immac. Deiparss V. Concept, c. 26), Bellarmin (Controv. generalis XIV. De amigs. grat. et statu peccati lib. 4, cp. 15, ia f. edit. Vives t. o, pg. 377.) et d'autres ont défendu cette doctrine. L'exemption de péché en Marie comprend tous les moments de sa vie. Elle remonte jusqu'à son élection (ab aîterno ordinata sum etc.). La souillure du péché est incompatible avec l'idée de Mère de Dieu ; par conséquent, depuis le premier moment de son existence, la sainte Vierge a été protégée par ?a sublime vocation. Comme objet de la pensée de Dieu elle était pure de tout péché; elle a donc été conçue sans péché.
i. Quod ergo dicil : I>i sole posuit taLeniaculwn smirn i. e. corpus suum (IL Petr. 1; II. Cor. 5.) posuit in sole i. e. in Beata Virgine, que nullam habuit objcuritatem peccati. Caxt. 4 : « Tota pulchra es » etc. Exp. in Ps., 18. (Ed. Vives, vol. 18.)
2. Cfr. Suarez in III. qa. 27, a. ô, disp. 4, sect. 3, et 4, n. 8 sqq. ; Petavius : De inc, lib. XIV, cp. 1, n. 3 sqq.
3. Dicendum, quod in verbis illis Chrysostomus excessit; possunt
a aussi peu de raisons de trouver l'expression d'nn doute sur la possibilité du mystère dans ces paroles que Marie adresse à l'ange : « Comment cela se ferat-il? » Marie est prèle à devenir la mère du Messie promis, mais à la condition que sa virginité soit sauvegardée. Et comme elle ne pouvait concevoir de solution à cette difficulté, on reconnaît que sa question est parfaitement justifiée et qu'elle montre encore dans un plus grand jour sa fidélité à la promesse faite à Dieu'. Quomodo fiet islud, quoniam virum non cocjnosco ?
§ 26. — En quoi consistait cette exemption de tout péclié.
La très sainte Vierge n'a pas seulement été exempte de tout péché actuel, mais encore de toute inclination mauvaise ou excitation au péché, ce qui est dans les autres hommes une conséquence du péché originel '. Jamais elle n'a commis le moindre mal; jamais elle n'a mémo éprouvé une inclination
tamen exponi, ut iutelligatur in ea Doiniaum cohiLuisse non iuordinatum inanis glorije motum quantum ad ipsani, sed id quod ab aliis posset aeslimari. III. qu. 27, a. 4, 3"'. Cfr. Exp. in Mattli., ad h. I. (Ed. Vive?, vol. 19.)
i. III. qu. 30, a. 4, 2"'. Cfr. Sermo De Natu'. B. Virg. (publié pour la première fois par Uccelli dans la revue : « / Gifjli a Maria, » 1814, pg. 128.)
2. III. qu. 27, a. 3, c. — Nécessitas peccandi saltem venialiler provenit in nobis ex incliaatione fouiitis, quae in B. Viri;ine non fuit fomite ligato. III. dist. 3, qu. 1, a. 2, sol. i, j"'.
à le commettre. Jamais le plus léger désordre n'a troublé la sérénité de son âme K Aucune embûche du côté de la chair ne l'a mise en demeure de résister ou de combattre ". Il n'y avait rien en elle qui ne fût dirigé vers Dieu ^ Son corps avec tous ses sens, était soumis à son esprit, et son esprit, avec toutes ses facultés, était docile et soumis à Dieu. La pureté de son Ame rayonnait sur tout son extérieur*, et communiquait aux autres l'attrait pour la vertu, en sorte que, bien qu'elle eût une merveilleuse beauté corporelle, elle ne suscita jamais en personne aucun désir sensuel ^
Mais nous avons à répondre à cette objection: Si. Marie a été tellement confirmée dans la grâce et
1. m. qn. 27, a. 3, c. ; ib. a. 4, !">. Opusc. 1, cp. 224. In B. Yirgiue uiliil inordinatum nec actu, nec aCfecUi, nec primos motus peccali liabuit. Serai, de nal. B. Yirg. (« / Gigli a Maria » pg. 132).
2. Cum Beata Vîrgo credatur omuino fuisse immunis a fomitis inclinatione propter ejus sanctifîcationem perfectam, non est pium ponere aMijuam pugoam a carne fuisse in ea, cum talis pugna non sit nisi ex fomilis inclinatione, nec tentatio quae est a carne, sine peccato esse possit. IV. dist. 49, qu. 5, a. 3, sol. 1, 2">.
