CHAPITRE XXXV
l'amélioration dk l'humanité
Après s'être complètement acquitté de tous les devoirs de l'hospitalité, Orazio s'occupa de la sûreté générale de la petite troupe de proscrits*
Il appela Attilio et le prince et s'entretînt avec eux des moyens de profiter de leur victoire, et de se mettre en garde contre de nouvelles attaques.
— Bien que nous ayons eu le dessus dans cette dernière rencontre, dit-il, et que nous vous ayons vaincu par les armes, prince, tandis que par votre noble conduite vous avez conquis nos cœurs, je ne suis pas sans inquiétude sur l'avenir. Ce château est trop^ connu maintenant pour que nous y soyions en sûreté. Le gouvernement emploiera tous les moyens possibles pour nous faire sortir de notre asile, et même il pourrait envoyer contre nous toute une armée munie de pièces d'artillerie pour détruire ces vieux murs.
Je ne conseillerais cependant pas une retraite immédiate, car les cardinaux auront besoin de temps pour arrêter leurs délibérations et &ire leurs préparati&. Mais il nous incombe d*user de toute vigilance et de chercher dès aujourd'hui à connaître les mouvements de l'armée ennemie, et à nous mettre en garde contre toute surprise. Pour vous , prince , ce que vous auriez de mieux à faire serait de retourner à Rome. Votre présence ici n*est nullement nécessaire aujourd'hui* tandis que vous pourriez nous être du plus grand secours à Rome. Vous pourrez laisser croire que vous êtes libre sur parole, que vous avez pris l'engagement de ne jamais marcher contre nous, et vous enverrez votre démission au ministre de la guerre.
— C'est vrai, répondit le prince, je pourrai vous être plus utile à Rome qu'ici, et j'engage ma parole d'honneur de servir votre drapeau jusqu'à la mort.
Attilio partageait l'opinion d'Orazio,*et il ajouta que déjà R^ola était chargé de les tenir au courant des mouvements de l'armée pontificale.
Le prince exigea quelque signe de ralliement, il ne voulait pas rester hors du danger. Attilio lui remit alors une ligne de recommandation pour R^ola. Le papier était tellement petit, qu'on aurait Êicilement pu l'avaler en cas de prise avec la police.
La an du jour fut consacrée à l'ensevelissemant des morts et aux soins donnés aux blessés. Leur nombre était grand , hélas ! et ils appartenaient tous à Tarmée papal ine. Les libéraux ne comptaient que trois blessés, et encore les blessures étaient-elles légères.
Dans le fort d*an combat, ce sont toujours les vaillants qui courent le moindre danger. Si Ton consultait la statistique des champs de bataille, on reconnaîtrait que les fuyards perdent plus |d*hommes que ceux qui res« tent bravement sur le terrain.
Le prince partit à minuit.
Et qui put lui servir de guide à travers la forêt ?
Oasparo, le vétéran des chefs de brigands. Il fut dès ce Jour affilié à la troupe des libéraux. Il avait, pendant la mêlée, fait des prodiges de valeur, et sa carabine avait toujours porté juste.
Quant à moi, je suis profondément convaincu que rbumanité progresse tous les jours, que son améliora* tion est continue.
Je suis diamétralement opposé à l'opinion des pessimistes, je crois de toute mon Ame à la loi de la progression. Cette progression s'accomplit de diverses manières, mille influences contraires semblent parfois Tarréter, mais elle n*en existe pas moins et finit toujours par vaincre Tobstacle.
La Providence a décrété que le bonheur serait le dernier mot de notre triste planète et de notre race abattue.et souffrante, mais ses décrets s'accomplissent lentement. Le bonheur ne sera atteint que par la soumission de l'humanité à la grande loi de la lumière et de l'entend^nent.
Les hommes ne seront pas régénérés par des miracles.
Si rhumanité ne grandit pas en raison des progrès
accomplis par la science, la faute en demeure aux
gouvernements qui nous écrasent*
De bons traitements, des soins Judicieux apprivoiserit même les bètes féroces.
Que ne pourrait-on faire par de semblables traitements des hommes les plus dégradés» les plus avilis?
Mais peut-on rien attendre d*un pejple qui est sciemment tenu dans l'ignorance la plus abjecte, qui est réduit à la plus grande misèro par des exactions de tous genres, par des impôts, par des taxes ?
Et nous savons que ces taxes et ces exactions ne sont pas imposées aux Romains pour la défense de rÉtat et pour le soutien de Thonneur national, mais uniquement pour engraisser le gouvernement pontifical et sa multitude de parasites, parasites qui sont au peuple, ce que le ver est au cadavre, •«- ils n'existent que pour ronger et dévorer.
Qui pourrait nier que le peuple de Tltalie du sud était plus prospère en 180a qu*il ne Test de nos jours, et cela parce qu'il était mieux gouverné ?
Alors le brigandage était à peine connu. Il n*y avait ni préfets, ni gendarmes, ni assassins.
Aujourd'hui, avec les satellites du pape, qui pullulent dans le Midi et qui épuisent les finances de l'Italie, l'anarchie, le brigandage et la misère régnent.
Pauvre peuple !
Il espérait après tant de siècles de tyrannie , après la glorieuse révolution de 1860, obtenir un gouvernement sous lequel il pourrait Jouir du repos, do la prospérité, et marcher dans la voie du progrès.
Hélas ! quelle déception !
« Ne mettez pas volr^ confiance dans les princes, » dit l'Écriture sainte^
Gasparo avait reçu dans le sang des oppresseurs le baptême d'un libéral. Il fut admis par le jeune chef non-seulement avec bonté, mais avec enthousiasme. Ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est lui qui ftit chargé de conduire à Rome le prince T...
La prédilection d'Orazio sur les mesures que prendrait le gouvernement pontifical se réalisa complètement.
Les évoques décidèrent en conseil d'envoyer contre le château de LucuUus un corps d'armée considérable, muni de pièces d'artillerie de gros calibre, et de faire dans le plus court délai le siège de cette forteresse des libéraux.
Les troupes désignées pour cette expédition se composaient moitié de papalins, moitié de soldats étrangers. Un célèbre général étranger fut nommé commandant en chef et les préparatifs se firent avec une rapidité extrême, afin de pouvoir &ire l'assaut de la place le jour de Pâques.
Mais pendant ce temps Orazio et ses compagnons ne dormaient pas. Leurs amis de Rome les tenaient parfaitement au courant de tous les projets, de tous les préparatifs du gouvernement pontifical, qui s'imaginait tout faire secrètement.
Orazio commença par une exploration des passages souterrains. Il ne les connaissait encore qu'imparfaite ment.
Gasparo, de retour de sa mission, le guida dans les recherches qu'il fit dnns les entrailles de la terre.'