CHAPITRE XXXI
OASPARO
Tous ceux qui ont visite Civita-Vecchia en 1849, doivent avoir entendu parler du fameux chef de brigands Gasparo, parent du cardinal X.... Bien des touristes se sont arrêtés dans cette ville, uniquement pour voir cet homme extraordinaire.
Gasparo, à la tête de sa bande, avait longtemps tenu le gouvernement pontifical en échec. Plusieurs fois il avait défait, réduit à ur.e fuite lionteuse les gendarmes et les troupes réguliers.
Ne réussissant point à s'emparer du brigand par la force, le gouvernement eut recours à la ruse.
Comme je l'ai déjà dit, Gasparo tenait de près à un ardinal très-puissant.
Ils étaient tous les deux natifs de S,.., où ils avaient encore un grand nombre do parents et d'amis communs. Le gouvernement sut gagner ces parents et ces
amis, ils consentirent à servir de médiateurs entre les deux partis et firent au chef des offres superbes.
Gasparo eut foi en la parole de ses parents, de ses amis, et licencia sa bande armé \
Quelques jours après, il était pris, enchaîné et renfermé dans les prisons ds Civita-Vecchia. C'est là qu'on le trouva pendant la période républicaine de 1849.
Le prince T..., frère dlrène, avait, en faisant parler des bergers, obtenu des détails qui lui laissaient peu de doute sur l'endroit où sa sœur était cachée. Tout ce qu'on lui dit sur la fée de la forêt lui parut se rapporter absolument à Irène. Il fit part de sa découverte au cardinal X..., et résolut de tout tenter pour délivrer sa sœur.
Soutenu par le gouvernement, autorisé à faire marcher, pour ce cas personnel, le régiment qu'il commandait, il doutait encore de la réussite, vu son peu de connaissance des mille replis de la forêt.
Il fit donc un appel au cardinal, lui demandant les services de son parent Gasparo.
— C'est une bonne idée, répondit le cardinal. Gasparo connaît chaque pouce de la forêt mieux que les plus grandes rues de Romo.
On dit aussi que ses puissances olfactives sont telles qu'il' pourrait, en sentant une poignée d'herbe, vous dire, à minuit, exactement dans quelle partie de la forêt vous vous trouvez. Il se fait vieux, le pauvre diable, mais il a encore assez de courage pour marcher contre Satan lui-même.
On tira donc Gasparo de sa prison.
Lorsqu'il sut qu'on le conduisait à Rome, il se crut perdu.
— Mieux vaudrait mourir tout de suite, se dit-il. Je suis fatigué de cette misérable existence. Mais alors je mourrais sans m'étre vengé de la trahison dont j'ai été victime.
Deux escouades de gendarmes, une à pied, Tautre à cheval, conduisirent ce redoutable brigand de Givita- Yecchia à Romei Le gouvernement aurait préféré accomplir son transfert de nuit, mais on craignait que la nuit ne favorisât son évasion, comme il était probable que des frères brigands tenteraient de le délivrer.
La route était couverte d'une foule nombreuse, venue tout exprès pour voir le fameux chef.
Dès son arrivée à Rome, Gasparo fut amené devant son parent le cardinal X... et devant le prince T...
Tous les deux lui promirent les récompenses les plus belles en honneurs et en richesses, s'il consentait à les aider à détruire la bande de coquins qui infestait la forêt.
Gasparo remercia le ciel de trouver enfin l'occasion qu'il demandait depuis si longtemps de pouvoir se venger de ses ennemis mortels. Il affecta d'entrer entièrement dans les idées de ses deux interlocuteurs et accepta leurs propositions.