II. qu. lOG
autres hommes, Marie eût contracté le péché oris"inel, si elle n'en eût pas été préservée et affranchie par la grâce de Jésus-Christ. Mais pour avoir été exempte du péché, Marie n'a point été exempte de la rédemption. Elle a été rachetée par son Fils, et rachetée dans un sens plus élevé. En efTet, si la préservation du péché originel est une grâce, comme saint Thomas l'enseigne \ et si toute grâce, comme il le répète très fréquemment, est un fruit de la rédemption par Jésus-Christ, la préservation de Marie est aussi un effet de la rédemption. Ainsi donc, bien loin d'être une exception à la loi générale de la rédemption, le privilège de l'Immaculée Conception a été dans Marie le fruit le plus précieux du sacrifice de Jésus-Christ.
Ce que saint Thomas veut surtout affirmer -, c'est ce besoin de rédemption qui fut en Marie, pour l'honneur et la gloire du Fils, comme dans les autres hommes. Pour. atteindre ce but, il lui suffisait d'établir, que dans sa conception elle avait encouru la dette de la souillure commune. En faisant une exception pour elle, il eût diminué, pour ainsi dire, la dignité du Christ et restreint les mérites de samort. Au contraire, l'honneur de Marie n'est nullement atteint, lorsque l'on dit qu'elle doit à la rédemption du Christ d'avoir été préservée de la tache du péché originel. Elle n'a point été purifiée d'une souillure actuelle, mais elle
1. Sicut a necessitate moriendi honio non liberatur ni?i per grntiam, ita et a necessitate suhjaceudi illi peccato, per originem a pareutihjjs in posteros transfuso. II. dist. 28, qu. 1, a. 2, 5"'.