CHAPITRE XXH
h^S BRIGANDS
Éloignons-nous de ces scènes d*horreur et revenons auprès de nos fugitifs sur la route de Porto-d*Anzo.
Leur cœur est triste, car Us laissent derrière eux bien des amis. A cette tristesse yient se joindre I*inquiétude: la route qu*ils parcourent est loin d*ètre Bûre.
Cependant Tair frais du matin, l'air pur de leur pays bien-aimé dissipe graduellement la tristesse et l^inquiétude de nos voyageurs.
Il serait difficile de trouver sur toute la surface de la terre un endroit semblable à la Campanie, et qui présente autant d'images de la grandeur passée, autant de traces de la misère présente. Cette contrée si populeuse, si fertile jadis, est maintenant déserte et aride.
Les ruines qui la couvrent font la joie de Tantiquaire :
lie LA DOMINATION DU MOINE
ce sont autant do preuves de la prospérité, do la puissance des anciens Romains. Le chasseur aussi y est heureux; il trouve dans ces vastes landes assez de gibier pour le satisfaire ; mais Hiomme, l'ami de l'humanité pleure sur ces grands déserts ; pour lui c'est le cimetière de toutes les gloires passées.
Les propriétaires de ces immenses plaines sont en petit nombre, et encore ces quelques propriétaires appartiennent au clergé. Ils sont trop absorbés par les plaisirs et les vices de la grande cité pour trouver le temps de les visiter. Ils se contentent d'y faire paître quelques troupeaux de moutons.
Le brigandage est inséparable d'un gouvernement cléricr»]. Rappelons-nous que ce gouvernement est protégé par des mercenaires poltrons et brutaux. Ces mi;^rables deviennent souvent voleurs, meurtriers, criminels de la pire espèce et fuient dans les endroits Siomblables à ce grand désert historique où ils trouvent ubri et refuge inviolable.
Nous apprenons par la statistique qu'à Rome les meurtres sont plus fréquents que dans toute autre ville, proportion gardée de la population.
Pouvons-nous espérer qu'il en soit autrement, vu l'éducation corrompue inculquée par les papallns ?
Mais à côté de ces brigands sortis des rangs de Tarloée payée par le clergé, et qui, depuis quelques années, Qnt commis tant d'affreux ravages, existent d'autres proscrits que l'on confond avec eux.
. Esprits nobles, vigoureux, sauvages, ils sont bien à tort accusés de vivre de rapines. Ils ont simplement fui les humiliations auxquelles tout citoyen de Rome
est journellement condamné, et se sont retirés dans les plaines de la Gampanie. Ils mènent une vie errante, pleine de périls, mais exempte de tout vol et de tout meurtre.
Notre sympathie leur est acquise.
Dans leuri rencontras avec la police et les gardes nationaux, ils ont fait preuve d'un courage, d'une opiniâtreté dignes d'une meilleure cause. Conduits par un chef éclairé, inspirés par Tamour de leur patrie, ces proscrits formeraient un corps d'armée intrépide qui saurait résister vaillamment et victorieusement à l'envahissement étrange.
Tous les brigands ne sont certes pas des assassins.
Orazio, vaillant Romain, brigand de profession, était admiré et respecté par tous les habitants du Transté* vère, surtout par les femmes, qui savent toujours reconnaître et apprécier la bravoure personnelle.
On le disait descendant du fameux Horatius Coclès, qui, seul contre Farmée de Porsenna, défendit un pont.
Comme son ancêtre, il avait perdu un œil.
11 avait servi avec honneur, malgré son extrême jeune âge, la République romaine ; le 30 avril, il fut l'un des premiers à Tassant, et Tun de ceux qui mirent en déroute Tarmée ennemie.
n fut blessé au front â Palestrina.
A Yelletri, il désarçonna un officier napolitain, le désarma et rapporta en triomphe son prisonnier à Rome.
Il eût été à désirer pour Julia et ses amis que les plaines de la Campanie ne fussent hantées que par les frères d'Orazio !
