CHAPITRE II
ATTir.TO
Dans la même rue, presque en face de la maison do Manlio, demeurait un autre artiste' déjà célèbre à \ingt ans, et nommé Attilio.
Celui-là travaillait encore pour ses rêves, et il travaillait avec ardeur.
Rarement il quittait l'ébauchoir ou le ciseau ; mais sans se déranger, il pouvait regarder par la fenêtre, et, précisément, sa fenêtre était dominée par celle du premier étage de la maison de Manlio, près de laquelle Clélie avait l'habitude de travailler, assise à côté de sa mère.
Comment, à Tinsu de Clélie, à l'insu d'Attllio, Clélie était devenue le but, l'espoir, l'idéal, le génie, la vie enfin 'd'Attllio, c'est ce qu'il est superflu d'expliquer. La beauté raj^onne, le cœur s'ouvre, et l'amour s'y épanouit.
L'amour, dans les grandes âmes, est iin foyer de vigilance. Atlilio gardait son trôsor. Il vit entrer Gianni chez Mxnlio et eut un soupçon. L'air précautionneux et vil de ce visiteur inaccoutumé Tefiraya. Son instinct d*amoureux le fit tressaillir.
Une vague inquiétude s'emi^arade lui et hû fit jeter ses outils pour attendre et regarder.
Dès qu'il vit Gianni sortir de chez Manlio en se frottant les mains, il s'élança et sortit à son tour ; puis il se mit à suivre le messager de l'Éminence.
Il le vit entrer dans une maison voisine ; il Tentendit débattre la location d une chambre, convenir du prix. Malgré lui, Attilio serra sur son cœur le poignard qu'un Romain cache toujours sous son manteau.
Gianni se remit en route : Attilio se jeta sur sa trace, s'arrêtant de temps en temps devant une boutique pour n'être pas remarqué des passants, mais ne perdant jamais de vue l'impudent émissaire, jusqu'au moment où celui-ci entra dans le magnifique palais Corsini.
— Ah ! c'est donc de la part du cardinal Procopio ! dit-il sourdement^ Je sais ce que je voulais savoir, je veillerai !
Et Attilio, plongé dans ses sombres réflexions, se mit à errer au hasard, sans se rendre compte de la direction que prenait sa course fiévreuse et agitée.