m. qii. 28, a. 1 et
la naissance de son Fils, nous est divinement attestée par la parole du prophète Isaie (vu, 11) : « Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils ; » parole reproduite dans les mêmes termes, d'abord à Marie, (Luc, 30) : puis à Joseph^, son époux (Mattii., i, 27), pour les instruire sur le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu. Il suffit de jeter les yeux sur ces textes pour être frappé de leur parfaite correspondance.
Matth., I, 18 sqq.
Hoc autem totum factum est, ul adimpleretur quod dictum est a Domino per prophetam diceotem (v. 22) .•
Is. VII, 14.
Cum esset dpywn- Ecce Virgo ("'zS^H 5a<a mater ej as Maria — r, -aoOivo;) Joseph,a///f g«a;» convenirent,
inventa est in utero habensde Spiritu Sancto (v. 18) = quod enim in ea nntuni est, de Spiritu Sancto est (V. 20).
Par iet autem fitium, et vocabis nomen ejiis Jes'im ; ip?e enim salvum faciet populum snum a peccatis eoraru (V. 21;.
COncipie({=z iv Yasrv.
>>T/i/£-a'. in utero liabebit)
e> pariet filiu)n{hehr.:
E:ce ipsa Virjoprœgnans et pariens filium) et vocabitur (vocabit - vocabant) nomen ejus Emmanuel (quod est inter-
Luc, I, 26 sqq.
Missus est angélus Gabriel a Deo... ad virginemdesponsalam viro cui nomen erat Josepb, et nomen virginis Maria (v. 27) — quomodo tiet istud, quoniam virum non cognosco (v. 34)?
Ecce concipies in utero (Spiritus Sanctus superveniet in te etc.
et paries filium et vocabis nomen ejus Jesum (v. 31).
— Itaque quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei (y.
pretatum : Nobiscum Deus. Matth., i, 23).
Et vocabitur nomen Hic erit magnus et
ejus : Admirabilis, Filius Allissimi voca-
consiliarius, Deus bitur, et dabit illi
etc.. Super soliiim Dominus Deus sedeni
David et super re- David patris ejus et
gnum ejus sedebit... regnabit in domo Ja-
(Is. IX, 6 sq.) cob iu œternum (v. 35).
11 est facile de le voir par ce rapprochement,, l'Ancien Testament et le Nouveau se répondent, l'un est la prédiction, l'autre est l'accomplissement '. Le prophète voit la conception et la naissance de l'Homme- Dieu dans le sein d'une vierge, comme un événement arrêté dans les décrets de Dieu -. L'Ange l'annonce comme un fait accompli. Le Voyant inspiré saisit dans
1. Primo promiltit signum : Propter hoc ipse dabit signum vobis vestree liberationis... Secundo ponitur ipsum signum: Ecce virgo; et primo ponitur miraculosa conceplio : Ecce virgo, manens virgo in partu, concipiet et pariet filium... Et hoc totum nullum simile habet in aliis, quia novum est. Jer. xxxi : « Creavit Deus novum super terrara : raulier (vel femina) circumdabit virum » i, e. perfectum hominem in ipsa conceptione, quamvis non secundum quantitatem perfectam... Unde concordantia alia nonpotest liaberi de ipsa prophetia jiisi ipsa historia. Luc. i : « Ecce concipies et paries filium, « significatum EzECH. xi,iv : « Porta hœc clausa erit et non aperietur, et vir non transibit per eam, quoniam Dominus Deus Israël ingressus est per eam. » E.rp. in h., c. 7. (Ed. Vives, voL 18.)
2. Prophetia dicitur praenuntialio eorum, qua; sunt procul, i. e. futurorum. Sed futurorum quaedam sunt, quae solus Deus facit... Praenuntiatio illorum, quse solus Deus facit, vocatur prophetia prxdestinationis, sicut conceptus Virginis : unde illud Is. vu, 14 : « Ecce virgo concipiet » est prophetia prœdeslinalioni?. Exp. in Matth., c. 1. (Ed. Vives, vol. 19.)
une intuition en dehors des limites du temps, la Vierge concevant et enfantant son Fils. L'Ange vient s'entretenir avec cette même Vierge, et ses paroles sont l'écho de la prophétie. Seulement, ce qui était demeuré voilé et ohscur dans les paroles du prophète, le mystère de la Vierge-Mère, est éclairci sur un point capital par la désignation de l'agent surnaturel qui doit intervenir : « l'Esprit-Saint viendra en vous, j Spiritiis Saiictus supcrveiiiet in te, k moins de nier la connexion étroite qui existe entre l'Ancien et le Nouveau Testament, on est ohligé d'accorder que cette prophétie se rapporte au Messie, et que, d'après le sens naturel des mots, d'après le contexte et l'explication qu'en donne l'évangéliste saint Matthieu (i, 22), elle ne peut se rapporter qu'à l'IIomme-Dieu et à la Vierge-Mère '.
Entrons dans le détail.
Ecce Virgo concipiet, voici que la Vierge concevra. Dès le premier mot ecce, voici, nous sommes avertis qu'un événement important, extraordinaire va avoir lieu. Ecce Virgo, i(?oJ r. ttv.oOv^oz, voici la vierge, c'est-
1. Scieudum quod in veleri Testameato aiiqiia sunt, qu« referup- Uir ad Christum et de eo solo dicuntur sicut iUud : « Ecce virgo ia utero concipiet et pariet filiiim. » Is., vir, 14. Et si qviis alium sensum lilteralem poueret, esset hœrelicus et haeresis damuata est. Exp. in Matth., c. 1. (vol. 19, p. 18). — Hic datur signuni ad credendum — hoc auteiu siguum est de Cliristi iucarnatioae. Exp. inls.,c. 7, vol. 19. Voyez sur cette prophétie Reiuke : La prophétie de la Vierge et de l'Emmanuel (Munster 1848), Paielli : L'Emmanuele e la Madre-Vergine seconda Isaia, dans la revue : u La Sciejiza e la Fede, « 1876, IV. 1, p. 9 sgg.
