‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 58 sur 71 · Voir les textes cités à la page 157, notes, 1 et · texte numérisé non relu

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a été préservée d'une souillure possible, d'une souillure qu'elle devait contracter. Par conséquent, sa pureté occupe le premier rang après celle de Jésus-Cbrist, qui étant le Sauveur et le Chef de tous les hommes, n'a eu en aucune façon besoin de rédemption '.

§ 37. — Marie aurait dû ôlre assujettie à la dette commune, mais elle a été préservée du péché originel.

Pour por'.er un jugement exact sur la doctrine de saint Thomas, concernant la conception de la sainte Vierge, il est absolument nécessaire de distinguer entre la question de droit et la question de fait. Posons la première question : La personne de Marie at-elleété, en vertu de sa descendance naturelle d'Adam, assujettie à la dette du péché originel et soumise à la nécessité de le contracter?

Saint Thomas répond affirmativement, parce qu'il

1. Si niinquam (se. neque in aclu neque in debilo) anima B. Virginis fiiisset coutaglo origiaalls peccali imiuinata, hoc derogaret diguilati Chriàli, secundum quam est universaUs omnium Salvalor. Et ideo sub Christo, qui salvari non indiguit, tanquam universalis Salvator, maxima fuit B. Virginis puritas. III. qu. 27, a. 2, 2"». ; il. a. 3, c. — Haec puritas soh homini Doo debebatur, ut ipse quasi unicus redemplor humaui generis niilla peccati servitute (i. e. ne quidm débita peccali) leneretur, cui compelebat omnes a peccato redimere; unde non hauc puritatem, sed suL hac maximam Virgo mater ejus habere debuit. III. dist. 3, qu. 1, a. 1, sol. 2, 3"-. It. ib. dist. f3, qu. 1, a. 2, cire. f.

voit engagée dans cette question la gloire du Fils de Dieu Rédempteur du monde.

Quant à la question de fait, qui se pose ainsi : Marie a-t-cUe été effectivement préservée de la nécessité de contracter le péché originel, par un décret de la volonté et de la bonté divines? Saint Thomas ne se prononce pas d'une manière aussi catégorique que sur le premier point, sans doute parce que dans le siècle où il vivait la croyance de l'Eglise n'avait point encore été l'objet d'une définition dogmatique \

B]xaminons donc quel a été sur le fait de cette pré-

1. Déjà Jeau de Saiat-Thoiuas avait expliqué dans ce sens la doctrine de son Maître : Fuit sollicitus Divus Thomas excludere non tam i;isam pra-servalionem personae Airginis in instant! reali suae productionis, quam pra'servationem carois vel aniniœ; ita quod ex vi conceptionis activœ seu generationis redderetur saucta illa persoua; i 1 se autem, in (luantuoi persona singularis et producta non eguisset gratia liberationis nec debitum liaberet incurrendi ; sed tota gratia fieret vel parentibus vel actioni seu principiis ipsis, nnde persona illa resultare debebat, id est carni vel animae ante animationem ; hoc fait iûtentnm Divi Thomae et ideo semper inquisivit, an fuerit ante animationem sanctiâcata. Quod vero ipsa persona jam producta, quce ex vi et modo suae conceptiouis habebat debitum incurrendi, de facto non incurrerit peccatum, Divus Thomas non fuit multum sollicitus sed utrique sententiae dédit locum Ecclesiœ, ad quam solum pertinet judicare hanc quaestionem de facto. Le P. Nieremberg (Exceptiones, etc. cp. 21.) fait ici cette remarque : Ex bis depromilur uua distinctio iitilis, si non necessarià, ad explicaudum sensum, quem Divus Thomas ac alii Auctores habueruut, quando locuti suut de Virgiuis sanctificatione; nam non uegabant eam fuisse sanctificatam in primo instanli in sua persona, de facto aut ex privilegio; sed tantum negabant ipsam fuisse sauctiticalam in sua natura, jure aut lege communl, seu attento debito generationis, quod ad plurium locorum explicationem valde notandum est.

servation du péché originel le sentiment du Docteur angélique. Voici la thèse de saint Thomas : Marie eût été chargée du péché originel, si dès le premier instant de sa Conception, elle n'en avait été préservée. Pour apprécier convenablement la portée de cette proposition, rappelons-noùs l'enseignement du Docteur angélique sur la sainteté de la Mère de Dieu.

Saint Thomas dit à plusieurs reprises que la très sainte Vierge a été conçue dans le péché originel, mais qu'elle n'est pas née dans ce péché ' , car elle a été purifiée, affranchie, sanctifiée, dès le sein de sa mère. Pour bien comprendre ces propositions, il est nécessaire d'expliquer le sens exact de deux termes employés ici par saint Thomas : « être né dans le péché, » et « être purifié du péché. »

Que signifie le premier de ces termes?

