‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 48 sur 71 · Summa totius tbeol. Div. Thomae · texte numérisé non relu

Summa totius tbeol. Div. Thomae

4. Dans une dissertation qui se trouve à la tête de son commentaire principal sur la somme (Curs. theol. tom. I.) Spéculum sine macula i. e. Tractatus de approbatione et auctoritate doctrinee Sli. Thomae. Disp. 2, a. 2.

5. Hist. eccl. Diss. XVI. saec. II. § 21, ssec. XV. et XVI. c. 4, a. 14.

maître était d'accord avec celle des défenseurs de l'Immaculée Conception. Mais, à mesure que la pieuse croyance à cette vérité s'établissait sur des raisons plus évidentes^ se fortifiait et s'étendait dans l'Église, la discussion engagée sur le glorieux privilège de Marie enveloppa en même temps la gloire de saint Thomas. Les théologiens des différentes écoles et ordres religieux firent d'énergiques efforts pour dégager son enseignement de toute erreur, et pour établir que sa doctrine était en parfait accord avec la foi de l'Église catholique *. La question fut donc étudiée sous toutes ses faces. Il n'est aucun passage des œuvres du saint Docteur relatif à cette doctrine qui n'ait été examiné; il n'est aucune difficulté qui soit demeurée sans solution. Aussi, nous paraît-il

1. Parmi les anciens théologiens, nous ne mentionnons qi;e les suivants dont nous avons pu consulter les éirits Véga : Theol. Mnr., Pal. 3. Cert. 4, n. 241 sqq., Nicolas Eichof : Ang. doct. S. TJiomœ Aqu. de Virg. Beip. immaculata Conceptionc seiitentia e miillis ejus operibus studiose colleeta et édita. Posnaniae 1651 : Eusèbe Nieremberg : Exceptioncs Conc. Trid. pro omnimoda puritate Deip. Virg expensœ, c. 21; Sylveira : Immac. Conccptio ss. ac pur. V. Marix., opusc. 4, qu. 17; Sfondrate : Innocentia vindicata, etc.; Thyrsus Gonzalez ^De certitudi)iis gradu, qucm infra fidem nimc halet sententia pia de immac. B. Virg., conc. disp. II. sect. 17, n. 188 210; Etienne Chiesa : EpistoUca disxerlaiio scoli-thomistica, etc.; Plazza : Causa immac. conc, art. VII. a. 1, n. 54 sqq. ; Spada: Esame critico sidla dottrina dcW ang. dott. S. Tommaso di Aqu. circa il peccalo originale relativamenlc alla B. Vcrg. Maria. Roma 1855, 2. ediz. et Animadversiones criticœ in opus J. B. Malou de dogmate immac. Conc. B. Marix Virg. Rotnœ 1862; Jean-Marie Cornoldi : Sententia S. Thomœ Aqu. de immunitate B. V. Dei Parentis a peccali orig. labe. Ed. ait. Xeapoli 1870.

impossible de rien dire ici qui soit tout à fait nouveau. Nous allons donc exposer la doctrine de l'Ange de. l'École et montrer comment elle s'accorde avec la substance du dogme de l'Eglise.

En parcourant les ditrércnts écrits de saint Thomas d'Aquin, nous rencontrons deux séries de témoignages : les uns sont expressément favorables à l'Immaculée Conception, les autres semblent lui être contraires. Nous allons passer en revue les premiers.

§ 30. — Témoignages de saiot Thomas favorables à l'Immaculée Conception.

Dans son commentaire sur le premier livre des Sentences, saint Thomas répète deux fois et à peu près dans les mêmes termes cette pensée de saint Anselme qu'il s'approprie : « Bcata Virgo ea purilatc nituit, quà major sub Deo neqidl intclligi. La bienheureuse Vierge Marie a brillé d'une pureté si éclatante, que l'on ne peut eu concevoir une plus grande audessous de Dieu. » {De Concept. Virg. c. xvin.) Voici la preuve apportée par le saint Docteur : La pureté se mesure d'après le degré qui la sépare de son contraire, c'est-à-dire de la souillure du péché. Plus donc une créature est éloignée du péché, plus sa pureté est grande; et si elle en est totalement éloignée, si elle n'est en aucune manière souillée par le péché, il s'ensutt que sa pureté est la plus parfaite qui se puisse

rencontrer dans une créature. Or telle a été la pureté de la très sainte Yierge ; car elle fut exempte de tout péché., du péché originel aussi bien que de tout péché actuel. Talis fuil puritas B. Virginis qu3e a peccato originali et acluali immunis fuit ^ Le privilège de l'Immaculée Conception de Marie n'est-il pas nettement précisé dans ce passage ? — Non, répondent les critiques de saint Thomas. D'après eux le saint Docteur ne dit pas que la pureté de Marie a été originelle, ni qu'elle a existé dès le premier moment de sa conception. Bien au contraire, le terme dont il se sert, clejm)'atio,pui'ificatio)i,mon[rGrsiil clairement qu'ayant dû être d'abord puriûée, Marie avait auparavant été souillée ".