à-dire, la vierge incomparable, singulière, supérieure à toutes les femmes par la virginité, à toutes les vierges par la fécondité, et même à tous les esprits célestes, par la sublime dignité du fruit qu'elle produit \ On ne peut objecter que le mot hébreu r\diV\j, traduit dans la version des Septante par le mot h -v.pOi-Jo;, la vierge, signifie, d'une manière générale^ une jeune fille nubile, non encore mariée, mais non point précisément une vierge, au sens propre du mot nS'rn, d'où il suivrait que ce terme n'exprime pas nécessairement l'idée d'une vierge concevant et enfantant un fils. C'est le contraire qui e'st vrai, et le prophète paraît avoir choisi à dessein le terme ~di'j'^ qui vient de la racine nS", abscondere , cacher, pour désigner^ non pas seulement une jeune fille, mais une vierge gardée, ou plutôt séquestrée, selon la coutume orientale et dont l'intégrité ne peut être mise en doute. L'auteur inspiré parle d'une vierge qui, après avoir conçu et enfanté, ne cesse pourtant pas d'être vierge. C'est là ce qui résulte clairement de tout le contexte. En effet, il donne comme garantie à la promesse qu'il vient de faire d'un secours divin un signe extraordinaire, une merveille inouïe, et il l'annonce
1. Notandum super illo verLo Ecce virgo, quod dicitur Ei:ce, propler emineuliam siagularem : quia supra mulieres propter virginitateni ; unde dicit : Eccc viryo. Secundo supra virgiaes propler fœcuuditatem; unde dicit : Concipiet. Tertio supra Angelos omnes propter fructus diguitatem; unde dicit : Parict filium. Hebr. ii : « Nonquam Augelos apprehendil, sed semen Abrahae apprebendit. » Exp. in h., c. 7, cire. f. (1. c. p. 462.)
ainsi solennellement : « Yoici la Yierge concevant et enfantant, » Ecce Virgoprœgnans et pariens. Or, cette vierge n'est nn signe merveilleux et extraordinaire qu'à la condition de demeurer vierge en concevant et en enfantant '.
On fait une autre objection, mais qui n'est pas plus sérieuse que la précédente. Il n'est question, diton, dans cette prophétie que du fils et de l'épouse du roi Achaz, ou du fils et de la femme du prophète.
1. Item objiciunt, quoJ iu Hebrseo non est « virgo, » sed « ah/iah, » ijuae apud eos significat javenculam nubilem, siculhabetur Gen. xxiv, de Rebeccb, ubi nos habemus : « Piiella décora nimis, '> et ipsi habent « almah. » Etsi etiam habeatur « belhulah, » quod apud eos significat virginem, non oportet, quod manens virgo conciperet, quia poterat esse, quod (jute tune erat virgo, postea ex semiue viri corrupta concepissct. Ad quod dicendum, (\noà nullum signum essct, si juvcncula conccphset et etiam virgo corrupta. Dominus autem aliquod magnum vohiit significare, cum dixit: In profundum infernisive in excelsum supra. Ideo autem apud eos pouitur magis « almah -> quam juvencula, quia « almah » significat virginem, secundum nominis origiuem et adhuc plus, custoditam, de qua non possit baberi mali suspicio. Sed « bethulah » significat secundum usum loquendi posteriorem. Ib. (p. 461, col. Ij. — Sciendum autem quod Judîei specialiter objiciunt contra istam auctoritatem, quia in Hebrœo non liabetur Virgo, sed H'^Sî?, quod idem est quod adolescentula. Unde ad litteram non sunt dicta de Christo, sed de Emmanuel, vel de quodam filio Isaise secundum alios. Sed contra hosobjicit Hieronymus. Et quod de filio Isaiae non potuerit dici, probatur, quia jam erat natus, quando hoc dictum fuit. Item non invenitur aliquis famosus fuisse tempore illo, qui vocaretur Emmanuel. Item non est signum quod juvencula pariât. Unde dicit Hieronymus, quod nj2 Si* est sequivocum et significat quandoque œtatem, quandoque absconditam ; et tune significat virginem sludiose conservalam ; et sic significat hic. Exp. in Matth., c. 1. (Ed. Vives, vol. 19.)
Examinons cette hypothèse. Ezéchias fils d'Achaz, roi de Juda, avait dix ans, lorsque son père monta sur le trône. Il n'est donc point l'enfant promis dans la prophétie. Quant au fils du prophète, il n'a jamais été roi en Judée, ainsi que doit l'être l'Emmanuel promis au chapitre VIII^ En outre, il n'y a rien eu d'extraordinaire dans sa naissance '. Enfin, nous ne voyons, ni chez le fils du roi, ni chez le fils du prophète, rien qui approche du portrait tracé dans la dernière partie de la prophétie concernant l'Emmanuel, le rejeton de la Vierge-mère -.
(v Un petit enfant, nous est né, » est-il dit, « et un fils nous a été donné (Isaïe, xix). Il porte sur son épaule le signe de sa principauté, et il sera appelé l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père de l'éternité, le Prince de la paix. Il s'assiéra sur le trône de David, pour l'affermir maintenant et à jamais (Isaïe, ix, vi et suiv.). »
1. Expoiiunt autem dupliciter. QuiiJam de Ezechia, quidam de filio [saiae, quem fingunt esse Emmanuel vocatum. Sed quod primum nou possit stare, sic ostenditur, quia Ezéchias erat 23 aunorum, quaudo cœpitregnare(IVREG.,xviii.) et Achaz regnavit 16 annis (IVReg., xvi); ergo Ezéchias erat 10 annorum, quando pater suus iucepit reguare; et sic non promittitur hic uasciturus... Ilerum quod secuudum non possit stare, ostenditur, quia hoc nullum signum fuisset. Et praeterea filius Isaiœ non fuit Dominus Judacœ, cum tamen dicatur iufra 8., terra Judaea esse Emmanuel possessive. Et ideo oportet quod intelligatur de filio Dei. E.rp. m Is., 1. c.
2. Judaei exponuut hoc de Ezechia. Sed palet, quod regnum ejus nou fuit corrohoratum iu aeteruum, nec nomina conveniuut sibi, qute sigaificant divinam emineutiam. Propter quod Septuagiuta subticueruut et posueruut loco dlorum : Mayni consilii Angélus. Ib. c.9.
Au contraire, tout s'accorde si l'on rapporte la prophétie à la conception et à la naissance du grand Roi, du Messie qui doit sortir de la maison de David. Eu efTet, la vierge qui conçoit et qui enfante en restant vierge, est celle-là même que l'Ange a saluée, qui est pleine de grâces et bénie entre toutes les femmes. Elle conçoit et enfante, sans connaître un homme, virum non cognosco, mais sous l'opération du Très- Haut, et par la vertu du Saint-Esprit qui la couvre de son ombre, Spiritus Sanctus supcrveniet in te. Son fils s'appelle, et il est véritablement Emmanuel, c'està-dire, Dieu avec nous, Dieu dans la nature humaine, Dieu fait homme. Filins Dei et hominis, Jésus le Libérateur et le Sauveur de son peuple, auquel le Seigneur Dieu a donné le trône de David, son père, qui régnera dans la maison de Jacob éternellement, et dont le règne n'aura point de fin \ Ainsi le prophète et l'Ange sont pleinement d'accord dans l'annonce de ce fait. La mère d'Emmanuel, du Messie promis, du Christ, Fils de Dieu, est vierge dans la conception et dans l'enfantement de son Fils. C'est parce quelle est une vierge pure et intacte que Dieu députe vers elle un pur esprit, un ange pour lui annoncer que la prophétie s'accomplira dans son sein immaculé -.
1. Exp. in Matth., c. 1, (1. c. p. 17) ; cfr. Exp. in Is., c. 7. Sur le nom d'Emmanuel et sur les attributions qui lui sont données, c. 9.
