‹ La domination du moineChapitre 10 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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Retournons de quelques jours en arrière, et suivons Silvio qui, la mort danslYime, reconduisait rinfortuiuv» Camille à la demeure de son père.

Après ravoir portée une partie do la route, quanti elle voulut marcher, il la soutenait avec une tendre pitié. Son amour pour la pauvre enfant avait été si profond, si naïf qu'il lui était impossible de ne pas chercher toutes les circonstances atténuantes de la chute.

Il ne voyait en elle que la victime de la violence la plus lâche, de la plus exécrable des trahisons.

Tous les deux marchaient silencieux et mornes.

Depuis bien des mois, Silvio avait évité de s'approcher de l'habitation abandonnée par Camille. Il craignait d'aviver une plaie trop douloureuse , et il ignorait absolument comment Marcello avait supporté son épreuve.

Un cruel pressentiment s'emparait de lui à mesure qu'il avançait, et c'est avec un serrement de cœur inexprimable qu'il s'engagea, en quittant la route, dans rétroit sentier qui mène à la chaumière.

Les aboiements d'un chien le tirèrent, ainsi que sa compagne, de leurs sombres méditations.

Une expression de douce joie se répandit sur la figure de Camille et elle hâta le pas.

— Fido, Fido ! s'écria-t-elle.

Mais elle s'arrêta, interdite. Le souvenir de sa honte l'accablait. Immobile, elle courbait la tête.

C'est alors que Silvio sentit se réveiller tout ce qu'il avait de tendresse dans son âme. L'amertume qui l'avait rongé durant les longs mois de disparition de Camille s'évanouit et se dissipa entièrement.

Il n'a pas osé parler pendant le trajet qu'ils venaient de faire, tant il redoutait de trahir son émotion. 11 cherchait avec trop de persistance des excuses à la faute de l'infortunée pour que cette faute ne fût pas toujours présente à sa pensée.

Mais lorsqu'il vit la pauvre femme qui s'appuj^ait timidement sur son bras, et qui, de temps à autre, levait furtivement les yeux dans l'espoir de lire sur les traits de son ancien amant la pitié exempte de mépris, — lorsqu'il la vit s'arrêter, pale et tremblante, rappelée au sentiment de son humiliation par les cris du Adèle animal, il oublia tout, excepté qu'il aurait la force de la protéger contre les attaques d'une armée tout entière.

Un instant il craignit le retour d'un accès de folie, et, passant son bras autour de la taille de la jeune

La bOMiNATioN bu moine 5^

femme, il lui dit avec un accent d'une douceur infinie :

— Ne craignez rien, Camille! Venez avec moi.

N'avez-vous pas reconnu la voix de Fido, de votre petit chien? Il a entendu votre pas, il accourt vous souhaiter la bienvenue.

Le chien, en effet, accourait. Pendant une seconde il hésita, puis il se précipita sur Camille, sautant, hurlant de joie, et s'efforçant de lui lécher la figure et les mains.

Un tel accueil eût touché un cœur de bronze.

Camille éclata en sanglots. Elle voulut se baisser pour caresser le charmant animal, mais, vaincue par toutes les émotions qu'elle venait d'éprouver, elle tomba sans connaissance sur le sol humide de rosée, car le jour commençait à poindre.

Le jeune chasseur la souleva, l'enveloppa soigneusement de son manteau, puis la déposa doucement par terre. Il la laissa ainsi sous la garde du fidèle chien, tandis qu'il allait s enquérir de Marcello.

Les aboiements aA^aient réveillé les habitants de la chaumière. Un enfant, debout sur le seuil, examinait avec inquiétude ses alentours. Cette visite matinale paraissait lui inspirer peu de confiance.

— Marcellino ! appela Silvio, qui reconnut immédiatement le jeune garçon.

Au son de cette voix aimûe, Marcellino s'élança en avant et vint se jeter au cou de son ancien camarade et protecteur.

— Où est Marcello, mon bravo ? demanda Silvio. Des larmes furent l'unique réponse de Tenfant. Silvio, fie plus en plus inquiet, renlit renaître sej

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plus sombres prcssonliments ; il répéta avec insistaiice :

— Marcellino, où est votre parrain ?

— Il est mort ! sanglota lo pauvre petit.

— Mort ! Marcello mort I Mon Dieu ! serait-ce possible ! lui, mon pauvre ami! le père de Camille... O Dieu I pouvez-vous permettre que les caprices d'un scélérat causent tant de souffrances et des souffrances si atroces à des êtres aussi bons, auss^i excellents que ceux-ci !

Silvio, en proie à la plus poignante douleur, baissa la tète et ses pleurs se mêlèrent à ceux du jeune garçon qu'il tenait étroitement serré contre son cœur.

— AU ! s'écria-t-il, si je n'espérais voir bientôt se lever le jour où mon pay?, mon beau pays, sera arraclié des mains des prêtres, je plongerais ce poignard dans mon sein. Écrasé par d aussi affreuses humilialions, jamais je ne voudrais revoir la lumière d'un autre jour !

Il surmonta bientôt sa douleur pour penser à l'orplieline étendue sur la terre fraiclio, à quelques pas de lui. Il entraîna Marcellino vers Tendroit où il l'avait laissée.. Les yeux de la malheureuse ne s'étaient pas ouverts.*

— Pauvre Camille ! niurmura-l-il, en contemplant le visage pàl;3 et la beauté ilétrie de la joiino fenim?. Pauvre enfant perdue! pauvre orpliGlinoI Pourquoi l'éveillerais-;e? Tu ne commenceras que trop tôt une vie de larmes, do repentir, de misère î

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