‹ La domination du moineChapitre 32 sur 69 · LE SIÈGE · texte numérisé non relu

LE SIÈGE

Le prince apprit par des espions — plas dociles que Oasparo — que les « libéraux » occupaient le château de LucuUus. Il ât promptement ses préparatifs d'assaut : s*étant approché du château il disposa ses hommes de telle sorte que toute fuite était impossible. La place était parfaitement cernée. Mais le frère d'Irène, aussi inhabile que beaucoup d'autres généraux, commit la très-grande faute de trop disséminer son armée, d'en détacher trop de sentinelles, de piquets, d'éclaireurs, en sorte qu'il ne restait auprès de lui qu'un petit corps d'assaillants.

Impatienté de ne pas voir revenir Gasparo qu'il avait envoyé reconnaître les lieux, le prince T.., fit resserrer ses troupes et commanda â ses officiers d'avancer leurs colonnes et d attaquer le fort à mesure qu'ils s'en approcheraient.

Ces ordres confus causèrent la perte de l'armée catholique. Elle était encore à une petite distance du château et les arbres lui en masquaient la vue. Puis elle ne connaissait pas tous les sentiers de la forêt et devait s*en tenir absolument aux indications de ses guides, qui étaient peu désireux d'être exposés au feu. Aussi le désordre le plus complet ne tardat-il pas à régner dans les rangs de l'armée. Plusieurs colonnes mal renseignées s'égarèrent dans des sentiers inextricables. On s'appelait, on se répondait, on tournait sur soi-même, on revenait au point de départ pour s*éloigner ensuite du château au lieu de 8*en approcher.

Cependant le prince T... avec sa réserve de deux cents hommes, parvint à atteindre la place. Il pouvait être quatre heures de l'après-midi.

On n'avait guère que deux heures de jour devant soi, et des préparatifs de défense avaient été faits. Le prîDce constata la chose avec douleur. Il hésita un instent, compta ses hommes, et, prenant une héroïque résolution, il tira son épée et ordonna l'attaque à la moitié de sa petite colonne. Il tenait l'autre moitié en réserve.

Orazio s'était hâté en rentrant avec Oasparo de faire barricader les portes, percer des trous dans le mur pour les mousquetaires et préparer toutes les armes, tous les instruments qui pourraient être mis en réquisition pendant la défense.

Il aurait pu éviter le combat en se réfugiant avec ses Jeunes Romains dans les passages souterrains. Mais il prenait pour méprisables de semblables mesures et ne

voulait tenter la retraite qu'après avoir mesuré ses armes avec celles des mercenaires du pape.

liO Jeune chef avait recommandé à ses hommes de ne pas bouger tant que Tennemi n'était pas sous les murs. U ne Malt pas perdre une seule balle !

Les assaillants s'avancèrent donc hardiment Jusqu'au seuil du chAteaUy quand une décharge des assiégés abattit presque autant d'hommes qu'il y avait eu de balles tirées.

Cette brusque attaque déconcerta les papalins. Terrifiés de voir leurs camarades tomber comme des mouches, ils voulurent prendre la fuite. Le prince T... les retint et avança sa réserve.

Orazio avait eu soin de réunir toutes les armes de rechange dans la tour, afin de les avoir sous la main. Les femmes et les domestiques étaient occupés à les recharger. Jacques devait les aider, mais il méprisa bientôt cette occupation, et alla se placer, avec son inséparable carabine, à côté d*Orazio. Pendant toute la durée de l'attaque, il ne le quitta pas plus que son ombre.

Le prince comprit qu'il avait affaire à des soldats consommés, que la retraite, sous un feu meurtrier, serait un désastre complet, sans penser à la honte d'un tel mouvement, et que mieux valait aller bravement en avant, monter à l'assaut.

U passa le mot d'ordre à ses aides-de-camp, fit sonner la charge, et le premier tenta Tassant de la barricade, frappant avec son sabre, à droite et à gauche, les quelques défenseurs de ce poste. ^

Orazio était du nombre. Il trouvait dans les traits du

prince une telle ressemblance avec ceux de sa bienaimée Irène, qu'il resta confondu. Il ne songeait à pas tirer, bien qu'il eût à la main une carabine chargée.

Jacques ne comprenant rien à cette hésitation, à cette pâleur de son maître, levait son fusil pour viser à la poitrine du prince, quand Orazio, par un coup vigoureux et prompt, releva le canon ; — la balle alla frapper un soldat qui venait d'atteindre le sommet de la barricade.

Les quelques hommes qui avaient pu suivre le prince furent mis hors de service en peu de temps par la vaillante petite garnison du château.

Une circonstance imprévue vint mettre en fuite ce qui restait de l'armée ennemie.

Au moment où les officiers s'efforçaient de ranimer le courage de leurs homnles et leur commandaient de suivre le prince, une voix s'écria : « L'ennemi est derrière nous 1 » En effet, dix hommes s'élançaient comme autant de lions sur le flanc droit de la petite armée. Une terreur panique s'empara d'elle, les dix lui parurent être une centaine, et elle se dispersa comme de la menue paille par un grand vent.

Quelques-uns cependant s'arrêtèrent. Ils espéraient que ces nouveaux amis étaient peut-être ceux des leurs qui s'étaient égarés dans la forêt. Mais il n'y avait pas à s'y tromper, c'était bien l'uniforme des libéraux... Les derniers papalins s'enfuirent en proie à la plus grande terreur, laissant leurs ennemis maîtres du champ de bataille, et leur prince prisonnier.

Le prince T... avait remarqué l'acte de générosité

de son ennemi : dès qu'il se vit seul, abandonné de tous les siens, il remit son épée entre les mains d'Orazio.

Le brigand la reçut avec une courtoisie extrême, et

amena son prisonnier à Irène.

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