1. Augmentum puritatis est secundum recessum a contrario, et quia iu B. Yirgiae fuit depuratio ab omni peccato, ideo pervenit ad summum puritatis; sub Deo tamen, ia quo non est aliqua potentia deficiendi, quœ est in qualibet creatura, quantum in se est. Ibid. dist. 17, qu. 2, a. 4, 3™. Puritas intenditur per recessum a contrario, et ideo potest aliquiJ creatum inveniri, g-î^o nihil purius esse potest in rébus creatis, si nulla coutagione peccati inquiuatum sit, et talis fuit puritas B. Virginis, quse a peccato originali et actuali immunis fuit. Fuit tamen sub Deo, in quantum erat in ea potentia ad peccandum. I. dist. 44, qu. 1, a. 3.

2. C'est ce que dit Turrecremata : De veritate Conceptionis B. Virginis, éd. cit. p. XII. c. 13, p. 730, ainsi que l'auteur de Concordantiic dictorum. et conclusionum D . Tliom., dubium 370, dans la table d'or de Pierre de Bergarae. Estius va plus loin que tous les autres dans son commentaire sur les Sentences (III. dist. 3, § 5.) en cherchant à expliquer le passage en question de la manière suivante : (B. Yirgo) a peccato originali et actuali immunis fuit, uempe quando facta est mater Dei quia scil. fomes, qui est materiale in peccato originali, tune in ea fuit extinclus et per consequens nec ad actualia peccata sensit iucliaaliouem. Et haec est vera mens sancti doctoris, etc.

Mais une pareille interprétation est insoutenable ; car elle est inconciliable avec l'argumentation du saint Docteur. Saint Thomas entreprend de prouver cette proposition : La sainte Yicrge est la plus pure de toutes les créatures. Pour l'établir, il part de ce principe que la pureté se mesure d'après l'éloignement où l'on est du péché. D'où il conclut, qu'entre toutes les créatures, celle-là est la plus pure qui s'est tenue le plus loin possible du péché. Or c'est ce qui a eu lieu dans la bienheureuse Vierge Marie qui a été exempte du péché originel et de tout péché actuel. Par conséquent, elle est la plus pure de toutes les créatures.

Mais si l'on vient à interpréter de la manière suivante la pensée du saint Docteur : La bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché, mais non depuis le premier instant de son existence, puisqu'une purification lui a été nécessaire, on renverse toute l'argumentation du saint Docteur, et sa conclusion n'est plus justifiée. En effet, Marie dans cette hypothèse n'est plus la créature la plus éloignée du péché^ et l'on en peut facilement concevoir une autre qui soit plus pure qu'elle. On peut supposer une créature que le péché n'ait point atteinte un seul instant, qui serait évidemment plus éloignée du péché, et par conséquent, plus pure que celle qui ayant été souillée a eu besoin d'être purifiée. Si donc on ne veut pas accuser l'Ange de l'École d'avoir fait un mauvais raisonnement^ on doit accorder que dans le passage rapporté plus haut, il parle du degré le plus

élevé qu'il soit possible d'atteindre,, à une simple créature, c'est-à-dire d'une pureté qui n'a jamais été souillée par le péché.

§31. — Raisons d'interpréter ces témoignages dans un sens favorable à Tlmmaculée Conception.

Que ce soit là la pensée du Docteur angélique et que toute autre explication soit incompatible avec ses paroles, c'est ce qui résulte clairement de différentes raisons que nous allons rapporter.

Saint Thomas établit un parallèle en[re la pureté de Marie et la pureté de Dieu même. La pureté de Marie n'a au-dessus d'elle que la pureté de Dieu même, et uniquement par cette raison que la possibilité de pécher subsistait en elle comme dans toute créature douée du libre arbitre. Or cette comparaison ne serait pas exacte, si l'on supposait que la Vierge Marie a été un seul instant souillée par le péché originel. En effet, ce qui distinguerait alors la pureté de Marie de la pureté de la nature divine, ne serait plus la possibilité de pécher, mais Tacte môme et la réalité du péché. Or, dit saint Thomas, la pureté de Marie est inférieure à celle de Dieu, en ce qu'il y avait en elle la possibilité de pécher. Fuit tamen sui? Dco, inquantum erat in ea potcnlia ad peccandum.

