III. qu. 27, I. c
4. Il n'est pa? nécessaire de voir dans la sanctification effectuée en Marie une purification d'un péché antérieur. Au contraire, on peut, et on doit, ainsi que le fait saint Thomas, la regarder comme une grâce divine, mais sans l'effacement d'un péché antérieur, ou encore comme une grâce divine de préservation du péché. Non enim solum sanctificatur, quod ex iujusto fit justum; sed quod ex non sancto fit sanctum, immo etiam quod ex san;to fit sanctius, Virgo igitur beala, quia ex natura sua non habebal sanctitatem, sed
i34 LA DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.
provient de ce péché,, fomes peccati, ne fut pas, il est vrai, supprimée, mais elle fut rendue complètement impuissante ' et remplacée par une inclination
per gratiam ei collalam, ob id sanctificala dici potest. Toletus iu III. qu. 27, a. 3.
1. Que la très sainte Vierge n'ait jamais, du moins actuellement (in actu secundo) éprouvé Taignillon du péché, c'est ce qu'affirment unanimement tous les Pères et les Théologiens, (cfr. Suarez in III. qu. 27, a. 6, disp. 4, sect. 5, n. 2.) Leur sentiment ne diffère que lorsqu'il s'agit de déterminer en quoi consiste l'affranchissement de cet esclavage. Saint Thomas rapporte deux opinions également probables. D'après la première, le /ow^es ;jecca/z aurait été détruit en Marie dès sa première sanctificatiou. Selon la seconde opinion, il aurait d'abord été enchaîné et enfin détruit lors de l'incarnatioa du Verbe. Le saint Docteur, avec Albert le Grand, saint Bonaventure, Richard de Saint-Victor et d'autres, embrasse la seconde opinion, parce que, dit-il, la dignité de Jésus Christ, sauveur du monde exigeait que personne ne parvînt avant lui à la complète délivrance de la concupiscence, comme personne avant lui ne devait arriver à la gloire de la résurrection. Les théologiens modernes soutiennent presque à l'unanimité que le fomes peccati a été complètement écarté de la Vierge Marie dès le commencement de sou existence. (Voyez Toletus 1. c. in fin.; Suarez 1. c. n. 9 sqq. ; Vasquez in III. disp. 118, c. 4. Plazza: Causa immac. conc. Appar., art. 1, n. 96 sqq. Vega Theol. Ma?:, Pal. 9, cert. 1, n. 857 sqq.) C'est le sentiment qu'avaient soutenu déjà au moj-eu âge Alexandre de Halès, Scot ettous les défenseurs de l'immaculée Conception, bien qu'ils n'aient pas considéré l'Hffranchissement du 'péché originel comme nécessairement lié à l'affranchissement de toute mauvaise concupiscence. Eu tant que l'affranchissement de la concupiscence, c'est-à-dire la soumission parfaite des puissances inférieures de l'âme à l'empire de la raison et la soumission de la raison à Dieu, appartient à la notion de la justice originelle, on peut soutenir aussi que Marie a possédé du moins en partie cette justice en vertu de sa première grâce sanctifiante (III. qu. 27, a. 3. c. ; cfr. Suarez 1. c. sect. G; Cauisius : De Maria Deip., I. c 9, cire, med ).
au bien qui était un effet de la grâce '. Ce ne fut pas par un acte libre de la volonté, comme cbez les saints (car l'usage de la raison dès le sein depa mère fut le privilège exclusif du Christ, et qui ne fut point départi à Marie, ^ ni par le seul effet de la grâce habituelle, que fut enchaînée et empêchée en Marie la mauvaise concupiscence. Mais ce fut par une protection spéciale et extérieure de la divine providence qui compléta la grâce intérieure encore insuffisante pour arrêter toute manifestation déréglée de l'appétit sensitif \
Une deuxième sanctification eut lieu en MarieHors de la conception de son divin Fils. A ce^moment la source de toutes les grâces se répandit en elle et remplit tellement son corps et son âme, que l'étincelle du péché y fut complètement éteinte et que s'acheva en elle une confirmation dans le bien. D'où il arriva que la bienheureuse Yierge, tout en restant au milieu de la vie présente, en marche vers le terme et avec la possibilité absolue de pécher, fut pourtant de faitpure de tout péché. C'est là cequele saint^prophèle avait, prédit lorsque, selon l'interprétation de saint Thomas, d'accord avec celle de l'Église, il disait : « Voilà que la gloire du Dieu d'Israël s'avança par la
1. III. qu. 27, a. 5, 2^.; cfr. III. dist. 3, qu. 1, a. 2, sol. 3, c.
2. Le sentiment contraire a élé soutenu par Cajétan in hoc loco, par Suarez 1. c. sect. 7, par Bernardin de Sienne et beaucoup d'aii'res (cfr. Vega: Tlieol. Mai:, Pal. 12, cert. 1, n. 953 sqq.)
3. III. qu. 27, a. 3, c. ; iljid. a. 4, !■". (cfr. Tolef. in h. 1. contre l'explication de Cajétan.); III. dist. 3, qn. 1, a. 2, sol. I.
porte du côté de l'Orient et la terre fut resplendissante de sa majesté, » (Kzech. xliii, 2.) Cette porte privilégiée du temple par laquelle Dieu entra dans l'humanité pour apporter le salut, est la très sainte Yierge; et la terre qui est toute resplendissante de sa majesté est la chair de cette bienheureuse Vierge sur laquelle l'adorable sainteté de Jésus-Christ jeta un reflet éclatant et la purifia de toute souillure \
Cette pureté parfaite et cette confirmation dans la grâce trouve encore sa preuve, selon l'interprétation de l'Église, dans ces paroles du psalmiste : « Un courant aux flots pressés réjouit la cité de Dieu. Le Très- Haut a sanctifié sa tente; Dieu est au milieu de cette cité; elle ne sera pas ébranlée; le Seigneur la protégera dès sa première aurore (Ps., cxlv, 5). » Un peu auparavant le prophète sacré avait dit que la terre serait bouleversée et que les montagnes seraient précipitées dans le fond de la mer, en sorte que ses eaux se soulèveraient et feraient entendre un grand bruit jusque dans ses profondeurs. A ce déchaînement terrible des éléments, le prophète oppose Jérusalem, la cité de Dieu. Retranchée derrière le cours pacifique de son fleuve, elle est dans la joie, et le Seigneur, qui demeure au milieu d'elle, la maintient à l'intérieur et la protège contre les ennemis du dehors. C'est là tout d'abord une figure de l'Église qui demeure inébranlable, au milieu des agitations et des révolutions du monde, parce qu'elle repose sur un