Saint Thomas distingue une double naissance; l'une a lieu dans le sein de la mère, et l'autre au moment où nous venons à la lumière de ce monde '. La

i. Christus excellit B. Virglueui in hoc, quod sine origiuali conceptus et natus est; beata autem Virgo Iq originali est concepta, sed non nala. Exp. in Salul. Ang. — Christus nuUo modo coutraxit originale peccatum, sed in ipsa sui conceptione fuit sanclns, secundum illud Luc. i : Quod ex te nascetur sanclum, vocabltur Filitis Dei. Sed B. Virgo coutraxit quidem originale peccatum, sed ab eo fuit mandata, anterjuam ex utero nasceretur. Et hoc siguatur Job. m, ubi de nocte origiualis peccati dicitur : Exspectet lucem, id est Christum, et non videal {quia nihil inquinalum incurrit in illam, ut dicitur Sap. vu.), nec ortum surgentis aurorx, id est B. Virginia, quic in sua orlu a peccato originali fuit immunis. III. qu. 27, a. 2, 2"'.

2. Duplex est carualis nativitas. Prima in utero... secunda est na-

184 LA DOCTRINE SUR LA VIERfiE MARIE.

première est accomplie au terme de la gém';ration du corps par l'immission de l'àme ; elle marque le commencement de l'existence complète du composé humain, l'origine delà personne humaine; elle est la conception proprement dite selon le langage de nos contemporains \ Par cette première naissance dans le sein de la mère, selon la terminologie de saint Thomas, l'homme devient susceptible d'être souillé par le péché originel ou sanctifié par la grâce -. C'est 611 s'appuyant sur cette notion de la naissance intrautérine^ que saint Thomas établissait la différente situation de Jésus et de Warie par rapport au péché originel. Jésus, disait-il, a été conçu et est né, n'ayant le péché, ni dans sa chair ni dans son âme. En cela il est supérieur à sa Mère. Marie, au contraire, a été

tivitas ex utero. IV. dist. 42, qii. 1, a. 2, 1™. — Nasci de niatre est ia hicem prodire; iri aiatre nasci est ipsum concipi. Erp. in Muftli., cp. 1. (Ed. Vives, vol. 19).

i. Cuiu eniin nasci sil quoddam generari, sicul generatiir aliqiûd ad hoc quod sit, ita nascilur aliquid ad hoc quod sit. Esse autem proprie est rei subsistentis ; uam forma, quae non subsistit, dicitur esse soluin, quia ea aliquid est : persona autem vel hypostasis significatar per modum subsistentis : natura autem siguificatur per modnm formée, qua aliquid subsistit. Et ideo nativitas tamquam suLjeeto nascenti proprie attribuitur personœ vel hypostasi, non natura?. III. qu. 3o, a. 1, c.

2. Quia per peccatum primi hominis ista infeetio consecuta est in iota natura humana, ideo iibi iuvenilur subjectum susceptivuni culpae, habet rationem culpœ in actu, iicul in puero jam noto. H. dist. 31, qu. 1, a. 1, 4"'. — Peccatum originale trahitur ex origine, in quantum per eam commuaicatur humaua natura, quam proprie respicit peccatum originale : qîiod quidein fit, ijuaiido proies coiicep'a animalur. III. qu. 27, a. 1, 4"".

conçue selon la chair dans le péché originel, mais elle n'est pas née clans ce pécJié, c'est à-dire, sa personne, au moment de l'animation de son corps, n'a point été souillée par la tache du péché. Beala V.'rgo non est nala in oncjinali peccaio . — In ortu suo a peccato originalt inmmnis fuit\ nec originale, nec mortale, ncc veniale peccatum incurrit. Le saint Docteur oppose ainsi la naissance de la Vierge à la naissance du Christ. En parlant de la naissance du Christ, saint Thomas emploie le terme natus pour signifier l'acte de naître dans le sein de la mère, c'est-à-dire l'animation qui est ici l'équivalent de la conception même du corps de l'Homme-Dieu. C'est, en eflet, par ce même terme que l'ange l'annonçait en disant (Matth., I, 20) : (( Ce qui est né en elle est du Saint-Esprit, » Quod in ea natum est de Spiritii Sancto est ; le saint Docteur emploie le même terme par rapport à Marie et lui donne le même sens '.

1. C'est par une explication semblable que Pierre d'Alva (Nodus indissolubilis etc. p. 716.) a déjà justifié le saint Docteur du reproche d'être inconséquent avec lui-même. Immo quod non sit contradictio sic ostenditur: Cliristus in hoc excellit Virgiuem, quia sine originali peccato conceptus est, scilicet, a Matre sua : ouines enim matres coucipiunt lilios suos cum origiuali, id est concupiscentia : ideo angelicus doctor non dixit, sine originali peccato seu culpa, et etiam sine originali natus est : id est ia utero juxla illud dictum Josepho : quod in ea natum est, de Spiritu Sancto est, et tamen Christus non erat tune natu3 ex utero, sed taulum intra uterum : tune hu,c etiam patet, quia verba sunt intelligenda juxta subjectam materiam, quando scilicet salutatio augelica fuit prolata. Et Christus ualus fuit in utero Virginis, dicente etiam Angelo : Quod enim ex te nascetur sanctum, vocabitur Filius Dei. Quod totum fuit perfectissime completum in