3. Alicui euim data est gratia quee non solum omnia mortalia, sed etiam venialia repelleret. Etliœc est plenitudo specialis prœrogativfP, quaî fuit iu Beata Virgine secundum quam plena Deo fuit, ut uihil in ea esset quod ad Deum non ordinaretur. III. dist. 13, qu. 1, a. 2, sol. 1.
4. III. qu. 28, a. 3, 3^. — Exp. in Malth., 1, fm. (Ed. Vives, vol. 19).
5. Gratia sanctificationis non tautum repressit in ipsa motus illicitos, sed etiam in aliis efficaciam liabuit, ita, ut quamvis esset pulcbra corpore, a nullo unquam concupisci potuerit. III. dist. 3, qu. 1, a. 2, qu. 1, sol. 1, 4™.
exempte de toute mauvaise concupiscence, la perfection de sa vertu n'a-t-elle pas diminué la grandeur de son mérite? Ps'est-il pas plus méritoire de combattre et de vaincre les mauvais désirs que de se maintenir sans péché, en étant exempt des inclinations qui y portent.
Yoici notre réponse : Assurément là où se rencontre l'inclination au mal, la lutte engagée contre elle relève la vertu et le mérite. Mais cette situation qui ne se trouve que dans la nature humaine déchue n'est qu'un fait accidentel et ne touche pas à l'essence des choses. Absolument parlant, l'inclination au mal n'est ni une condition nécessaire de la vertu, ni une cause d'un accroissement de mérites ou d'une plus haute perfection ^ Il y a plus. En Marie l'exemption de tout péché était en même temps la vertu parfaite. En elle, la grâce que Dieu donne à l'homme pour éviter le mal et pratiquer le bien atteignait sous ce double rapport son degré le plus élevé. Elle était à la fois exempte de tout péché, et, en même temps ornée de toutes les vertus. De même que le diamant reflète toutes les couleurs, ainsi la pureté de cœur en Marie reflétait toutes les beautés de son âme. Elle dépassait les anges eux-mô-
1. Infirmitas carnis ad fumitem perlineas est quideru in sanctis viris perfectaî virlutis occasio, noa lamen causa, sine qua perfeclio haljeri non possit. Suflicit autem in B. Virgine ponere perfectani virlutem ex abundaalia gratia} nec oportet in ea ponere omneni occasionem perfeclionis. III. qu. 27, a. 3, 2™. Cfr. III. disl. 3, qu. 1, a. 2, sol. 1, 2™. — De verit., qu. 24, a. 0, o".
mes ^ par l'éclat de toutes ses vertus, et était pour les hommes un idéal très parfait de la perfection morale. En elle brillait avant tout l'humilité. Aussi, en présence- des grandes choses que le Seigneur a faites en elle, elle affirme qu'elle n'est qu'une humble servante dont le Tout-puissant a relevé la bassesse. En elle aussi brillait une chasteté qui ne connut point le fol amour terrestre, et qui ne se fiança qu'à Dieu seul, pour devenir la mère de son fils. Ainsi, toutes les vertus qui se rencontrent dans les autres saints comme des rayons épars se sont réunis en Marie comme dans un centre et un foyer de lumière '.
1. Tertio excedit Angelos, quantum ad puritatem, quia B. Virgo non solum erat pura io se, sed etiam procuravit puritatem aliis. Exp. in Salut. Aikj.
2. Gratia Dei datur ad duo : scil. ad bonum operandum et ad vitandum malum; et quantum ad ista duo perfectissimam gratiam habuit B. Virgo, nam ipsa omne peccatum vilavit magis quam aliquis sanctus post Cliristum. Peccatum enim aut est originale, et de isto fuit mundata in utero; aut mortale aut veniale et de islis libéra fuit... Ipsa etiam omnium virtutum opéra exercuit, alii autem sancti specialia quaedam : quia alius fuit bumilis, alius castus, alius misericors; et ideo ipsi dantur in exemplum specialium virtutum, sicut B. Mcolaus in exemplum niisericordiae etc. Sed B. Virgo in exemplum omnium virtutum, quia in ea reperis exemplum hwnilitatis : Luc. I, 38 : « Ecce ancilla Domiui, » et post (v. 48) : « Respexit bumilitatem ancillse suée; » castitatis quoniam virum non cognosco v. 34, et omnium virtutum. Sic ergo plena est gratia B. Virgo et quantum ad boni operationem et quantum ad mali vitationem. Ibid.