2. Conveniens fuit, Matri Dei annuntiari per angelum divinae incarnatiouis mysterium... quia hoc congruebat virginitati Matris Dei. L'uda Hieron. dicit in serm. Assumptionis : Bene angélus ad Virginetn mitlitur, quia semper est angelis cognata virginitas. Profedo in carne
Pour faire briller davantage cette couronne qui ceint le front de la mère du Seigneur, et pour écarter d'elle jusqu'à l'ombre d'un soupçon, relativement à l'intimité où elle vit avec Joseph son fiancé, l'évangéliste dit en propres termes : « Avant que Marie et Joseph n'eussent demeuré ensemble, Marie se trouva ayant conçu du Saint-Esprit (Matth., i, 18), » et un peu plus bas nous lisons : « Et Joseph ne l'avait pas connue, quand elle enfanta son fils premier-né (i,2o)'. Et si nous entendons l'Apôtre, dansl'Epître aux Galates (iv, 4), dire que le Christ est « né de \a. femme, » nous ne saurions en conclure que la virginité de sa mère a subi quelque atteinte. Le terme millier, femme dans l'Ancien Testament, désigne tout d'abord le sexe et l'honneur qui lui appartient -. Ainsi, 'dans la Genèse, Eve est appelée femme, bien qu'elle soit encore vierge.
^41. — Correspondance entre le mystère de la Vierge-Mère effle mystère de rHomme-Dieu.
Etre conçu et naître d'une Mère-Vierge est un pri-
prstcr carnem vivere, non terrena vita est, sed cœlestis. III. qu. 30, a. 2, in f. c. It. III. dist. 3, qu. 3, a. 2, qu. 1, in sol.
1. Et ne aliquis suspicaretur, quod copula carnalis interveniret, subjungit : Et non cognoscebat eam. Exp. in Mattli., I. c.
2. Vitandus esterrorEbionis, qui dicit, Christum ex Josepb semine esse natum : motus ad hoc 'ponendum per hoc quod dicitur : Ex muliere. Nam secundum euiu luulier tanlum importât corrui)lioneni. Sed hoc est falsum : (luia hoc uomen muUer in sacra Scriptura de-
vilège que le Fils de Dieu s'est réservé pour lui seul '. 11 fallait le seiu inviolable de Marie pour faire surgir cette fleur du ciel : « 11 sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de sa racine, et sur cette fleur se reposera l'Esprit du Seigneur, i; Ce sont là les paroles d'Isaïe (xi, 1) -. De ce que ce fait est unique dans les annales de l'histoire humaine, ce n'est pas une raison pour en rejeter dédaigneusement la vérité; au contraire, le mystère dune Vierge-Mère répond parfaitement au mystère d'un Homme-Dieu. Cesdeuxmystèressont inséparables. Ils nous montrent réunies dans une même personne deux idées que la raison, laissée à ses seules ressources, doit séparer, mais que la foi unit et dont elle rend l'union en quelque manière compréhensible. Ainsi, en nous disant: Le Yerbe s'est fait chair, c'est le Dieu-Homme, Emmanuel ; la Vierge concevra et enfantera, c'est la
signât etiam sexuin ualuralem, secuudum illud Gex., m, 12: » Millier qiiam dedisti milii sociam dédit luihi de ligno et comedl. » Vocal enim eam niulierem, qiue lamen adliuc erat virgo. Exp. in Gai., 4. lect. 2. (Ed. Vives, vol. 21.) Item in Joan. c. 2, lect. 1. (Ed. Vives, vol. 19.) III. qn. 28, a. 1, S"'. Non necesse erat seniper quasi caute et timide Mrgiiiem dicere, qiium mulier sexuu\ magis significat quam copulam viri. S. Hierou. Cormn. in Gai., 4, 4.
1. Hoc euim privilegium sibi soli servabatur, ut virgo conciperet Filium Dei. Comp. tJteol., op. 1, cp. 232.
2. Is., XI, 1 sq. Egredietur virga — virga cui nuUus fructus adhaesit; de radice Jesse : de progeuie Jesse, qui fuit paler David... Quantum ad processr.m filii ex maire virgine (dicit) : et ftos — Christus... (]uia Christus dicitiir flos propier Marise puritatem. Gant, i : « Ecce tu pulclira es, arnica mea » et ibid. : « Ecce tu pulcher es, dilecte mi » et ib. 2 : « ego flos campi et lilium couvallium. » — Ascendit : quia de cœlo venit, super omues est. S. Thom. iu h. I.
Vierge-Mère, la foi nous enseig-nc que la sagesse et la puissance infinies de Dieu ont uui la divinité à l'humanité dans l'unique personne de Jésus-Christ, et la virginité avec la fécondité dans la personne de Marie. La vérité de l'un de ces faits permet de conclure à la vérité de l'autre. L'Incarnation du Fils de Dieu est une garantie de ia double dignité de Marie ; et la Yierge-Mère nous amène de son côté à reconnaître l'Homme-Dieu. En effet;, Marie est mère et pourtant vierge; Marie est vierge et pourtant mère; elle est l'un et l'autre parce, qu'elle est Mère de Dieu. Et Jésus- Christ, son fdS;, est reconnu comme Fils de Dieu, parce que Marie sa mère est en même temps vierge '.
Examinons en détail les raisons pour lesquelles la virginité et la maternité ont dû être réunies dans la personne de Marie.
1. Il fallait que Marie fût vierge, en raison delà dignité du père de son fils. En effet, il ne convenait
1. Ita Christiis vohiit veritatem sui corporis demonstrare. quo.l etiam ejus diviuitas declararetur. Et ideo permiscuit mira hamilibiis. Uade ut corpus ejus verum ostenderetur, nascitur ex fœmina : sed ut ostenderetur ejus divinitas, nascitur ex virgiue. Talis enim jmrtus decet Deum, ut Ambros. dicit in hymno Natlvitatis. III. qu. 28, a. 2, 2". — Nidi enim mater virgo perseveraverit, uliqne purus homo est, qui est nalus, nec erat partus mirabilis. At si etiam post partnm virgo permaiisit, quomodo non etiam erit Deus ac mysterium, quale nemo efTari potest? Nulia is corruptions natus est, qui niillo proliibeute clausis januis ingressus est, cujus Thomas conjunctas naluras videns, exclamavit dixilque : Do7ni?ius meus et Deus >neus! {ioxy.. xx. 28). S. Procl. Oral. I. i?i Deip. Cfr. Thomassinus : Dogm. theol. De incarn., \. 2. c. 3, n. 8 et 9. — Franzeliu : De verho inc, éd. ait. Ihes. VU. coroU. p. 59 sq.
pas que Jésus-Christ, le vrai Fils de Dieu selon la nature, eût un autre père que Dieu, ni que la dignité paternelle de Dieu fut reportée sur une simple créature.
2. Il fallait que Marie fût vierge, en raison de la sublime origine de son Fils. En effet, le Fils de Marie est le Verbe éternel. Il devait donc être conçu et naître du sein de sa mère, comme c'est le propre de la Parole d'èlre conçue et de naître du cœur, sans aucune lésion dn noble organe, d'où elle procède. Il convenait que le Fils de Marie se montrât dans sa naissance humaine comme le Verbe éternel du Père et que le sein maternel de la Vierge fût en quelque sorte une ressemblance de l'ineffable sein du Père duquel il resplendit '.
