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LE MARIAGE

Sans contredit, le lien le plus étroit et le plus saint qui existe dans la grande famille humaine est celui du mariage.

Il unit pour la vie deux êtres de sexes différents, et s'ils sont dignes de ce noble état, il leur procure le bonheur suprême.

Nous disons avec intention — s'ils sont dignes — car ce rite solennel ne devrait être accompli qu'avec la résolution mutuelle de travailler chacun au bonheur de l'autre.

Une telle union a pour base l'amour vrai, l'amour céleste, que les anciens distinguaient avec raison de la passion, amour pur qu'aucun intérêt égoïste ou mondain ne peut influencer. Même avant la consommation du mariage, l'amour contribue à adoucir, à améliorer le caractère des deux époux^car tous les deux

sentent que le but de leur vie est le bien-être et le bonheur de Tautre.

Et Tatmosphère de Tamour, du bonheur, par conséquent 9 rend la vie conjugale infiniment plus noble que la vie de célibataire. On grandit Tun pour Tautre et Tun par l'autre. Plus tard, Tamour des parents pour leurs enfants les rend doux, patients, indulgents, en premier lieu vis-à-vis du fruit de leur tendresse, puis vis-à-vis de tous.

L'inconstance est malheureusement un incident trop fi'équent dans les mariages actuels. Mais je suis persuadé que celui qui pèche contre la fidélité que les deux époux se doivent Tun à Tautre, à moins qu*il ne soit endurci dans le vice, éprouve un remords si afireux que tout sacrifice lui semblerait facile pour retrouver sa première pureté.

La vérité devrait suffire pour fortifier Tâme contre les assauts de la tentation et du déshonneur et Tempecher de tomber et de s'avilir.

vous qui vous engagez dans ce lien sacré, soyez Tun vis-à-vis de Tautre aussi vrais que les astres du ciel ! Par votre fidélité, par votre constance, vous mettrez votre conscience à Tabri des plus douloureuses épreuve?, vous trouverez sur la terre un paradis — avant-goût de la vie bienheureuse, ineffable qui nous attend au-delà de ce fieuve.

Oui, le mariage est un acte saint. Par cet acte l'homme s'impose le devoir d'aimer, de protéger, de soutenir sa femme et les enfants qu'elle lui donnera. Cet acte est la cause première de la ci vilisation de Thumanité.

Les autorités municipales qui doivent être instruites de tout ce, qui concerne les citoyens, et enregistrer tous les actes de leur vie, peuvent seules présider à la cérémonie du mariage, et, à défaut d'autorités municipales, le mariage devrait être contracté devant les parents des deux époux, parents qui sont les tuteurs naturels et légaux des jeunes gens.

C'est à ces dernières autorités qu'Attilio et Clélie eurent recours.

Pendant quelque temps, Clélie avait résisté aux sollicitatlons passionnées de son amant. Cette résistance fut de courte durée. Enivrée par tant d'amour et par l'atmosphère de bonheur qui l'entourait, elle s'écria :

— Parle à ma mère ! Si elle consent, je suis à toi pour la^e t

Silvia avait peu de décision de caractère, et elle souffrait doublement d'avoir à décider du sort de son enÊtnt bien-aimée pendant l'absence de Manlio.

Cependant elle réfléchit que, vu leur exil très-long, sans doute, et leur bannissement dans la forêt, le mariage des jeunes gens était désirable, et que son mari ne pourrait que l'approuver de l'avoir autorisé.

Elle détestait les prêtres, et l'idée d'avoir recours à leur office pour cette cérémonie ne lui vint même pas. Quant aux autorités civiles, elles n'existaient pas dans la forêt ; elle n'en connaissait d'autre que celle de la juridiction sylvaine d'Orazio et sa propre autorité maternelle. Sa conscience droite et éclairée lui flt comprendre facilement que cette célébration simple, naturelle, légale, suffisait.

Le mariage eut donc lieu. Ce fut une vraie fête

pour tout le ch&teau et principalement pour Irène, qui était flère et heureuse de servir de prêtresse pour raccomplissement de ce rite noble et sacré. N'étaitelle pas elle-même un exemple vivant du bonheur pariait qu'elle souhaitait aux jeunes époux t

Elle érigea, sans le leur dire, un autel au pied d'un splendide chêne des environs. Aidée de ses femmes et de Jacques, elle enlaça au-dessus de l'autel des branches de verdure et des guirlandes de fleurs sauvages. La ctme de Tarbre séculaire formait la coupole de la chapelle, — chapelle qui était illuminée le jour par les brillants rayons du soleil, la nuit par des milliers d*éto|les et de planètes, les premières des créations de Dieu.

La cérémonie fut courte : elle était simple et solennelle.

Elle eut lieu en présence des fidèles enfants de Rome qui formaient un cercle autour des jeunes mariés, si beaux tous les deux.

Irène joignit leurs mains, déclara qu'ils étaient unis pour la vie et leur adressa ces quelques paroles émues :

-* Mes chers et fidèles amis, Tacte que vous célébrez aujourd'hui vous unit corps et âme pour toute votre vie.

Vous devez, à partir d'aujourd'hui, partager toutes les joies et toutes les douleurs de la vie, toutes ses prospérités et tous ses revers. Rappelez-vous que vous ne trouverez de bonheur durable que dans l'amour que vous aurez l'un pour l'autre et dans une fidélité parfaite.

Si l'affliction descend sur vous, votre amour réciproqi^e vous soutiendra et vous fera vaincre l'épreuve. Que pieu bénisse votre union !

Silvia^ les yeux humides de larmes, plaça ses mains sur |a tète de ses enfants bien-aimés et répéta le che pio vi befiedîca !

£l|e ne put articuler une autre parole.

L'acte de mariage avait été préalablement dressi. Orazfo le ât signer aux jeunes contractants, puis aux témoins, et il apposa sa signature au bas.

C'est ainsi que fut célébré, avec Tordre le plus parfait, dans le propre temple du Tout-Puissant, éclairé par l'éclatante lumière de l'univers, cet acte solennel du mariage, plus indissoluble que s'il avait été béni par un prêtre.

Jamais homme et femme ne se sentirent plus étroitement unis que délie et Attilio.

En quittant Tautel, toute la joyeuse société rentra au château, où un banquet l'attendait. Bien des toasts furent portés, bien des chants patriotiques chantés. Jacques, exalté par le contentement général, régala ses amis du Ood save the Queen et Rule Britannia.

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