18G LA DOCTUIXE SLR LA. VIERGE MARIE,

Passons actuellement à l'explication de ces deux termes : « être purifié, être sanctifié, » appliqués par saint Thomas à la très sainte Yierge. La notion de sanctification n'implique pas nécessairement la décharge d'un péché antérieur, puisque ce terme a été appliqué à l'humanité de Notre Seigneur, qui tout en

prima nativitate in utero. Uode Cliristus, ut optime dicit Angelicus Doctor, et conceplus fuit a Matre sine originali; attamea Virgo Maria in originali concupiscentia fuit concepta a matre sua Anna, sed non nata in utero cum originali. Unde ipsa purissima fuit quantum ad culpam; quia nec orUjinale nec mortale nec veniale peccatum incurrit. Semblablement l'auteur d'une dissertation découverte par Uccelli: Dissertatio de senteulia S. Tiiomse in controversia Conceptionis immaculatœ Dei genitricis Mariae, voici comment il s'exprime : Sensus illorum verborum S. Thomae (B. Y. in originali concepta, non nata)... alius esse non débet, nisi iste, scilicet quod in conceplione carnali, cum ex semine .vitiato fuisset corpusculum B. Y. formatum, obnoxiaerat anima ipsius mox infundenda originalis maculœ inquinameuto, sed prfeventa gratia in primo infusionis instant! coUata, maculam illam non coatraxit. Unde in illa propositioue S. Thomae conceptio ad conceplionem carnalem referenda est ; nativitas vero ad primam rationalis vitse usuram, quae incipit in primo instanti, quo corpori unitur anima lamquam forma : totum hoc congruit comparationi ibifactse a S. Doctore B. V. cum Christo, et consonat sequentibus ejus verbis : nam Christus dicitur conceptus et natus in utero, ut patèt ex s. Matth. ev. 1, 20, id est, quod enim in ea natum est ; ergo servata bac comparaliouô, ut œquivocalione vacet, loqui debuit S. Thomas de B Virginia conceptione et nativitate illa, videlicet. quœ est in utero : in hoc autem exeellil Christus B. Yirginem quod Christus in eoJem instanti conceptus et uatus est, nec culpse originali erat obnoxius; at B. Virgo prius fuit carnaliter concepta, et anteqaam corpus animaretur, obnoxia erat culpae, cum ex semine virili vitiato il'.ud corpus formatum fuisset, sed in originali B. Virgo nata non est, utique in utero, quia in instanti infusionis animae, in qua nativitas in utero consistit, originale non contraxit. [l Gigli a Maria, 1874, p. 71, not. 10.)

étant éminemment pure, fut néanmoins sanctifiée par son union avec la divinité. C'est ce qu'expriment clairement ces paroles de saint Jean (x, 36) : « Celui que le Père a sanctifié et qu'il a envoyé dans le monde ; » Qucm Pater scuictificavit et misit in mwidum '. La décharge du péché exprime bien plutôt un fait accidentel, un élément secondaire, tandis que la fin essentielle de la communication de la grâce est de rendre l'âme semblable à Dieu. Or, il n'est pas nécessaire pour cela qu'elle ait d'abord été marquée d'un caractère positif de difTormité et mise dans un état d'éloignement et d'hostilité avec Dieu. Il suffit qu'il y ait en elle une non-ressemblance, caractère purement négatif, qui n'a pas nécessairement une priorité de temps, mais seulement une priorité logique, par rapport à la ressemblance avec Dieu que la grâce devra établir dans l'âme. Cette non-ressemblance est comme la puissance par rapport à

1. Sanctificari est aliquiJ fieri sanctum. Fit autem aliquiJ non solutn ex contrario, sed etiam ex négative vel privative opposito, sicut album fil ex nigro et eliam ex non albo. Nos au'.e o ex peccatoribus saucti efficimur : et ita sanctificalio nostra est ex peccato. Sed Christus quidem secundiim homiuem factus est sanctus; quia liauc gratiiE sanctilatem non semper liabuit : non tameu factus est sanctus ex peccatore, quia peccatum nunquaui habuit; sed factus est sanctus ex non sancto secundutu homiuem, non quidem privative, ut scilicet aliquando fuerit homo et non fuerit sanctus; feed négative, quia scilicet quando non fuit homo, non habuii sanctitatem humanam, et ideo simul factus fuit homo et sanctus homo. III. qu. 34, a. 1, 2™. Ibid. qu. 7, a. 9, 2"'. ; III. dist. 3, qu. o, a. 3, sol. It. I, dist. 15, qu. 5, a. 1, sol. i, 2™. — Cfr. Vasquez in [V, disp. 117, c. 12, n. 131 sqq. — Cornoldi 1. c. sect. 4, p. 31 sqq.