3. Il fallait que Marie fût vierge, en raison de la sainte humanité de Jésus-Christ. Il a dû, en elTet, être pur et immaculé celui qui est venu en ce monde pour en ôter toute impureté. Il fallait qu'il n'eût aucune atteinte du péché originel, pas même comme une
1. Similiter aiitem manifestum est, quod couveniens erat, ut in ipsa generatioue humana Verbi Dei aliqua proprietas spiritualis geuerationis Verbi reluceret. Verbum autein, secundum quod a dicente progreditur, sive interius conceptum sive exterius prolatum, corruptionem dicenti noa affert, sed magis perfectionis plenitudo per verbum a'teuditur iu dicente. Conveniens igitur fuit, ut sic Verbum Dei secundum humauam geueratiouem coueiperetur et nasceretur, ut luatris integritas non corrumperetur. Quum hoc etiam manifestum est, quod Verbum Dei, quo omnia conslituta sunt et quo omnia in sua integritate conservaatur, sic nasci decuit, ut per omnia matris integritatem servarel; conveniens igitur fuit, liane generationem fuisse ex virgine. S. co7it. yent., 1. IV, c. 45.
dette contractée par tout homme qui naît selon les lois de la nature, celui qui devait être le Sauveur de tous les pécheurs. Pour ne pas encourir le péché de la race humaine, il ne devait point avoir de père parmi les hommes.
4. Il fallait enfin que Marie fût vierge, en raison du but auquel tend l'Incarnation. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour que les hommes deviennent enfants de Dieu, non point par une naissance opérée par la volonté de la chair ni par la volonté de l'homme, mais par la volonté de Dieu ; et puisque sa propre conception et sa propre naissance devaient être le modèle de notre naissance spirituelle, il fallait qu'il eût une mère vierge '.
Le Christ qui était venu en ce monde pour réconci-
1. De même qu'Adam par Eve tirée de lui s'est propagé dans la race humaine et l'a entraînée dans sa chute, de même le Christ a voulu que, par un ordre inverse, Marie, de laquelle il était né, fût introduite dans la race humaine, afin de la relever de sa chute par une régénération qui est imitée de sa naissance temporelle dans le sein Marie, à l'image de sa naissance éternelle dans le sein de sou Père : possùmus autem notare mystice, quod conceptio Virginis significat conceplionem fidelis aniœae (S. Thom. op. 53 (al. GO) : De Immanitate Christi, a. 3) et, parce que cette régénération effectuée par le Saint-Esprit ne cesse de s'accomplir dans le sein de l'Église, elle est représentée par les Pères comme une imitation de la fécondité virginale de .Marie. Virgo est Ecclesia : dicturus es mihi forte, si virgo est, quomodo paril Blios?... Respondeo : et virgo est et parit. Mariam imitatur, quai Domiuum peperit. Numquid non virgo sancta .Maria et peperit et virgo permansit? Sic et Ecclesia et parit et virgo est. Et si considères, Christum parit, quia memhra ejus sunl, qui haplizantur... Si ergo memhra Christi parit, Mariai simillima est. S. Aug. serm. 213, c. 7.
lier les hommes avec Dieu ne pouvait pas, dès sou entrée parmi eux, commencer son œuvre, en permettant qu'une atteinte fût portée à la dignité de sa mère. Celui qui a imposé le commandement d'obéir àson père et à sa mère ne devait pas par sa naissance diminuer l'intégrité de sa mère \ mais la consacrer. Celui qui
1. Quod enim Cbristus sil conceptus ex Virgiue, coûveniens est propter quatuor. Primo propter mittentis Patris diguitateiu couservaodam. Cum enim Christiis sit venis et naliiralis Dei filius, non fuit conveniens, quod aliiim palreni haberet quam Deiini, ut dignitas Dei Patris transferretur ad aliuuj. Secundo hoc fuit conveniens proprietati ipsius filii, qui miltitur, qui quidem est Verbum Dei. Verbum autem absque onini corruptione cordis concipitur : quinimuio cordis corruptio perfecti]verl)i conceptionem non palitur. Quia ergo caro sic fuit a Verbo Dei assumpta, ut esset caro Verbi Dei, conveniens fait, quod etiam ipsa sine corruptione uialris conciperetur. Tertio hoc fuit conveniens dignitati humanilatis Cbristi, in qua locum peccatum habere non debuit,rper quam peccaUim mundi tollebatur, secundum illud JoAN., I : Ecce agnus Dei, scilicet innocens, qui tollit jjeccatu7n mundi. Nonjpoterat autcni esse, quod in
cubitu caro nascerelur sine [infectione originalis peccati. Quarto propter ipsuni finem Incarnationis Cbristi, quae ad hoc fuit, ut homines renascerentur in filios Dei, non ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri, sed ex Deo, id est, ex ipsa Dei virtute : cujusreiexemplar apparere debuit in ipsa conceplione Cbristi. Uude August. dicit in lib. de sancta Virginilate (c. 6, anle nied. 10, 6) : « Oportebat, ca put nostrum insigni miraculo secundum carnem nasci de \irgine, quo significaret membra sua de virgine Ecclesia secundum spiritum nascitura. » III. qu. 28, a. 1, c. — Secundo hoc est conveniens quantum ad effectum Incarnationis Christi. Nam ad hoc venit, ut nostram corrupliouem tolleret. Unde non fuit conveniens, ut virgiuitatem matris nasceudo corrumperet. Tei-tio fuit conveniens, ne matris honorem nascendo diminueret, qui parentes prseceperat honorandos. Ib. a. 2, c. Voilà pourquoi l'Église dit dans sa prière : Qui natus de Virgine inatris integrilatem non minuit, sed sacravit, etc.
venait enseigner la chasteté, apprendre à faire aimer la pureté, ne pouvait souffrir que le sein duquel il avait été conçu et enfanté subit la moindre atteinte ', Pour nous faire approcher de l'état qui suivra la résurrection, où les hommes seront comme les anges du ciel, le Fils de Dieu s'est montré au monde dans la continence et la vertu parfaite, et il a voulu que ces vertus, retracées dans la vie de ses fidèles, fussent en quelque sorte une image de la gloire future. 11 convenait donc que dès son entrée dans la vie sa naissance du sein d'une vierge fût une recommandation de la vertu de pureté ". Ni sa conception ni sa naissance, réalisées d'une manière contraire au cours de la nature, ne pouvaient être des choses impossibles ^
1. Nota hic quatuor rationes quare Cliristus de virgiue nasci voluit... Secunda, quia Christusprœcipuus fuit doctor castitatis (Matth., XIX, 12). Tertio '^V0T^\.ev jmrilalem et munditiam (Sap., i, 4). Uude decuit, ut venter matris i" is nuUa corruptione poUueretur, etc. Exp. in Matth., c. 1, (1. c, p. 14).
