‹ La domination du moineChapitre 19 sur 69 · LE TRAITRE · texte numérisé non relu

LE TRAITRE

Le gouvernement pontifical avait été réveillé de sa léthargie par la libération de Manlio et l'exécution du cardinal. On renforça les troupes^ on garda sous les armes tous les soldats ^ alidcs, romains ou étrangers ; la police était sur pied, elle arrêtait au hasard des citoyens de tous rangs : les prisons regorgeaient.

Un membre des Trois-Cents — honte et malédiction I — s'était laissé corrompre. Nouveau Judas, il se vendit pour espionner les mouvements de ses frères.

Heureusement, il n'était pas du petit nombre des braves, parmi les braves, qui avaient prêté la main à l'attaque de la prison ou à la délivrance de Clélie et de Silvia ; mais il avait connaissance de la convocation pour le 15, et en avait dûment informé la police.

Les conspirateurs italiens ont toujours une conti*e-

police. Les Trois-Cents avaient la leur, à la léte de laquelle était placé Muzio.

Son costume de lazzarone le servait admirablement dans cette mission. Grâce à ce déguisement, il pouvait souvent faire parler les espions des prêtres, car les /

prêtres emploient comme espions les pauvres, les malheureux qui mendient leur pain dans les rues et sur les marchés de Rome.

Mais cette fois il n'avait rien découvert, et cela se comprend. Un des Trois-Cents ayant été soudoyé, on n'avait aucunement besoin d'avoir recours à tout ce système d'espionnage.

Le dernier conspirateur était entré dans le passage souterrain. Attilio avait élevé la voix et avait demandé :

*^ Les sentinelles sont-sUes à leur poste ?

Pour toute réponse, on entend un son étrange, long, sourd ^ comme le sifflement du serpent.

C'était le signal d'alarme de Muzio.

Lui-même ne tarde pas à paraître. Sa haute taille se dessine sous Tarche.

— Il n'y a pas de temps à fJordre, dit-il, nous sommes déjà cernés d'un côté par la troupe armée, et un second corps s'approche de la sortie sud.

Ce danger imminent, au lieu de faire trembler tous ces jeunes cœurs, les remplit d'une ardeur nouvelle. Leur courage est sans bornes, leur résolution inébranlable.

Attilio promène les yeux sur cette vaillante petite bande. Il voit que nul ne bronche.

Il ordonne alors à Silvio et à deux autres d'aller en reconnaissance.

Une seconde sentinelle accourait en ce moment et corroborait le dire de Muzio.

Les autres sentinelles tardaient à paraître. Attilio craignit qu'elles n'eussent été arrêtées, et le cœur du jeune chef se serra à cette pensée.

Silvio, heureusement, vint le rassurer ; il les avait vues près de l'entrée du souterrain.

Il fut interrompu par le bruit de quelques coups de feu, et au même instant les sentinelles en question entraient pour avertir leur chef que les troupes s'assemblaient en grand nombre et qu'elles avaient tiré sur une flle qui avait osé avancer.

Tout retard pouvait perdre nos conspirateurs. Attilio le sentit, et il commanda à Muzio de charger avec un tiers de leurs forces, lui-même suivrait avec le second tiers , et Silvio conduirait l'arrlère-garde.

— C'est l'heure de l'action, non celle des discours, ajouta-t-il d'un ton bref. Peu importe le nombre des soldais qui nous entourent, il faut au moyen do nos poignards nous frayer une route au travers de leurs lignes.

Il dit alors à Muzio de ne prendre que vingt hommes et de tomber rapidement sur l'ennemi. Lui, Attilio, le suivrait de près.

MUKlo eut promptement rangé ses vingt hommes. Il enveloppa son bras gauche de son manteau, saisit son arme de la main droite et commanda l'attaque.

Une seconde après, la troupe rangée vit surgir de la sombre et silencieuse entrée du souterrain un

La DOMINATIO^I DU MOlNB lOO

bataillon dUiommes furieux, qui se rua sur elle. Les fusils n*avaient pas eu le temps de s'abaisser que déjà ils étaient arrachés des mains des papalins ; plus d'u*i mordit la poussière.

Les charges précipitées de la seconde et de la troisième division des conspirateurs achevèrent de mettre le trouble dans Tarmée du pape. Les soldats du Saint-Père, effrayés jiar les cris des assaillants qu'ils croj-aient en nombre formidable, prirent honteusement la fuite.

Ils se sauvèrent dans toutes les directions. Le Campo- Vaccine, les sentiers qui conduisent au Campidoglio étaient encombrés de fuyards, poui-suivis pair ceux qu'ils devaient arrêter.

Ils jetaient tout ce qui pouvait les gêner dans leur course éclicvolée, casques, épées, fuî^ils. Il y eut plufô do blessés par les armes amies que par les puigiiartlj* des ennemis.

La déroute élait complète, le ridicule c >mplet aussi.

Les braves champions de la liberté romaine, salisfiûts d'avoir dispersé aussi parfaitement les mercenaires êe Sa Sainteté, so séparèrent et regagnèrent lenrs fi^yof^,

Le leiKÎemain, parmi les morts qui gisaient près ^s riieiiuc^, on tlécouvril li corp^ d'un tout jeune homrnis iVun aiîoli'îLCûnt, car so.s joue:3 n'éiaient encore anivertes que d'un U'ger cUivct. 11 élait couché sur le dos, et le mot traîtie était attaché sur sa poitrine, avec un poignard qu'on avait laissé dans Li plaie.

Les Trois-Cents Ta valent reconnu. Justice avait été faite sur-le-champ.

ra.ivr>} r.iclo î il .'ivait eii le malheur (1(^ devenir

l'amoureux de la fille d'un papalin. Celle-ci, semblable à Dalila, avait obtenu son secret et l'avait trahi vis-à- \is de son père, dès qu'elle sut qu'il faisait partie (l'une conspiration.

Pour sauver sa vie, l'infortuné jeune homme dut consentir à devenir espion. Il entra au service du gouvernement papal, et reçut le prix de sa trahison.

La valeur d'un cœur intrépide est inestimable : Attiiio nous le prouve.

Un seul homme au cœur de lion peut mettre en fuite) une armée entière.

Mais aussi comme la peur est contagieuse I Noui^ avons vu des armées entièrement saisies d'une terreur panique, en plein jour, aux cris de : « Sauve qui peut l la cavalerie! l'ennemi I » ou même au simple bruit de quelques coups de feu, — et ces armées avaient déj^ combattu vaillamment, et elles devai^t se réhabiliter par d'autres combats longs et vaillants.

La peur est un sentiment honteux et dégradante Nous pensons que les nations de l'Europe ïnérîdîonale y sont plus portées que les peuples froids^ sérieux du Nord.

Qu'il ne nous arrive jamais, mon Dieu I de voir une ftrmée italienne succomber à une attaque de ce mai aigu qui tue VhommCf bien qu'il semble protéger sa vie I

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