l'acte, comme le soleil, par l'apporl à sa lumière '. Si nous considérons l'idée de « purification, » nous trouverons de même qu'elle ne suppose pas nécessairement un caractère positif de souillure qui aurait précédé. Par conséquent, on ne saurait tirer de l'application de ce terme à la très sainte Vierge cette conclusion, qu'à un moment donné son âme aurait été formellement souillée par lepéché originel. S'il est vrai que la Vierge Marie ne soit pas sainte indépendamment de la grâce de Jésus-Christ, des mérites de sa mort et de son sacrifice, il ne suit pas de là qu'elle ait été une pécheresse, avant l'application de cette grâce. Car quand même la simple privation de la sainteté précède en elle l'état de grâce, elle a besoin d'être rachetée par Jésus-Christ et elle est susceptible d'être sanctifiée -. Puisque Mario a contracté la dette du péché originel, on peut parfaitement dire que la préservation de ce péché a d'une certaine façon en elle le caractère d'une purification ^

1. Gratiae per se convenil facere justum, seJ per acci Jeas quod de impio faciat justum. IV. dist. 49, qu. 4, a. 1, 3"'. — Graliee est facere Deo similem : nec oportet ut de dissimili faciat similem, sed de non simili similem: née ita quod semper negatio simililudinis similitudinem tempore praecedat, sed uatara; sicut potenlia est aute actum, et sicut sol praecedit lucem suam. IIL dist. 13, qu. i, a. i, 2'". — Eatenus tantum dici potest Virgo sanctifica'a, quateuus uou fuit essentialiler sancta, sed gralia accessit naturee, ut proprio subjecto, primo instanti, quo anima existere cœpit. Corooldi 1. c. p. 53.

2. III. qu. 27, a. 3, 3^. Voir Sehaetzler, même endroit, p. 337.

3. Ex 60 quod in propria persona Iiabuit (B. Yirgo) debitum contrahendi maculam originalis peccati, imo inilium, unde reduudare in animam suam debebat originalis peccati macula, gratia illa, qua^

g 38. — La sanctification de Marie a eu lieu dans l'instant où son àme fut unie à son corps.

L'Auge de l'Ecole a pris maintes fois pour sujet de ses considérations la question du moment précis où Marie a été sanctifiée. Il a surtout examiné les deux points suivants : La sainte Vierge Marie a-t-elle été sanctifiée avant ou après l'achèvement complet de sa conception corporelle ^ ? L'a-t-elle été après l'animation de son corps, mais avant sa naissance à la lumière du monde ?

Par rapport au premier point, à savoir, si la Vierge Marie a été sanctifiée avant que son corps eût été animé, le saint Docteur soutient que cela était impossible pour deux raisons : d'abord, parce que la sanclilication est un effet de la grâce et que l'àme raisonnable, ou, pour mieux dire, la personne, et non le produit de l'évolution du germe avant son animation, est seule capable de recevoir la grâce.

Une autre raison pour laquelle la sainte Vierge n'a point été sanctifiée avant que l'âme ne fût unie à son corps, c'est que dans ce cas elle n'eût point eu besoin de la rédemption par Jésus-Christ. En effet, tandis

prœveniendo saiiclificavit eam, ligaudo etiam fomilem, liabiiit rationem pratiœ mundaliiw, reconcilialivx, redemptivx. Card. Cajet. Oijusc. ad Léon. X. c. 3.

1. m. qu. 27, a. 1 et 2; III. dist. 3, qu. 1, a. 1, qu. 1, 2 et 3. — Comp. theol, c. 232.

iOO LA DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.

quelo péché d'Adam«îiffecte immédiatement la nature, la grâce delà lédemption s'applique tout d'abord à la personne. Or, pour qu'une personne humaine ait besoin d'être rachetée, il faut, ou .qu'elle ait réellement contracté le péché originel, ou du moins, qu'elle ait été exposée à la nécessité de le contracter. Or, pour que la sanctification de la Yicrge Marie eût été accomplie avant que l'àme ne fût unie à son corps, c'est-à-dire avant l'achèvement complet de sa conception corporelle, il eût fallu, ou que ses parents fussent guéris de la corruption universelle de la nature qui propage le péché par la voie de la génération, ou que toute la nature humaine prise ensemble eût été guérie et affranchie de toute corruption. Ce n'est que dans ces deux conditions que la très sainte Yierge n'eût point été soumise à la souillure de la chair ni exposée à la loi inévitable du péché originel. Et alors, elle n'eût point eu besoin de la rédemption par Jésus-Christ '.