2. Ad hoc eninf Dei Filius veniebat in mundum carue assumpla, ut nos ad resurrectionis slatum pronioveret, in que neque nubent neque nubentur, sed erunt homines, sicut Aageli in cœlo. Uude etcontinentiae et integritalis doctrinam introduxit, ut in fldelium vitaresplendeat aliqualiter gloriae futurœ imago. Conveuiens ergo fuit, ut etiam in suo ortu vilae integritatem commeudaret nascendo ex virgine. Comp. theoL, c. 229.
3. III. qu. 28, a. 1, 4°". — Comme ce fait apparlient entièrement à l'ordre surnaturel, il ne saurait être combattu par des raisons tirées des sciences naturelles; les objections scientifiques sont souvent une preuve de l'ignorance crasse des savants dans les matières religieuses qu'ils critiquent. Ainsi Haeckel, le chef des Darwiniens allemands dans son Anl/tropofjonie (Leipzig, 1874) fait celte remarque : " Dans les organismes supérieurs, la propagation sexuelle* est la règle gêné-
à celui qui avait formé le premier homme du limon de la terre, qui devait sortir du tombeau sans briser le sceau qu'on y avait apposé, et qui devait pénétrer, les portes étant closes, dans l'assemblée de ses disciples K
raie et la propagation non sexuelle ne se montre jamais ou très rarement. Ainsi, chez les animaux vertébrés, la Parthénogenèse n'a jamais lieu. C'est là ce qui rend impossible le prétendu dogme de l'Immaculée Conception » (VII, page 134, note 31 de la page 711). Comment peut il confondre le dogme de l'Immaculée Conception, c'est-à-dire de l'exemption de Marie du péché originel, avec le dogme de sa virginité, c'est-à-dire de la permanence de son intégrité dans la conception du Christ? Ne voit-il pas qu'il y a ici H'iuserlion d'une force surnaturelle et que la voie naturelle n'a point à élever de droits? — C'est ainsi que les aveugles parlent des couleurs!
1. Sed nec in partu ejus virginitas fuit violata. Corpus enim Christi, quod ad discipulos januis clausis inlravit, potuit eadem potestate de utero clauso matris exire. Com2), theol., c. 225, in f. — Omnia ista facta sunt miraculose per virtutem divinam. Unde August. dicit super Joan. (tract. 121, inter med. et fin. tom. 9) : « Moli corporis, ubi divinitas erat, ostia clausa non obstiterunt; ille quippe non eis apertis intrare potuit, quo nascente virginitas matris inviolata permansit. » Et Dionysius dicit in quadam epist. (scil. 3, ad câjuni, cire, med) « quod Christus super homiuem operabatur ea quœ sunt hominis. E. hoc monstrat Yirgo supernaturaliter concipiens, et aqua instabilis terrenorum pedum susliuens gravitatem. » III. qu. 28, a. 2, 3". Saint Thomas ne rejette pas la tentative d'expliquer la permanence de la virginité de Marie pendant l'enfantement par une anticipation qu'aurait eue le corps du Seigneur et celui de sa sainte Mère de certaines qualités des corps glorieux (Voyez Franzelin : 73e Verbo inc, p. 119, sqq.). Toutefois, il préfère avoir recours simplement à la toute-puissance divine, n'essayant même pas de soulever le voile qui cache cet enfan tement virginal aux investigations de la physiologie : Partus autem ille et conceptus totus mh-aculosiis fuit. Quidam lamen dicunt, quod Christus tune dotem subtilitatis assumpsit. Sed primum est melius (IV. dist. 30, qu. 2, a. 3, o">; it. S. Th. 1. c.). Son commentateur Sua-
Marie demeura donc pure et immaculée, vierge, dans la conception et l'enfantement de son Fils. C'est pour cela qu'elle est la Yierge par excellence^ la Reine des vierges, la seule qui ait uni la fleur de la virginité au fruit béni de la maternité '. Et parce qu'elle n'a pas conçu son divin enfant selon la voie ordinaire de la nature corrompue, elle ne l'a pas enfanté non plus sous la malédiction du péché. Son enfantement fut affranchi des douleurs et des gémissements qui, depuis le premier péché, sont le lot de la femme. (Genèse, m, 16). C'est dans la joie et dans le ravissement du bonheur que la Yierge-Mère mit au monde riIomme-Dieu \ Elle s'est soumise au précepte de la
rez estime que cette modestie et cette réserve doivent servir de règle au théologien catliolique : In hoc mysterio securius magisque cousentaneum Christiause modestiae est, fateri, ineffabili et incomprehensibili modo Christum exivisse de utero malris, quam talem modum in particulari curiosius inquirere. In III. qu. 28, a. 3, disp. 5, sect. 2, u. 14, in fin.
1. B. Virgo fuit cxcdlens in virginitate, imo Regina virginum; et quia excellenter habuit de virore virgiuitatis, ideo fructum fecit mirabilem. S. Thom. Sermo de Nat. B. Virg., publié par Uccelli : « / Gigli a Maria, » 1. c, p. 133. Sola autem benedicta est inter mulieres, cujus virginitati additur fœcunditas, fœcunditati in conceptu sanctitas, et sanctitati in partu jucunditas. Patetergo in bis Virginis excellentia. Opusc. 53 (al. 60) : De humanitate Christi, a. 1 (Ed. Vives, vol. 27). L'Église a honoré ce mystère dans tous les temps, en célébrant Marie comme : « virgo virgiuum, » « mater inviolala et intemerata, » et en chantant dans la préface de la messe De li. M- Virg. : Quœ et Unigenitum tuum S. Spirilus obumbratione concepit et virginitatis gloria permanente lumen œternum mundo effudit, J. Chr. D. N.
2. Dolor parientis causatur ex apertioue mealuum, per quos proies egreditur. Dictuui est autem supra, quod Christus est egressus ex
220 LA DOCTRIMi SUR LA VIERGE MARIE.
purification, non parce que l'oblig-ation de cette loi la concernait, mais pour se rendre conforme à son divin Fils, qui voulut lui-même porter le fardeau de la loi, bien qu'il ne fût pas astreint à l'observer, afin de donner aux hommes l'exemple de l'humilité et de l'obéissance '.
§ 4'2. — Marie est deinourée vierge, après l'enfantement de son P^ils.
Marie est restée vierge après la naissance de son divin Fils "".
clauso utero matris : et sic nulla violentia apertionis meatuum ibi fuit. Et propter hoc r» iflo partu nullus fuit dolor, sicut nec aliqua corruptio; sed fuit ibi maxima jwunditas ex hoc, qiiod homo Deus est uatus in inimdiuii, seciindum illud Isa., xxxv : Genninans germinabit, sicut lilium, et exultabit lœtabunda et laudans. III. qu. 35, a. G, c. et 1"". — Qusectuiqiie enim mulier concipit, necesse estquod aerumnas patiatur et cum dolore pariât, prceter B. Virginein, quae sine corruplione concepit et sine dolore pcperit, quia ejus conceptio non fuit secundum legem naturae a primis parentibus derivata. 2. II. qu. 164, a. 2, 3™. Cf. S. Beruardus : Hom. 3, super Missus est else)'?n. 4, m vig. Nativ.