§ 27. — Différence entre rirap3ccabilité du Christ et la non-peccabilité de Marie.
Marie a été exempte de tout péché. Ce privilège l'élève au-dessus de l'humanité tout entière et la rapproche très près de la divinilé '. Comme le Fils de Dieu est exempt de tout péché, ainsi sa mère est aussi sans aucune tache ', mais non pas de la même manière. Pour le fils, c'est une suite nécessaire de sa nature divine ; pour la mère, c'est une préservation due à une grâce spéciale de Dieu. En effet, tandis que, en vertu de la grâce attachée à l'union hypostatique, toute la substance du Christ a été sanctifiée et rendue absolument incapable de pécher, Marie a reçu, par suite de sa dignité de Mère de Dieu, une
1. Quia igitur.. B. Virgo Maria mater Filii Dei facta est, de Spiritu Sancto concipiens, deeuit ut excellentissima puritate mundaretur, per quam cougrueret tanto Fiiio, et ideo credeudum est, eam ab oiuni labe actualis peccati immunem fuisse non tautum mortab's, sed etiam veuiali?, qi;od uuUi sanetorum convenire potest post Cliristum. Op. 1, cp. 224. Et rjuia in B. Yirgine fuit depuralio ab omni peccato, ideo pervenit ad summum puritalis, sub Deo tameu, in quo non est aliqua potentia deficiendi. I. dist. 17, qu. 2, a. 4, 3"". — Fecit ergo summus artifex in ostentationem pleniorem artis suce spéculum unum clarissimo clarius, Serapbim tersius et purius, et tantaj puritatis ut purius intelligi non posset, nisi Deus esset : personam scilicet gloriosissimae Virginis. Opusc. 54. (Ed. Viv6s, vol. 28.). De dilect. Dei et proximi, cp. 27, cire. f.
2. In Christo et Virgine Maria nulla omiiino macula fuit. In Ps. 14, init.
abondance de grâces intérieures et extérieures qui, sans la rendre absolument impeccable, écartait certainement toute cliute actuelle dans le péché, Marie demeurait dans la condition humaine, dans le champ du mérite, en marche vers la gloire. Sa non-peccabilité reposait sur ces trois choses : sur l'exemption de toute mauvaise concupiscence, sur une abondance de grâce qui la portait au bien, enfin sur une protection particulière de la bonté divine, qui la préservait même extérieurement de toute espèce de péché '.
Yoilà pourquoi il y a une distance infinie entre l'àme très pure de Marie qui ne connut jamais le mal par sa propre expérience et l'àme des grands saints qui ont ou connu et accompli le mal, ou qui ont dû combattre en eux-mêmes le penchant au péché. Nous comprenons pourquoi, au témoignage de la sainte Ecriture (Luc, I, 15.), Jean-Baptiste, que le Seigneur déclara le plus grand parmi ceux qui sont nés de la femme, fat sanctifié dès le sein de sa mère ; pourquoi le prophète Jérémie (i, 5) obtint la même faveur. Il entrait dans l'admirable économie de
■1. Iinmunitas (a pec.cato) a tribus causabatur : scil. ex ligatione fotuitis, qui ad malum nou incitabat; ex iûclinalione gratise, quœ iu bonum ordiuabat, quauivis noudum per eam iiberum arbitrium esset in fine ullimo stabilitum, sicut est ia Beatis, qui ad finem vitse pervenerunt : et iterum ex conservatioue diviuse pjrovidentice, quœ eam intactam cuslodivit ab omni peccato, sicut et lu primo statu hominem ab omni nocivo protexisset. III. dist. 3, qu. 1, a. 2, sol. 2; ibid. sol. 3, 1™.; cfr. III. qu. 27, a. 4, 1"'.; Quœst. disp. qu. 24, de verit. a. 9, c. iu f.