Par conséquent, il faut conclure que la sanctification de la très sainte Yierge n'a pas eu lieu avant que son àme ne fût unie à son corps, mais bien lors de cette union et dans l'instant où elle s'accomplit. Saint Thomas ne formule pas cette conclusion. Il paraît même la repousser expressément^ en s'exprimant ainsi. (III. q. 27, a. 2, c.) - o D'où il nous reste à

1. III. qn. 27, a. 2. — III. dist. 3, qu. 1, a. 1, qu. 1, sol. 1.

2. Le cardinal Sfrondate {Iiinoc. vindic, § 11, p. 111), le cardinal Lambruschini [SuW immac. Concepimento,^. 86) et d'autres regardent comuie falsifié le passage III. qu. 27, a. 2. En effet, Jean Bromiard, contemporain de saint Thomas, et de l'Ordre des Dominicains,

conclure que la sainte Vierge fut sanctifiée après que l'àme fût unie à son corps ; » TJnde relinquitiir quod sanctifîcatio Beatse Virginis fuerit post ejiis animationem. Dans un autre endroit il s'exprime encore d'une manière plus précise (Sent. 111, dist. 3, q. 1, sol. 2) ' : « La sanctification de la bienheureuse Vierge ne put pas avoir lieu dans t instant même delà production de son àme, de manière que, par la grâce qui aurait été alors répandue sur elle, elle ne contractât pas lafaute originelle; » Nec eliam sanctifîcatio beatas Virginis potiiit esse in ipso instanti infasiojiis, lit scilicet per gratiam tune sibi infusam^ conservaretirr, ne cidpam originalem incurreret. Nous disons que saint Thomas semble au premier aspect écarter la sanctification de Marie dès le premier instant de sa conception. Mais, de fait, il n'en est rien ; car aucune de ces deux propositions ne contredit celle que nous soutenons. En eifct, toutes

invoque ce passage comme exprimant le sentiment de saint Thomas sur la sanctification de la sainte Vierge dans un sens tout opposé : In eadeni eliam quaestione art. 2, (S. Thom.) ponit ejus sanctificationis excellentiam quantum ad temporis prioritatem in hoc qxiod sanct'ificata fuit in sua animatione, h. e. in conjunctione animœ cum corpore in utero matris suec et non ante, quia sanctifîcatio et mundatio fit per gratiam, cujus suhjectum est anima [Summa Pntd. ad verbum Maria, a. 2, n. 10). De même un manuscrit récemment découvert dans la bibliothèque Malatesta, à Césène, et qui remonte au sii|6 siècle, s'écarte complètement à ce passage de la leçon des nouvelles éditions (Voj^ez Maccioli : Catalogus BibUothecx Malatestiancc Cesenx).

1. Ce passage est aussi avec raison contesté : Voyez Pierre d'Alva : Sol verilafis, p. 29G, p. 808 (Matrili 1G60) et Sfoudrate, 1. c, § il, n. 6, p. 117 sqq.

les deux ne placent le moment de la sanctification de Marie qu'à rachèvcment complet de sa conception. De plus, aucune des raisons alléguées par saint Thomas ne nous oblige à admettre qu'il ait voulu écarter la préservation du péché originel dans Marie par la grâce répandue même à ce moment dans l'âme de la Vierge. Le Docteur angélique enseigne positivement que Marie a été sanctifiée dans le sein de sa mère, mais seulement après que l'âme a été unie à son corps'. Mais pourquoi affirme-t-il ce point? Parce qu'avant d'avoir une existence personnelle, la Vierge n'était pas capable de recevoir la grâce. Avant que son corps ne fut animé, Marie n'a pas pu être sanctifiée. Elle le fut donc après l'union de l'âme à son corps. Cette conclusion est-elle conforme aux lois de la logique ? Entre les deux termes avant et après, on peut en insérer un troisième, à savoir, le monient même où son corps fut animé. Or c'est (!ans ce premier moment que Marie, ayant une existence personnelle, a été susceptible de la grâce et qu'elle a pu être sanctifiée.

Le saint Docteur n'a pas expressément posé la

1. Creditur in utero sanctificata, ante scilicet quam ex utero nasceretur. Non autem talis sanctiScatio praecessit infusionem auimae. Sic enim nunqiiam fuisset peccato originali subjecta et redemptione non indiguisset. Non enimsubjeetum pecc&ti esse potést nisi creatura rationalis. Siiniliter etiam gralia sanctificationis per prius in anima radicatiir nec ad corpus potest pervenire nisi per animani : unde post iufusionem anirnse credendum est eani sanctiflcatam fuisse. Comp. theol., c. 224, cire. med. If. IIF. qu. 27, a. 2, c; IV. dist. 43, qu. 1, a. 3, 3"'.

question de savoir si la bienheureuse Vierge Marie a été 'Sanctifiée dans le premier instant où son corps fut animé. Utrum Beata Virgo fuerit sanctificata in primo animationis instanti? Nous affirmons pourtant que telle a été sa doctrine renfermée dans cette proposition : La sainte Vierge a-t-elle été sanctifiée après que l'âme fut unie à son corps? Utrum sanctificata fuerit Bcata Virgo post animationem ejus? La préposition après, post, peut se rapporter soit à l'ordre du temps, soit à l'ordre des idées '. Dans le premier cas, on dit qu'il y a postériorité quant au temps, et, dans le second, postériorité logique. Si le terme après désigne un temps postérieur, il s'est écoulé un certain intervalle entre l'instant où l'ame fut unie au corps de la Vierge et sa sanctification. Si, au contraire, le terme après désigne une postériorité logique, dans ce cas le moment de l'union de l'âme au corps et la sanctification coïncident en un seul et même instant. L'une de ces choses ne précède l'autre que dans l'ordre logique, puisqu'il faut nécessairement concevoir que l'âme est existante avant qu'elle puisse être sanctifiée. Or, dans la proposition que nous avons rapportée, le terme après ne saurait désigner une postériorité de temps; car alors, cette conclusion serait fausse et indigne d'un aussi profond penseur que saint Thomas. Il y a