1. Sicut plenitudo gratiae a Christo derivatur iu matrem : ita decuit ut mater humilitati filii conformaretur. Humilibus enim Deus dat grattant, ut dicitur Jacobi 4. Et ideo sicut Cbristus, licet non esset legi obuoxius, voluit taraeo circumcisionem et alia legis onera subire, ad demoustraudum liumilitalis et obedientiœ exempluui, et ut approbaret legem, et ut calumniae occasionem Judaeis tolleret; propter easdeni ratioii-s voluit et matrem suam implere legis observantias, quibus tamen non erat obnoxia. III. qu. 37, a. 4, c. et l"".
2. Simpliciter est asserendum, quod Mater Dei sicut virgo concepit et virgo peperit, ita eliam et viigo post partum in sempiternum permansit. III. qu. 28, a. 3, c. in f.
Ce fait aété nié parHelvidius qui prétendait qu'après la naissance de Jésus-Christ, l'épouse de Joseph aurait eu plusieurs enfants '. Saint Thomas repousse cette erreur avec indignation, et comme un exécrable blasphème, aussi contraire à la Sainte Écriture et à la foi traditionnelle de l'Eglise, qu'au sentiment chrétien qu'il blesse profondément -.
Les saints Pères présentent comme une image très fidèle de l'inviolable virginité de Marie la porte du sanctuaire dont il est question dans le prophète Ezéchiel (44, 2); cette porte « demeurera fermée, et nul homme n'y passera, parce que le Seigneur Dieu d'Israël est entré par cette porte et qu'elle demeurera perpétuellement fermée ^. » Ils trouvent comme un
1. Virgiûitati ejus post partum Ilelvidius quidam idiota et sacerdos (?) ausus est derogare, quod loquacitatem facundiam aestimans, accepta materia disputandi, a Llasphemiis matris Dei incepit, dicens eam post partum a Joseph cognilam. IV. dist. 30, qu. 2, a. 3, in sol. (d'après saint Jérôme, Libr. adv. Ilelvidium).
2. Absque omni duhio delestandus est error Helvidii, qui dicere praesumpsit, Matrem CLrisli post partum a Joseph esse carnaliter cognitam et alios filios genuisse. III. qu. 28, a. 3, c. Abominandus error est Helvidii, qui etiamsi asserat Christum ex virgine conceptum et natum, dixit tamen eam postmodum ex Jose[)h alios filios genuisse. Comp. Iheoi, c. 233. Cfr. Hxp. in Epht. ad Gai., c. 1, lect. 5, circa fin.
3. Le saint Docteur s'appuie ici sur le passage suivant de saint Augustin : Quod exponens Augustinus in quodam sermone dicit : Quid est porta in domo Domini clausa, nisi quod .Maria semper erit Intacta? Et quid est : u homo non transibit pcr eam, « nisi quod Joseph non cognoscet eam? Et quid est : « Dominus solus intrat et egreditur per eam,- « nisi quod Spiritus Sanctus imprœguabit eam, et Angelorum Dominus uascetur per eam? Et quid est: « clausa erit
écho de cette prophétie dans les paroles que Marie adresse à l'Ange, (Luc. 1, 34): «... puisque je ne connais point d'homme, » dans lesquelles la plupart d'entre eux aperçoivent l'expression d'un vœu de perpétuelle virginité '. Enfin, ils voient encore l'affirmation de celte vérité dan^ la tendre sollicitude pour la Yierge-Mère que montra le Qirist expirant, en la recommandant au disciple vierge, saint Jean -. (Jean, 19, 26). Même en faisant abstraction de ces preuves positives, la négation de la perpétuelle virginité de Marie présente le caractère d'une odieuse absurdité, en raison des conséquences monstrueuses qu'elle en^ traîne, et qui blessent profondément le sentiment chrétien.
En effet, cette négation porte atteinte à la dignité de Jésus-Christ. Il fallait que le Fils unique du Père. selon sa nature divine, et, par conséquent, le plus parfait des fils fût aussi, selon sa nature humaine, le fils unique de sa mère, et concentrât en sa personne toute la perfection du caractère de fils.
Cette négation serait un outrage au Saint-Esprit. Le sein de la Yierge, qui avait été sanctifié par l'opération de l'Esprit-Saint, ne pouvait être profané par la conception d'aucun autre mortel. Quelle âme chré-
in fEternuru, « nisi quod Maria Virgo est ante partinn, et Virgo iii partu, et Virgo post partiim? III. qu. 28, a. 3, in cont. »
1. III. qu. 28, a. 4, in cont., saint Thomas en appelle de nouveau à l'autorité de saint Augustin.
2. Dominus in cruce pendens Virginem matrem virgini discipulo custodieudam dimisit. Exp. in Joan., c. 2, lect. 2, .(1. c. p. 335.)
tienne pourrait supporter la seule pensée que le sein très auguste de Marie, qui a conçu et enfanté le Fils de Dieu, put s'ouvrir à quelque autre créature? Non, de même que le tombeau où le corps du Seigneur a été déposé ne renferma, ni avant, ni après, aucune autre dépouille mortelle, de même le sein de Marie n'a renfermé aucun autre homme que Jésus, l'Homme- Dieu '.
La négation de la virginité de Marie est une atteinte portée à l'honneur et à la sainteté de la Mère de. Dieu. La plus noble entre toutes les créatures se fût montrée de toutes la plus ingrate, si, peu reconnaissante d'avoir conservé le trésor de la virginité en enfantant le Fils de Dieu, elle eût jamais consenti à y renoncer. Peut-on seulement supposer que cette créature privilégiée, comblée de tant de grâces de Dieu, afin qu'elle devînt une demeure digne du Verbe incarné, et dont le Saint-Esprit avait fait son sanctuaire; que cette créature, préservée du péché originel et de tout péché actuel, ainsi que de toute inclination au péché ; que cette Mère très sainte et cette Vierge très pure ait jamais pu livrer son àme à quelque amour qui ne fût pas l'amour de Dieu -?
i. Abhorret fiJes calholica, quod sanctificatus ille virgineus utérus, qui Deum prolulit et homiDem, protulisset postmodum alium homiueiii mortalem... Sicut in sepulchro ubi positum fuerat corpus Domini uec ante nec postca jacuit corpus; sic utérus .Mariae nec aute nec postea quidquum mortale coucepit. E.i'p. in Joan., c. 7, lect. 1. (Ed. Vives, vol. 19.)
2. Postquam facta est sacrariuui Spiritus Saucti et babitaculum Filii Dei, uefas est credere non soluni aliquem motum peccati in ea
22 i L\ DOCTRINE SUR LA VIERGE MARIE.
Enfin, nier que Marie soit demeurée vierge serait déroger à l'honneur dû à saint Joseph, le très chaste époux de Marie, qui environna de tout son respect celle que l'Ange lui avait désignée comme l'épouse du Saint-Esprit et la mère de son Dieu et Sauveur. Toute la vie de ce grand saint auquel avaient été confiés la Vierge-Mère et le divin Enfant, ne fait-elle pas plutôt conclure qu'il a gardé toute sa vie la plus parfaite chasteté '?
