‹ La doctrine sur la Vierge MArie, ou marialogie de saint Thomas d'AquinChapitre 65 sur 71 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ASSOMPTIOxN DE LA TRÈS SAINTE VIERGE.

Virginis privilegium est, quod cum coi'pore suo in cœlo vivit.

C'est un privilège de la Vierge que son corps soit déjà réuui à son âme dans le ciel.

Hugues de Saint-Victor.

§ 46. — Pieuse croyance à l'Assomption de Marie.

La vie véritablement angélique de la très sainte Vierge avait été, dès le premier instant, une ascension continue, une croissance de grâce en grâce, de vertu en vertu, de mérite en mérite jusqu'à ce que, après la fin de son existence terrestre, elle passât, pour ainsi dire de plain-picd, dans la gloire éternelle '.

1. In sui glorificatione consummata est ejns gratia perficiens eam in fruilione omnis boni. III. qu. 27, a. 5, 2"». — In terlia exaltatione ejus per gratiam perfectam, in gloriam tran<eiintem fini conjuncta est, ex que perfecta immobilitas causatur. III. dist. 3, qu. 1, a. 2, qu. 3, sol. 3.

Marie eut une fin (ie l'existence terrestre comme les autres hommes, ainsi que l'Eglise le reconnaît dans sa liturgie '. La virginale Mère du Sauveur du inonde se soumit à la mort pour partager en toute C-iOse le sort de son divin Fils, Elle ne mourut point pour acquitter la dette ou le châtiment du péché, mais pour se soumettre à l'ordre établi de Dieu et à une condition de la nature humaine qui n'avait point dans le principe un caractère de pénalité. Ce ne fut point une maladie corporelle, mais l'amour de Dieu et l'aspiraticui ardente de se réunir à son divin Fils qui peu à peu et sans douleur détachèrent sou âme de son corps et amenèrent la fin ■. Aucune conception humaine ne saurait mesurer la profondeur et la force de cet ardent amour qui remplissait l'àme de Marie. Aussi, cette mort ne causa point la dissolution de son corps. La grâce qui prévint le péché, en sanctifiant Marie, au moment même où elle entrait dans la vie, prévint aussi toute dissolution au moment où elle sortit de ce monde. Aussitôt après avoir rendu l'esprit, la bienheureuse Mère de Dieu entra dans la céleste béatitude. Par la vertu de Dieu son corps immaculé, mis à l'abri de toute dissolution, fut ressuscité et réuni à son âme.

Cette doctrine sur l'assomption du corps de la Mère de Dieu n'a pas, nous le reconnaissons sans peine, la

i . Cf. Orat. in missa assumpt. iû Sacramentario S. Greg. 2. Suarez iu III. qu. 38, a. 4, disp. 21, sect. 1. n. 4. Cf. Van den Berg : B. Virgo Maria imago Dei et ss. Trinitatis, p. 50 sqq.

même valeur dogmatique, que celle qui concerne son immaculée Conception, L'antiquité chrétienne est unanime à l'affirmer; l'Eglise la professe et témoigne de sa foi par la célébration d'une fête comptée parmi les plus anciennes et les plus solennelles '. Voilà pourquoi les théologiens considèrent la négation de cette doctrine comme « extrêmement téméraire '. »

La résurrection du corps glorieux de Marie et la réunion de ce corps à son âme sont un privilège de la sainte Vierge qui suit logiquement des autres privilèges qu'elle avait reçus ; c'est le complément nécessaire d'une vie et d'une nature tout extraordinaires et surnaturelles. Tel est le sens que les Pères de l'Eglise ont donné à la pieuse tradition relative à la fin de Marie. Telles sont les idées que les théologiens du moyen âge ont affirmées et démontrées pour l'instruction des siècles futurs ^

L'un des témoins les plus autorisés de cette doctrine est saint Thomas d'Aquin, Pour établir que Ma-

1. Cf. Gaudiu : Assumptio corporea B. Mariœ V. vindicata, Par. 1C70, et, parmi les modernes, le savant article de de Lui a : / voti de' cattolici e l'assunzione dl Maria ss. L'auteur essaie dedonner les raisons d'une définition dogmatiijue à intervenir sur l'Assomption de la sainte "Vierge, dans la revue : La Sàenza e la Fcde, 18G9-70. IH. vol. 7-10.

2. Cauisius : De Mar. Virg., lib. V, c. 5; Suarez, 1. c., sccl. 2, n. 9. — Bened. XIV, De f est. B. Mar. Virr/., lib. II, c. 8, n. 15.

3. Certe quidem ss. Doctores probabiliter sentire videutur et rationabiliter probare nituntur, et fidèles liuuc seusuui pie amplectuutur, videlicet, quod B. Maria jam cum corpore sit assumpla et corpusjam omnino cum anima sit glorificatum. S. Bouaveutura : Spee. B. Mar. Virfj., lecl. 12.

rie a été sanctifiée dès le sein de sa mère, il s'appuie sur la relation qui existe entre le commencement de sa vie et le fait de son assomption glorieuse. L'Ecriture ne parle ni de l'une, ni de l'autre. Or, dit le Docteur angélique, de même que saint Augustin déclare, malgré le silence de la sainte Ecriture, que Marie a été enlevée au ciel dans son corps, de même on est autorisé à admettre, sans l'appui des textes sacrés, qu'elle a été sanctifiée dans le sein de sa mère ^

Dans son Explication de la salutation angélique, saint Thomas établit que Marie, exempte de tout péché, a été aussi exempte de la malédiction du péché, surtout de la peine portée contre l'homme et la femme condamnés à la mort et à la corruption. « C'est de cette peine, dit-il, que Marie a été exempte, parce qu'elle a été enlevée dans le ciel avec son corps; car nous croyons qu'elle a été ressuscitée après sa mort et transportée au ciel. )> Il insiste à cet endroit sur la figure de l'arche d^alliance faite d'un bois incorruptible, si souvent employée parles saints Pères - et par l'Eglise elle-même, licite les paroles par lesquelles le prophète exprime le double mystère de la résurrection de Jésus-Christ et de celle de sa sainte Mère :

1 . De sanctificatione B. Mariae, qiiodscil. fuerit sanctificala in ulero, niliil in Scriptura canonica traditur, quœ etiam nec de ejnsnativitate mentionem facit. Sicut lamea Augnstinus in serm. de Assumpt. ipsius Virginis rationahililer argamentetur, qiiod cura corpore sil assumpta in cœlum (quod tamen Seriptura non tradit), ita etiam rationabiliter argumentari possumu?, quod faerit sanctificata in utero. III. qu. 27, a. 1, c.

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