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CHAPITRE XXXVIII

l'armée romaine

« Maintenant s*ouYre devant nous, dit un célèbre écrivain en parlant de l'ancienne Italie» cette r^ion splendide où Thomme atteignit une stature plus grande, plus noble que dans tout autre partie du monde, où il sut accomplir des prodiges d*énergie et de jugement moral.

« Nous allons entrer dans cette terre consacrée par d'héroïques vertus. Là brillait une grande lumière qui illuminait le monde entier.

€ A cette vie fière, orgueilleuse, altière, a succédé le silence et Tôbscurité de la mort.

€ Aujourd'hui la majesté antique, la domination universelle a fait place à des ruines. Ruines morales, ruines matérielles. Partout la mort, des solitudes accablantes, de grands déserts peuplés des débris d'œuvres merveilleuses.

€ La ville des anciens maîtres du monde est tombée, mais on ne peut effacer les vestiges de sa gloire passé.o.

€ Depuis des siècles, ses ruines s'élèvent comme une puissante voix pour rompre ce silence de mort et proclamer la grandeur du peuple latin.

« Le pays est dévasté, mais il conserve encore une apparence de majesté : une nature austère ajoute de la solennité aux ruines des villes, aux sépulcres, aux monuments écroulés.

« Dans ce vaste désert, on rencontre à chaque pas des signes d'une puissance qui outrepasse toute imagination.

« Souvent au même endroit, sur la même pierre, le voyageur lit le récit des joies et des douleurs de générations séparées par de prodigieux intervalles de temps.

€ Ici s'élèvent les colonnes des temples où les prêtres de Fantiquité trompaient le peuple et le réduisaient à la servitude morale, par leurs idoles et leurs augures.

« Mais en cela il s*est fait bien peu de changement, car un peu plus loin on rencontre les temples modernes dans lesquelles la religion est encore employée comme Tinstrument de la tyrannie.

« Les tristesses du passé et les tristesses dû présent se confondent. Les uns à côté des autres s'élèvent les vestiges de la tyrannie passéa et les signes de la tyrannie présente.

« Si nous frissonnons au souvenir cfes cris poussés par les malheureux plébéiens que la sauvage aristocratie précipitait du sommet de la Roche Tarpéienne, pouvons-nous entendre sans trembler d'indignation les soupirs des victimes vivantes de la furie papale,

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eDiermées aajoord'hai encore dans les plus noirs donjons!

€ Les cendres des nuirtjrs de notre époque, de ceux qui ont versé leur sang pour la République nouyelle, de ceux qui sont tombés en protestant contre l'amère domination du prêtre, se mêlent aux cendres des héros du peuple antique. Tout vrai Romain peut, en méditant sur ces nobles mémoires anciennes et modernes, puiser une douce consolation pour son âme meurtrie : il reconnaîtra que, malgré laccablement des siècles, malgré la puissance écrasante des Ij^rannies qui se sont succédé, les eniunts de Rome n*out jamais perdu Ténergie de leurs pères, et il pourra tirer des rapprochements une conclusion pleine d'espérance : — Que maintenant, conmie dans l'antiquité, le génie de ce peuple sublime ne lui permettra pas de gémir longtemps sous un assenrissement honteux. »

Nous nous sommes permis de citer ce beau passage, noble cri d'un patriote, pour nous aider dans la tâche difficile de rapprocher les temps glorieux, héroïques avec les Tertus très-vivantes mais paralysées du Latlum moderne. Ce passage répond entièrement à nos idées. Il ne nous reste plus qu ïi parler de cette bande étrange,hétérogène qu'on appelle <: Tarmée romaine. »

La soi-disant « armée romaine » est un composé de Romains placés sous la surveillance de la soldatesque étrangère et de soldats étrangers, tandis que le peuple lui-même est protégé (ou plutôt subjugué) par les gendarmes.

Et que peuvent être ces mercenaires vendus, sinon des amoureux du gain , sans princiiKS , prêts à

entrer dans n'importe quel service , s'il est payé ?

Le titre de « soldat du pape » est donc loin d'être une distinction.

D'un autre côté l'intrus étranger, dédaigne le soldat romain qu'il a tâche de soutenir et de protéger. Il s'ensuit que l'étranger et le Romain n'étant pas, dans toute rétendue du terme, des frères d'armes, en viennent souvent aux coups. Dans ces rixes, l'étranger est généralement battu, car malgré toute la peine que prennent les prêtres pour dégénérer le Romain, il conserve encore quelques restes de son ancienne valeur»

Telle est la condition actuelle de l'armée romaine.

On comprend le mépris que les proscrits lui avaient voué et la tranquillité avec laquelle ils attendaient son approche.

Dans le cas présent, comme toujours du reste, bien du temps fut perdu par les querelles intestines qui agitaient la triste armée.

Les étrangers, avec leur air de supériorité méprisante, réclamaient Thonneur de former l'aile droite pour l'assaut de la forteresse d'Orazio. Les Romiins qui, avec raison, ^e sentaient supérieurs dans l'art de la guerre à leurs insupportables camarades, refusèrent positivement.de céder Thonneur de l'attaque à la troupe étrangère. Et les prêtres, incapables de ramener Tordre dans les rangs de leur armée, se rongeaient les ongles de fureur, de crainte et dimpatienco.

Le jour de Pâques, jour flxé pour la destruction des « brigands, » aurait très-probablement vu l'ext^^rmination complète des mercenaires sans le cri de « Ordre et Fraternité » lancé par les modères.

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Perdre une aussi belle occasion d'en finir avec cette bande, la plaie le de Tltalie, ^quelle douleur !

Régala, voyant qu'il ne pouvait rien foire actuellement pour la libération de lltalie, obéissant d'ailleurs aux ordres de ses che&, s'enrôla avec le plus grand nombre des Trois-Cents dans l'armée pontificale. Il fut l'un des plus ardents à demander pour les Romains riionneur de former l'aile droite* Cet honneur leur étant refusé, ils se révoltèrent et maltraitèrent les officiers. On dépêcha contre eux le général D... avec une compagnie étrangère. La lutte fut presque aussi sérieuse que dans une bataille rangée, et les étrangers battus se réfugièrent dans leur camp.

L'un des principaux instigateurs de la révolte était le frère de Dentato, l'infortuné sergent des dragons qui périt sous les tortures de l'Inquisition. Il avait pris la résolution de venger la mort atroce de son frère, et ne manqua pas de profiter de la première occasion qui lui était offerte de frapper ses persécuteurs. Sousofilcier de dragons aussi, il s'élança le sabre en main, et suivi de ses hommes , au plus fort de la bagarre, et fit un sérieux carnage des troupes étrangères.

Sachant parfaitement ce qu'il lui adviendrait s'il restait à Rome après cette affaire, il s'éloigna sans retard avec la meilleure partie de sa compagnie, et vint rejoindre les proscrits dans la forêt.

11 fut reçu à bras ouverts, et le récit de ses dernières aventures remplit de joie la petite garnison.

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