la Rédemption, que ceux qui devaient se trouver dans une relation active avec la très sainte conception du Fils de Dieu, et avec le grand mystère de la rédemption et de la sanctification des hommes, fussent eux-mêmes sanctifiés par une voie extraordinaire. Or ces deux prophètes apparaissent au premier rang, l'un comme la figure, l'autre comme le héraut de Jésus-Christ et de son œuvre. Jérémie par ses paroles et par sa vie a représenté le Sauveur dans ses souCfranccs et dans sa passion qui ont été le prix de notre rédemption ^ ; Jean, le dernier des prophètes, a commencé par rendre témoignage au Rédempteur, dès le sein de sa m^re. Puis, il l'a montré, dès son apparition, comme l'agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Par le baptême de pénitence qu'il administrait, il (préparait les hommes au baptême surnaturel que le Christ a institué comme la condition fondamentale et comme le moyen indispensable de participer à la Rédemption. Or ce qui a été accordé au saint prophète Jérémie et au précurseur immédiat ne devait pas être refusé à la Mère du Christ. Que dis-je ? Il fallait qu'elle participât à cette faveur dans une plus large mesure. En effet, une plus grande perfection de sainteté est exigée selon l'intimité des relations qui
1. Jérémie 11, 18 et 20,10. L'antiquité chrétienne avait, déjà vu daus le prophète Jérémie une figure de Jésus-Christ {To-t. c Jud. 10; Ci/i»: Test. c. Jud. ii, 15; Hieronym., Lad.) et la liturgie de l'Eglise y fait allusion. Comparez le prophète Jérémie comme figure typique dans le Calholique 18G0, par Ueusch.
nous rapprochent du Christ. Or, personne ne s'est trouvé plus rapproché de lui que la femme bénie entre toutes qui l'a mis au monde \ Marie fut donc déjà sanctifiée dès le sein de sa mère. Elle fut même plus sainte et plus pure que ceux en qui est demeurée la mauvaise concupiscence, source inta-
1. (Deus) aliquos praeter legem communem quasi miraculose in maternis uteris sanctiftcasse legitiir, ûlos p)\r ci pue qui immediatius ordinabantur ad ejus sanclissimam conceptionem; et ideo Mater Dei sanctificata creditur, et Joauues Baptista, qui ei in utero existenti testimonium perliibuit et Jeremias, qui ipsius conceptionem vaticinio exprssso praedixit : Novum, inquit, fnciet Domimcs super terram Mulier circumdabit virum. Jer, sxxi, 22; et ideo eliam in B. Virgine fuit amplior sanciificatio, in qua fomes adeo debilitatus est vel exstinctus, ut ad peccatum actuale nunquam inclinaretur; in aliis autem incliuavit ad veniale, non auteni ad mortale, et in Joanne Baptista etiam fuit expressior quam in Jeremia, cujus interior sanctificatio exultations quadam in notitiam hominum prodiit, quia dictum est : Exsidtavit infans in utero ejus, Luc, i, 41, ut secundum gradum propinqultatis ad Christum sit gradus sanctificationis. IV. dist. 6, qu. 1, a. 1, qu. 2, sol. 2. — Quamvis judiciorum Dei non possit ratio assignari, quare scil. huic et non alii hoc munus gratiae conférât, conveniens tamen videtur fuisse utrumque dictorum sanctificari in utero ad praefigurandam sanctificationem per Christum faciendam : primo quidem per ejus passionem sec. illud Hebr. ult. Jésus ut sanctificaret per suinn sanr/uinem populurn, extra portam passus est; quam quidem passionem Hieremias et verbis et mj'steriis apertissime praenuntiavit, et suis passionibus expressissime praefiguravit. Secundo per baptismum secundum illud I. Cor. sed ahluti estis, sed sanctificati estis, ad quem quidem baptismum Joannes suo baptismo homines prœparavit. III. qu. 27, a. 6, c. Quautum ; d alia potuerunt sancti esse Christo conjunctiores, quam Hieremias et Joannes Baptista, qui tamen fuerunt ei coujunttissimi, quantum ad extremam figuram sanctificationis ipsius, ut dictum est (in frt.). Ibid. 2'". — III. dist. 3, qu. 1, a. 1, qu. 3, 3'".
rissable du péché ; tandis que dans la bienheureuse Vierge, par une grâce particulière, cette concupiscence fut tellement enchaînée qu'elle ne s'affirma jamais par aucun acte ^
g 28. — Triple perfectionneniBiit successif dans la sanctification de 'Marie.
Saint Thomas distingue trois phases par lesquelles passe la Yierge Marie pour arriver jusqu'à la perfection consommée de sa sanctification. A mesure qu'elle traversait chacune d'elles, elle était affranchie d'une dette et enrichie de quelque nouveau bien -.
Une première sanctification s'accomplit en Marie avant sa naissance, aussitôt après que son corps eût été animée En conséquence, l'humble Yierge qui avait été choisie pour devenir la Mère de Dieu fut exemptée du péché originel dont le sujet est l'âme et non le corps*. La mauvaise concupiscence qui