§ 43. — Réponses aux difficultés soulevées par les hérétiques.
Contre ces conclusions rapportons quelques-unes des difficultés soulevées par les hérétiques :
L'Evangéliste saint Matthieu, nous disent-ils, (ch. i,
fuisse, sed nec eliam carnalis coûcupiscenliœ delectationem eam fuisse expertam. Comp. tJieoL, c. 233.
1, Hoc enim jm'mo derogat Christi perfectioni : qui sicut secundum divinam naturam unigenitus est Patris, tanquam perfectus per omnia filins ejus; ita decuit, ut esset unigenitus matris, tanquam perfectissimum germen ejus. Sectmdo hic error injuriaui facit Spiritui Sancto, cujus sacrariuui fuit utérus virginalis, in quo carnem Cliristi formavit. Unde non decebat, quod de caetero violaretur per commixtionem virilem. Tertio derogat dignitati et sanctitati Matris Dei, quce ingratissima videretur, si taulo Filio contenta non esset, et si virginitatem, quae in ea miraculose conservata fuerat, sponte perdere vellet per Garnis conculMtum. Quarto etiani ipsi Joseph esset ad maximam praesumptionem imputandum, si eam, quam révélante Angelo de Spiritu Sancto Deum concepisse cognoverat, poUuere attentaret. III. qu. 28, a. 3, in c. — Cum ergo Joseph fuerit specialis custos Virginis et etiam Salvatoris in puerilia, credibile est enm virginem fuisse. Exp. in Joan., c. 2, lect. 2. (Ed. Vives, vol. 19.)
18), dit expressément de Marie et de Joseph : « Qu'avant qu'ils demeurassent ensemble, il se trouva qu'elle avait conçu du Saint-Esprit. » Et, dans un autre endroit, il ajoute : « Et il ne l'avait point connue, quand elle enfanta son premier-né (1, 25). » Il semble donc indiquer qu'il n'en fut pas ainsi dans la suite. Dans le même évangéliste, Jésus est appelé « le premier-né ou l'aîné. » Il faudrait donc supposer qu'il a eu des frères puînés. Et, en effet, il est plusieurs fois question dans les saints évangiles des « frères de Jésus '. »
De pareilles interprétations ne peuvent è[re inspirées que par le sens grossier et matériel des hérétiques ou des Juifs. Jamais dans l'Eglise la croyance en la constante virginité de Marie n'a été un seul instant ébranlée. D'ailleurs, le sens véritable et naturel des passages de l'Ecriture, ne laisse pas subsister Tombre d'une difficulté.
C'est une locution fréquente dans la sainte Ecriture (et la grammaire n'y contredit pas), de marquer par l'adverbe de temps : jusquà ce qiie^ en latin douce, ce qui a eu lieu dans un temps précédent, sans que l'on puisse en conclure que le contraire est arrivé dans un temps qui a suivi -. Prenons quelques exemples.
1. Et quia fit mentio de fralribus : iJeo est occasio bceresis, quoJ cum virgo genuisset Jesum, Joseph cogaovit Mariam, et genuit inde filios; quod haereticum est, quia postpartum virgo inviolata permansit. In Matlh., ç. 12. (Ed. Vives, vol. 19.) — In Joan., c. 2, lect. 2. (Ed. Vives, vol. 19.)
2". III. qu. 28, a. 3, !■". IV. dist. 30, qu. 2, a. 3, l-». — Saint Tho-
Au deuxième livre des Rois (vi, 33), il est dit de la fille de Saùl : « Micliol n'eut point d'enfants jusqu'au jour de sa mort. » On ne saurait en inférer qu'elle eut des enfants après sa mort. Au psaume 109, il est écrit : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de marchepied. » Voudrait-on en conclure que le Fils de Dieu, assis sur son trône pendant tout le temps que durera la lutte contre ses ennemis, sera détrôné après la victoire '?
mas (III. qu. 29, a. 2, 3™.) comprend, comme saint Jérôme, saint Chrysostôme et d'autres, ces paroles « antequmyi conveniretit — rpiv T, ffuvsXOEÏv aÙToûî » — du devoir conjugal, tandis que pour u'autres convenire signifie le passage de la fiancée dans la maison de son futur époux, pour reconnaître son autorité et recourir à sa protection jusqu'à ce qu'ait lieu la célébration du mariage. Saint Thomas préfère la première explication « (primum tamen magis consouat Evangelio. » 1. c), sans toutefois rejeter la seconde; [In Matth., c. 1, 1. c. p. 14; voir sur cette question Patrizi : De Ecangeliis, lib. 3, diss. 13, n. 8, ainsi que sa dissertation : De prima angeli ad Josephum Maris sponsum legatione, n. 19 sqq. p. 14, et n. 36, p. 27 sq.; voir aussi Osvrald : La Rédemption (I. p. 303 sqq.).
1. Usque vel donec in Scripturis dupliciter potest intelligi. Quaiidoque enim désignât cerlum tempus, secundum illud Gal., m : «propter transgressionem lex posita est, donec veniret semen, cui promiserat. » Quandoque vero signât infinitum tempus, secundum illud PsALM., cxxii : « oculi nostri ad Dominum Deum nostrum, donec misereatur nostri, » ex quo non est intelligendum, quod post impelratam misericordiam oculi avertantur a Deo. Et secundum hune modum loquendi significantur ea, de quibus posset dubitari, si scripta non fuissent : cetera vero nostrse intelligentiae derelinquuntur. Et secundum hoc Evangelista dicit, Matrem Dei non esse cognjtam a viro usque ad partum, ut multo magis intelligamus cognitam non fuisse post partum. III. qu. 28, a. 3, 3™. — Evangelistee ex eo quod minus est credibile, dimiserunt intelligendum hoc quod magis credibile est. Minus autem credibile est, quod virgo concipiat (quod
Le fils « premier-né, » d'après le texte de la Genèse (xxiv, 3o), quand même il n'avait aucun autre frère, héritait du droit d'aînesse et de tous les privilèges qui y étaient attachés. Nous voyons, en effet, en saint Luc (il, 27), que le Christ ofTre dans le temple le sacrifice imposé par la loi au premier-né de chaque famille '.
Quant à ceux qui sont appelés dans le Nouveau Testament les « frères de .Jésus, » et dont les noms sont rapportés en saint Matthieu (xiii, ©3)^ ce sont des cousins ou des proches parents du Seigneur -. ils ne sont jamais appelés les fils de Marie et celle-ci n'est jamais désignée comme leur mère. Le seul nom que les évangélistes donnent à la très sainte Yierge est l'auguste nom de Mère de Jésus. Ce qui prouve avec la dernière évidence que Jésus est son seul fils à l'exclusion de tout autre. De là, cette expression de saint
Evangelistae dixerunl), quam quod postpartum virgo conservetur; et ideo non ciiraveruut hoc dicere. IV. dist. 30, qu. 2, a. ?, 3™. — Dubium esse poterat, an ante partum Filii Dei Joseph Mariam cognoverit : unde hoc Evàngelista removere curavit, quasi indubitabile relinquens, quia post parlum non fuit coguita. Comp. theol. c. 233. — In. Mallh., l. c. Cfr. Patrizi 1. c. n. 26 sq. p. 19 sq.