1. Saint Thomas fait lui-môine cette distinction, en parlant de la sanctification des auges et du premier homme (I. qu. 62, a. 3, et iju. 9o, a. 1; cf. III. dist. 13, qu. 1, a. I, 2'"). Déjà d'anciens thomistes, notamment Capponi de Porrecta, cité par Cornoldi, 1. c, pag. 34 et suiv., y ont eu recours pour l'explication de ce passage.

d94 LA DOCTIUNK SIJK LA VIERGE 3IARIE.

plus; le saint Docteur se mettrait en contradiction avec lui-même. En effet, dans cette hypothèse*, la Vierge Marie eût réellement et formellement contracté le péché originel. Et pourtant le saint Docteur enseigne implicitement et explicitement dans d'autres passages qu'elle en a été tout à fait exempte.

Si, au contraire, ce terme après ne désigne qu'une postériorité selon l'ordre de la pensée, non seulement la conclusion est juste, car la production de l'âme précède logiquement la sanctification, mais encore saint Thomas est alors parfaitement conséquent avec lui-même et pleinement d'accord avec le dogme de l'Eglise '.

§ 39. — Sokilioti des difficiiUôs que l'on oppose à cette interprétation de saint Tliomas.

Mais on nous dit : l'Ange de l'Ecole a formellement

l.Spada fait cette remarquetrès juste {Animadversïones ,&\.ç.., p. 84): Ex bis, quae disseruimiis, sequitur etiam, qiiod si S. Doctor ia hoc articulo assereret B. Yiryinem sanclificatam post auimatiouem posteriorila/e temporis, affirmaret, et negaret eodem tempore, B. Virginem in primo iastanli animatiouis fuisse subjectum sauctificatioais : Afjlrmaret, (|uia creatura vivificata anima ralionali in primo iustauti est subjectum sanclificationis, ut ex expositis patet : negaret autem quia per poateriontatem temporis, poneret, B. Yirginem non potuisse sanctilîcari uisi in secundo instauti ac ideo in primo instant! non fuisse subjectum sanctiflcationis : quod absurJum est quam maxime. Unde necessarium est necessitate loglca, ut in hoc articulo verbum post acciuiatur posterioritate nalurœ, et non temporis. Cf. Esnme crit., | III. n. 63-70, p. 70 sgg.

exclu comme l'instant précis de la sanctification le moment où l'âme de Marie fat unie à son corps, et il a dit expressément : a La sanctification de la bienheureuse Vierge n'a pu avoir lieu convenablement avant la production de son âme, parce qu'alors elle n'était point encore susceptible de recevoir la grâce; mais cette sanctification n'eut pas lieu dans l'instant même de la production de l'âme, de sorte que par la grâce qu'elle recevait elle put être préservée d'encourir le péché originel. » Sanctificntlo Bcatx Virginis mm potiiil esse dece?itcr ante infusionem animœ, quia gratige capax iiondiim erat, scd nec etiam in ipso instanti iufusionis, ut scilicet pcr gratiam tune sihi infusarn conservaretur ne culpam originalcm inciirreret. {\U Sent.^ dict. 3, qu. 1, a. 1, solut. 2.)

L'authenticité de ce passage a été niée. Mais même en l'admettant, ne peut-on pas dire que le sens de ce passage pris dans son ensemble est celui-ci : La sanctification de la bienheureuse Vierge n'a pu s'accomplir avant que l'âme ne fût unie à son corps, parce qu'alors elle n'était pas susceptible de recevoir la grâce. Elle n'a pu s'accomplir non plus dans le premier moment de la production de l'âme, en ce sens qu'en vertu de la grâce qui lui fût accordée en ce moment-là, elle aurait été exempte du péché originel, tel qu'il existe virtuellement dans le produit non encore animé de la conception, peceatum virtuale, ou encore, elle aurait été exempte de la nécessité de l'encourir, pcccatum formule.

Tel est certainement le sens de cette proposition.

196 LA DOCTKIXE Si;R LA VIERGE MARIE.

La thèse tout entière et les preuves qui servent à l'établir le démontrent amplement.

La question est celle-ci : La sainte Vierge a-t-elle été sanctifiée avant que lame fût unie à son corps? Si saint Thomas eût répondu ainsi : Marie n'a pu être sanctifiée avant que l'âme fût unie à son corps, parce qu'elle n'était pas alors susceptible de recevoir la grâce; elle ne l'a point été non plus dans le moment de l'animation de son corps, de sorte que sa personne eût été par là affranchie de la souillure du péché originel; si telle était la réponse de saint Thomas, nous dirions qu'il n'y a point de lien logique entre ces deux parties de la réponse, et partant point de réponse à la question.