. La même conclusion se tire aussi du terme choisi par saint Thomas pour exprimer l'exemption du

l'if) LA DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.

péché. Saint Thomas proclame Marie exempte du péché, immunis a peccato. Or cette expression n'a de sens qu'autant qu'elle signifie une exemption absolue, originelle, complète du péché, de la même manière qu'elle est appliquée au Christ. 11 ne s'agit pas, en effet, d'une purification survenant après une souillure précédente, comme ce fut le cas pour Jérémie et pour Jean-Baptiste. Le sens de cette expression est d'ailleurs déterminé par les Pères ', par les scolastiques '

1. Omnis creatura peccatornm capacitati obnoxia est. Sola autetn est peccato immunis , et immaculata sempiterna diviuitas. Ambrosius : De Spir. S., 1. III^ c. 19. — Constat eam (se. Mariam B. Virg.) aboriginali fuisse immunem. S. Ildefonsus, L I. De perpet. Virg.

2. Poterat ergo de massa peccatrice naturam humanam ab omni labe peccati immunem facere, unde in unam personam sui susciperet, utbomo integer esset, et Divinitati suœ nibilminiieret. Prffidestinata fuit et prœordinata in hoc opus mirabile, et omnibus operibus Dei praestaus et inenarrabile, Maria. Anonym. Be Concept. B. Mar. V. (Int. opp. S. Anselmi ; on trouve aussi dans la collection de Hurler, opusc. sel. 12, p. 223). — Domina nostra fuit plena gratia prœveniente in sua sanctificatione, gratia scilicet praeservativa contra fœditatem originalis culpae, quam contraxisset ex corruptione naturae, nisi speciali gratia preeventa prœservataque fuisset. Solus enim fîlius Virginia fuit ab originali culpa immunis, et ipsa mater ejus Virgo. S. Bonaventura : Serm. de B. Mar. Virg. Les Papes eux-mêmes se servent de la même expression dans leurs constitutions sur cette matière : Vêtus est Christifidelium erga ejus Beatissimam Matrem Virginem Mariam pietas sentientium, ejus animam in primo instanti creationis atque infusionis in corpus fuisse speciali Dei gratia et privilegio, iutuitu meritorum Jesu Christi ejus Filii, humani generis Redemptoris, a macula peccati originalis prseservatam immunein. Alex. VIL Const. SoUicitudo omnium Ecclesiarum, 8 dec. 16G1. De même Pie IX dans la bulle « Ineffabilis, » 8 dec. 1834.

ijes privilèges de la mère de dieu. 147

et par saint Thomas lui-même dans d'autres passages de ses œuvres '. Il s'agit d'une immunité.

Cette proposition : La bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel et du péché actuel signifie que la sainte Yierge n'a été souillée ni par l'un ni par aucun autre. S'il pouvait y avoir un autre sens, la pensée de saint Thomas ne déterminerait point un privilège exclusif à la Mère de Dieu, ni une pureté supérieure à celle des hommes qui reçoivent le baptême. Il n'y aurait entre elle et eux qu'une différence de temps, et non point un degré de pureté le plus élevé possible. C'est dans ce sens qu'un théologien célèbre " a commenté saint Thomas, quand il a dit : « Une créature se peut rencontrer qui soit la plus pure possible parmi les êtres créés, si elle n'a été souillée par aucun contact du péché. Or telle fut la pureté de la bienheureuse Yierge Marie qui a été exempte du péché originel et de tout péché actuel. » Potest aliqnid creatum inveniri^ quo nihil jnirius esse potest in relus creatis, si niilla contagione peccati inquinatum sit, et talis fuit puritas Bealse Virginis, quo peccato originali et actuali immunis fuit.

1. Quibusdam videtur, quod Eva peccante, si Adam Don peccasset, filii essent immicncs a culpa. — 1. II. qu. 81, a. 5, 2™. Decimalio erat actus tantum figuralis quantum ad illos, qui in lumLis Abrahae decimabantur, et ideo Cbristo non compelebat, quia ab origiuali immunis fuit. IV. dist. 1, qu. 2, a. 2, qu. 2, 2™. It. III. qu. 27, a. 3, c. — 2. II. qu. 152, a. 1, c.

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