Nos voyagears approchaient de la côte lorsqu'un coup de feu renversa le cocher. Ils comprirent immédiatement qu'ils allaient être attaqués par de véritable brigands, et qu'ils étaient déjà à porté3 de leurs fusils.
Manlio saisit les rênes, lança les chevaux au galop, mais quatre hommes armés se précipitèrent devant la voiture.
— Arrêtez-vous , ne bougez pas , ou vous êtes un homme mort I s'écria un des voleurs, celui qui paraissait être le chef de la bande.
Le sculpteur vit combien toute résistance serait vaine. Il se tint immobile.
Les voleurs ouvrirent la portière, et d'un ton pou galant prièrent les dames de descendre.
La vue de tant de beauté les frappa d'étonnement, leur ton s'adoucit, l'admiration se peignit sur leurs traits, — c'était presque un regard, suppliant le pardon, qu'ils adressaient à Julia et à Clélie.
Cet attendrissement fut de courte durée ; leur naturo sauvage eut bientôt repris le dessus.
Le chef s'adressant aux femmes tremblantes, d'un ton rude dit :
— Mesdames, si vous nous suivez de bonne grâce, il ne vous arrivera aucun mal, mais si vous résistez, vous exposez votre vie. Pour vous prouver que noiis parlons sérieusement, je vais frapper cet homme.
Et il visa avec son pistolet Manlio, qui eut la présence d'esprit de ne pas bouger ou paraître ému.
Silvia et Aurélia éclatèrent en sanglots et poussèrent des cris déchirants. Clélie devint pâle comme la mort. Julia seule conserva un peu de sang-froid. Elle était
dou^ de rame forte, énergique, exempte de terreur qui se rencontre si souvent chez ses compatriotes.
Elle s*aYança vers le brigand.
— Prenez ce que nous possédons, lui dit-elle, nous vous abandonnerons volontiers tout ce qui se trouve dans la voiture, mais épargnez nos vies et laissez-nous poursuivre notre route.
Elle glissa en même temps dans la main du bandit une bourse pleine d*or.
Celui-ci la pesa soigneusement, et parut hésiter, il r^;arda sa belle interlocutrice, puis Clélie ; peu à peu ses yeux s'enflammèrent de convoitise.
^ Non pas, belle dame, répliqua-t4i, nous ne sommes pas tous les jours aussi fkvorisés par la fortune. Nous avons rarement un butin aussi ravissant. Des visiteuses aussi séduisantes que vous nous porteront bonheur. Suivez-nous I
Julia resta muette : elle ne comprenait pas la présomption du brigand. Clilie, qui avait été arrachée la veille à un danger semblable, ne comprit que trop.
Au froid du désespoir qui Tavait frappée lorsqu'elle avait vu la vie de son père menacée, succéda une convulsion d'horreur et de colère, elle arracha un poignard qu'elle avait caché dans son sein et pe rua sur le bandit.
Julia, voyant ThéroUque attaque de son amie, vint à son aide. Mais que pouvaient-elles, deux femmes contre trois hommes, car deux brigands vinrent prêter main forte à leur chef, tandis que le quatrième se ruait sur Manlio qui avait vainement tenté de voler au secours de «on en&nt. Il fut accablé de coups et traîné de force dans un bois qui bordait la route.
Jttlia fut promptomont vaincue. Clélie se débattit un instant» mais son arme lui fut bientôt arrachée des mains et ollo tomba au pouvoir du chef, qui prit la vailiaatd Alla dnns sei bras, et suivit les deux miserahlêê qui entmtnaidat Julia dans les l^is. Aurélia et Silvia, 1a raison éffaréa^ poursuivaient les ravisseurs en les suppliant d'avoir pitié pour les deux jeunes fllta*
Tous semblaient perdus,
ÏA mort, et pire qua ia mort» las manaçait.
Mais A poina avaiant»ils &it qualquas pas qu*unc balle vint frapper la coquin qui portait Clélla, Il tomba raido mort at la pauvre enfant, entraînée dans la chute du cadavrr^, poussa un cri da Jc>|a comme son sauveur la relavait,