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LA CROISIÈRE DE LA MOUETTE

L'armée de Rome laissa aux proscrits bien du temps pour se préparer. Eux, connaissant las causes du retard, s'inquiétaient peu à ce sujet.

Nous les quitterons donc pour rejoindre quelquesuns des principaux personnages de notre histoire, Julia et ses compagnons, que nous avons abandonnés après le terrible orage qui avait mis leurs vies en danger.

Deux jours après son départ de Porto d'Anzo, la Mouette entra toutes voiles déployées dans le port de Lodgone (tle d'Elbe).

A peine l'ancre était-elle jetée que nos amis virent un groupe de personnes sortir de Libéri, petit Village près du porti entrer dans une barque et ramer vers le yacht.

Julia reçut avec courtoisie et grâce cette députation

composée d*homines et de femmes. Elle les fit asseoir dans le salon et leur offrit des rafraiohissements qu'ils acceptèrent avec reconnaissance.

Les visiteurs, tenant à la main un verre de vin de Marsala, s'adressèrent à Manlio, qu*ils. croyaient le maitre du navire. Ils parlaient la douce langue toscane, plus sympathique, mais bien moins vigoureuse que la langue romaine. Ce n'est qu'un dialecte du pur italien, mais ritalie lui doit sa renaissance, et ce dialecte anobli par le génie deviendra la langue de l'Italie unifiée et nationalisée.

-<- Monsieur, ditle doyen de la députation, il existe à Libéri la coutume étrange peut-être, mais à laquelle nous tenons, que s'il entre un vaisseau dans le port le jour oijL un entant vient au monde, on demande au capitaine de ce vaisseau de vouloir bien être le parrain du nouveau-né. Voulez-vous vous conformer à cet usage établi, et nous iaire l'honneur d'être le parrain de l'enfant qui est né ce matin ? Et votre gracieuse jeune femme voudra-t-elle être la marraine ? Celte singulière requête fit sourire Manlio. Il admirait, la facilité avec laquelle tout visiteur peut s'allier avec une &mille d'insulaires. Il répondit cependant avec une courtoisie extrême :

— Je ne suis, comme vous, signer, qu'un simple hôte sur ce navire. Il appartient à cette jeune dame anglaise, qui décidera elle-même ce qu'elle voudra faire. Julia, voyageuse, artiste, antiquaire tout à la fois, et de plus, amie passionnée de la liberté italienne, fut enchantée de trouver parmi c^s bonnes gens une si grande simplicité.

— Quant à moi, dit-elle, Je serai enchantée d'accéder à votre demande. Mais puisque c'est le capitaine du vaisseau qui doit être parrain, je vais l'envoyer chercher, et, si cela lui est agréable, nous nous mettrons à votre service.

Le capitaine Thompson, appelé immédiatement, fat mis au courant de la demande des insulaires. Il en rit de bon cœur et accepta Joyeusement l'invitation, déclarant qu'il se sentait très-bonoré d'être parrain avec sa charmante maîtresse. Puis il donna des ordres à son second et tous s'embarquèrent pour Libéri.

Une table modeste, mais hospitalière, était dressée dans la maison des braves paysans. Les hôtes, tout charmés, ne s'arrêtèrent cependant pas longtemps à table. On se mit en route pour l'église.

Le capitaine Thompson était heureux au-delà de toute expression de l'honneur que lui Ëdsait Julia en s'appuyant sur son bras, et surtout de l'honneur plus grand d'être son compère. Il en perdait presque la tête, ce brave marin, — il ne voyait ni n'entendait, et même, heurtant une grosse pierre, il manqua de tomber, — suivant sa propre expression, il manqua de chavirer et d'emporter son beaupré.

Julia parut ne pas s'apercevoir de l'extrême confiision de son cavalier. Elle continua à mardier calme et majestueuse, singulier contraste avec la gaucherie du pauvre loup de mer qui avait une telle frayeur de faire un nouveau faux pas, qu'il comptait toutes les pierres du chemin.

Enfin ils arrivèrent à l'église.

Le capitaine prit alors un air imposant, et bien qu'il

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îprouvât et fatigue et ennui de la longueur inusitée de la cérémonie^ il ne laissa paraître aucun signe d'impa- :ience. Du reste il avait un cœur excellent, et Tennui iu service fut compensé par le plaisir de tenir dans ses bras vigoureux son filleul qui lui paraissait l^er comme la plume, bien que ce fût un bébé des mieux constitués et des plus forts.

La cérémonie terminée, les invités se rendirent à la maison du second parrain, qui leur servit un véritable banquet. L'excellent vin de Libéri coulait à flots ; mais le capitaine Thompson, se rappelant qu'il avait à reconduire Julia et craignant de trébucher, y goûta à peine. Il se contenta d*en faire un éloge désintéressé.

Le brave capitaine avait un autre motif pour tenir en échec son goût très-décidé pour le bon vin. Il désirait plaire à Monna Aurélia, qu'il trouvait fraîche et aimable, bien qu'elle eût depuis longtemps passé la première jeunesse.

Quant à elle, elle éprouvait une véritable reconnaissance des attentions que le capitaine lui avait prodiguées durant la traversée et elle ne repoussait aucunement les marques de sympathie loyales et honnêtes, si ce n'est courtoises, que l'excellent marin lui montrait.

Tout se passa dans la perfection. Thompson lui-même se réjouit de se trouver sur terre ferme pendant quelques heures. Ce fut un véritable repos après la tempête qu'il avait essuyée.

Julia se retira comblée de remercîments et de bénédictions de la part de ses nouvelles connaissances. Cette scène la fit rêver aux temps primitifs.

Manlio méditait une œuvre nouvelle. Dès son retour

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à Rome, il voulait &ire one statue de la belle Julia, r^résentant Amphitrite goidant un Triton.

Aurélia et Thompson, absorbés Tun par Tautre, oubliaient les incidents da passé. Et toute notre petite société revint A bord accompagnée jusqu*à la cote par la musique et les hMirahs des joyeux viilageois.

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