En effet, il ne s'agit pas de savoir si dans le moment où l'âme fut unie à son corps la personne de la sainte Vierge est demeurée, oui ou non, exempte du péché originel, en vertu de la grâce de la sanctification. Mais il s'agit de savoir si elle a été sanctifiée avant que son âme fût unie à son corps, c'est-à-dire si elle a été exempte de la dette du péché originel, dehitum pcccati. Telle est la question que saint Thomas cherche à éclaircir. Et voilà pourquoi il répond afin de rendre sa thèse invincible : La sanctification de la bienheureuse Vierge n'a pu s'accomplir avant que son âme ne fût unie au corps. Elle n'a pu non plus faire en sorte que le produit non encore animé de la conception fût exempt de la corruption générale de la nature, condition fatale à laquelle il est assujetti

eu vertu de la loi de la génération, et dont il rend solidaire l'âme qui lui est unie. Et sur quelle preuve le docteur angélique établit-il son affirmation? Il l'établit sur ce principe : La bienheureuse Vierge Marie comme tous les hommes, le Christ seul excepté, a eu besoin d'être rachetée. Mais est-il possible de tirer de là cette conséquence : Donc l'âme de Marie n'a pu être sanctifiée dans le premier moment de sa création et de son union avec le corps ; donc elle n'a pu être préservée du péché originel; donc elle a dû réellement le contracter et en être souillée comme tous les autres individus de la race humaine? — Evidemment nou. Cette conclusion ne serait pas seulement contraire aux lois de la logique, mais elle serait encore en contradiction avec les principes de saint Thomas,, qui, ainsi que nous l'avons montré, considère la dette du péché, debitum peccati^ comme suffisante pour rendre la rédemption nécessaire. La démonstration employée par saint Thomas nous amène donc à donner à la question posée ci-dessus la solution suivante : La bienheureuse Vierge Marie n'a pu être sanctifiée dans le premier moment de l'union de l'âme à son corps, de manière qu'elle soit exempte de la dette du péché à laquelle ce corps était assujetti, avant que l'âme lui fût unie. Car, dans ce cas, elle n'eût en aucune manière encouru le péché originel, /;^cc«^//m virtualc, ni contracté la dette de ce péché, et alors, n'ayant pas eu besoin de rédemption, elle serait dans la même condition que le Christ, l'IIomme-Dieu, qui seul n'a point eu besoin de rédemption. Affirmer une pareille

proposition serait évidemment contredire la foi chrétienne '.

1. C'est dans ce sens que Capponi de Porrecta explique le passage cité : Verba illa maie iutelliguntur. Si enim juxta verum sensum Saneti Doctoris iutelligereQtur, siue ulla dubitaliooe ab omnibus {^ro veris, cuin sua ipsius ibi annexa probaliùue, tuto reciperenlur. Duobus namque modis cum sententia sua praedicta intelligi possit; modo tantum calholico intelligit atque intelligi vult eam D. Thomas. Pro qua re sciendum, quod si sanctificatio illa intelligatur fieri in illo instanti per gratiam infusam aainiae, creando scilicet animam illam in gratia, ita quod simul purgetnr caro illa ab iufectione contagîosa, qua secundum cursnm ordinarium conlaminare solet animam sibi advenienlem; tune impossibile est ista sanctificationis positio, stante fide hac, scilicet qnod Christus sit omnium liominum salvator a peccato. Nani si caro illa sive embryo a praedicta contagione simul fuerit emundata, nonne tune vides aperte, quod anima sibi infundenda non erit in periculo cadendi sive contrabendi peccatura originale ex onione ad caruem illam? Qucyl si non fuerit in periculo illo, numquid non tenuiter consideranti patet, quod illa anima non indiget adjutore aliquo dante sibi manum ne cadat? Quod si hoc; ergo manifeste constat, et quod a periculo cadendi (quod uuUum est) non indiget anima illa salvari per Christum et consequenter quod Christus non est universalis redemptor, quod est hseresis. Omnia clara siint et sic iutellexit Sanctus Ecclesiae Catholicai Doctor sententiam suam prœmissam, in cujus evidens signum, ipse ad probationem sui dicti adduxit hoc, scilicet ijuod tune B. Virgo non iiidiguisset redimi a peccato per Cliristum, cum tamen pro comperto liaberet, quod ad veritîcandain talem indigeutiam sutîecisset, ipsius animam fuisse in proximo periculo cadendi in originale. Sin autem sanctificatio illa intelligatur fieri in illo instanti infusionis animée per gratiam ei collatam, creando scilicet animam ipsam in gralia, ita quod caro illa embryonis remaneat corporali sua corruptioue infecta, tune possibilis est decenter, id est, salva tide, haec sanctificationis positio. Tune enim adhuc verum est, quod anima illa B. Virginis erat in periculo cadendi, quantum est ex poteutia sua naturali et carnis, quam mox informatura erat, nisi aliunde id est per gratiam ex merito Christi sibi datam ab illo casu imminente liberaretur. (Expl. in III. qu. 27,