1. Primogenitus dicitur ante quem uuUus, quaravis post ipsum non sit alius : alias unigeuiti jus primogenituree non habereut, nec debuissent Deo offerri in lege : quod falsum est. IV. dist. 30, qu. 2, a. 3, 2°>. III. qu. 38, a. 3, 4». In Matth., 1. c.
2. Elvidius intellexit, istos esse fîlios Maria?. Sed hoc falsum est, sed fuerunt consobriui ejus. Vel dicuntur fratres, quia de cognatione' Joseph, qui putabatur esse pater Jesu. Gen., xiii, 8 : « Non sit contentio iuter me et te : fratres enim sumus, » dixit Abraham ad Lot ; cum tamen Lot esset filius fratris. In Malth., c. 13, (1. c. ib. c. 12.) In Joan., c. 2, lect. 2, c. 7, lect. 1.
228 LA DOtTIUXE SUR LA VIERGE MARIE.
Marc qui nomme avec intention Jésus, « fils de Marie, » 6 <jioti Tvji Mv.piy.i {\'\, 3)'. Ceux qui sont appelés les frères de Jésus ne sont nullement les fils de Marie; car s'ils l'eussent été, c'est bien à ejiix et non à saint Jean que le Sauveur eût recommandé sa mère du haut de la croix. C'était à eux qu'il appartenait de recueillir leur mère ^.
L'Evangile nomme comme étant frères de Jésus Jacques, José (selon la Vnlgate Joseph), Juda et Simon (Mattii., XIII, 55, Marc, m, 3), Si ces personnages ne sont pas les fils de Marie, mère de Jésus, de qui sontils fils et dans quels rapports de parenté se trouventils avec le Seigneur et avec sa mère pour pouvoir être appelés les frères de Jésus?
Deux explications ont été données.
Selon la première, les frères de Jésus seraient les fils d'un premier mariage de saint Joseph. Cette opinion, nous devons le dire, n'a pas d'autre fondement
1. (Mater Domini) in evangelio non consuevit nominari nisi cum cognomiuatioue hujus digaitatis, quod sit mater Jesu. III. qu. 28, a. 3, Gi".
2. C'est une preuve qui est souvent employée par les saints Pères : Qui si MaricB filii fuissent... nunquam in tempore passionis Joanni apostolo trauscripla esset in matrem. Hilarius m Matth., c. 1, n. 4. Si Maria liberos habuisset aut superstes vir ejus fuisset, car illam Joanni, Joaunem illi commendaret?.. Nimirum Joanni propler virginitatem hoc tribuit. Epiplianius ha3r. 78, u. 10. Istud postremo Domini testamentum liquide demonslrat, qui quo tempore in cruce erat ac vivifica morte fungebatur, Joanni virgini genitricem Dei commendavit atque amborum virginitates copulavit. Isidorus Pelus. 1. 1, c. 18. De la même manière saint Ambroise, De inst. Virg., c. 7, Chrysostôme, hom. 5. in Matth., n. 3.
que le récit très contestable des évangiles apocryphes '. On ne la trouve soutenue .que par quelques Pères grecs et elle n'a jamais eu d'autorité dans l'Eglise. De tout temps on a cru au contraire que saint Joseph, aussi bien que Marie, avait gardé une perpétuelle virginité. Si le Sauveur en mourant a choisi parmi ses disciples, pour lui confier sa mère, celui qui était demeuré vierge, comment pourrait-on admettre que l'époux de Marie, que le protecteur de sa vertu ne fût pas demeuré vierge comme elle "'?
D'après la seconde explication, les frères de Jésus seraient les fils d'Alphée ou de Clopas (selon la Yulgale, Cléopas), etd'une autre Marie que saint Matthieu (xxvii, oG). et saint Marc (xv, 40) désignent comme la mère de Jacques le Mineur et de José (Joseph). C'est cette Marie que saint Jean (xix, 23) appelle Marie de
1. Cfr. Siiarez in III. qii. 28, a. 3, disp. 5, sect. 4, n. 3.
2. Fuil eliam opinio, quod isli essenl lilii Joseph dealia uxore. Sed hoc niliil est : quia credimus quod sicut mater Jesu fuit virgo, sic Joseph ; quia virgini virginem commendavit, et si.;ut ia fine, sic etiam et in principio. In Matth., c. 13, 1. c. — Alii vero diciint, quod Joseph ante Beatam Virgiuem habuit aliam uxorem, de qua habuit filiuni Jacobum, et alios : qua moiiua accepit in uxorem Beatam Virginem, de qua uatus est Christus; non tamen cogriita a Joseph, sed per Spirilum sanctum, ut in Evangelio dicitur. Quia ergo ex pâtre nominantur cognationes, et Joseph pulabatur pater Christi, ideo iste Jacobus, licet non fuit filius Virginis, tamen vocabatur frater Domiui, Sed hoc est falsum : quia si Doniiuus uialrem virginem noluit nisi virgini commendare custodiendam, quomodo suslinuisset spousum ejus virginem non fuisse, et sic perstitisse? Expos, in ep. ad Gai., c. 1, lect. 5. (El. Vives, vol. 21.) Cfr. In Joan., c. 2, lect. 2. (eJ. c. IV. dist. 30, qu. 2, a. 3, 4">.
233 L.\ DOCTUINK SUR LA VIIÎRGE 3IARIE.
Cléophas et aussi la sœur de la Mère du Seigneur. Que signifie cette appellation : Marie de Cléoplias, Maina Cleopœ, Uv.oiy. â toO K/o-à? Au point de vue grammatical, elle peut désigner aussi bien la femme que la fille de Cléophas. Saint Tiiomas admet l'une et l'autre signification. D'après une tradition qui s'est perpétuée jusqu'au xvi siècle, et qui n'a été abandonnée que par les exégètes modernes, sainte Anne aurait été trois fois mariée '. Cette « autre Marie d serait donc la fille d'Anne et de Cléopas ; elle serait ainsi la sœur utérine de la sainte Yierge qui descendrait alors d'un premier mariage d'Anne avec Joachim. Suivant une autre explication, Cléopas serait l'époux de l'autre Marie et le parent ou frère de saint Joseph ". Jacques, le fils de Marie de Cléopas, Maria Cleopx, que l'évangile désigne principalement comme le « frère du Seigneur, » qui est appelé ainsi par saint Paul (Galat. 1, 19), et qui reçoit dans les Actes des Apôtres le nom de fils d'Alphée, Jacobus Alphxi, serait dans ce cas le fils de Marie de Cléopas. Or Cléopas et Alphée sont-ils deux personnes différentes ou deux noms différents d'une seule et même personne? Saint Thomas incline à croire qu'Alphée et Cléopas sont