Ces explications étant données, on, comprend pourquoi saint Thomas, d'accord avec d'autres théologiens de son époque, s'est prononcé contre la célébration de la fête de la Conception dfe Marie. Faisons cependant observer qu'il ne lui a point fait une opposition absolue, mais seulement en tant que cette fête était contraire à la pratique de l'Eglise Romaine à cotte époque, et en tant que l'objet de cette fête paraissait être la conception considérée à un point de vue trop matériel, conceptio carnis, sive seminnlis. A l'exemple de l'Eglise, l'Ange de l'Ecole veut que la fête rappelle, non point cette conception qui depuis le péché d'Adam est devenue le véhicule de la propagation du péché, mais bien la sanctification conférée à l'âme en même temps que l'existence et qui la préserve du péché. 11 veut que l'on solennise, non point la conception d'un produit non encore animé qui n'est point susceptible de recevoir la grâce ni d'être sanctifié, mais la conception de la personne auguste de la très sainte Vierge, capable d'être sanctifiée au premier moment de son existence, c'est à-dire au moment où son âme est créée dans la sainteté et unie à son corps '.

a. 2). Voyez Coruoldi 1. c, sect. 7, n. 28 sqq., p. 55 sqq.; Spada : Esaine crif. ecc, n. 108 sqq., p. 126 sqq., et principalement ses Animadversiones, n. IV, p. 59 sqq. — Suarez in III. qu. 27, a. 2, disp. 3, sect. 4, u. 7 sqq.

1. Licet Romana Ecclesia Conceptioneni B. Virginis non celebret , tolérât tamen consuetudinem aliqnariun Ecclesianiin illiid feslum celebrantiiim. Unde talis celobritas non est totaliter reprobanda. Nec tamen per hoc quod festum Conceptionis celebratur, datur intelligi,

La présente discussion avait pour objet de rechercher une méthode d'explication, relativement aux diverses assertions de saint Thomas sur la très sainte Yierge^ de manière à mettre le saint Docteur d'accord avec lui-même et avec le dogme de l'Eglise. Cette méthode d'explication se trouve dans l'enseignement du saint Docteur sur la génération humaine et la propagation du péché originel. La vraie connaissance de ses doctrines fondamentales conduit à affirmer : qu'il n'est aucune de ses assertions, en apparence défavorables A l'immaculée conception, qui soit contraire a la croyance actuelle de l'église.

quod in sua conceptione fueril sancta: sed quia quo tempore sanclilicala fnerit, ignoralur, celebratiir festum sanclificationis ejuspotius quam conceptionis in die conceptionis ipsiiis. III. qu. 27, a. 2, 3"'. — Circa celebrationem Conceptionis ejus diversa consuetudo Ecclesiarum iaolevit. Nam Romana Ecclesia et plarimae aliœ, considérantes Conceplionem Virginis in originali peccuto fuisse, festum Conceptionis non célébrant. Aliqui vero considérantes sanctifîcationem ejus in utero, cujas tempus ignoratur, célébrant Couceptionem; creditur enim quod cito post conceptionem et animœ infusionem fuerit sanctificata. Unde illa celebritas non est referenda ad Conceptionem ratione conceptionis, sed potius ratione sanclificationis. Sic ergo non est ideo celebranda Conceptio prajdicta, quia fueril sine peccato originali concepta. Quodlib. 6, qu. 3, a. 7 ; d'où Véga s'exprime ainsi: (Theol. Mav., t. I. Pal. 3, cert. 4, n. 249) : Ex quibus infero celebritatem illam de prima Conceptione inanimata B. Virginis, quse ab Ecclesia tolerabatur tempore S. Thomœ, solum ab ipso reprebeusam; tum et aD. Bernardo; non tamen celebritatem de sanclificatione formali facta in primo iustanti Conceptionis secundœ. Semblablement Plazza: Caiim immac. conc, Act. VII, a. 1, test. 3, n. 80 sq. Pour l'objet et le motif de cette fête, voyez Passaglia, 1. c. p. II, sect. 7, c. 2, nn. 1661 sqq. p. 1173 sqq. et en particulier concernant la pensée de saint Tbomas nn. 1700 sqq. p. 1221 sqq.

11 y eut, il est vrai, autrefois, un certain nombre de théologiens thomistes et de religieux dominicains qui, s'attachaut au sens superficiel des propositions du saint Docteur, combattirent avec quelque retentissement le glorieux privilège de la Mère de Dieu . Mais ces faits ne prouvent rien contre notre explication. Car il est d'autres commentateurs, tout aussi nombreux et plus savants, qui, ayant pénétré plus avant dans l'ensemble de la doctrine de saint Thomas, ont reconnu et démontré que l'opinion des adversaires reposait uniquement sur de fausses hypothèses ou sur des malentendus. Ils ont établi que l'Immaculée Conception, telle que l'Eglise l'enseigne aujourd'hui, loin d'avoir été niée par l'Ange de l'Ecole, est en parfait accord avec ses principes, et même en est une conséquence nécessaire ^

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