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CHAPITRE XLV

l'honneur du drapeau.

Les nouveaux arrivés furent accueillis avec une joie mêlée de surprise. Les jeunes femmes, toutes au courant de l'histoire de Camille, l'accablèrent de caresses et de prévenances.

Quelque chose de solennel enveloppait toute sa personne, ombre de la longue folie dont elle avait souffert. Le changement opéré en elle à Touïe de la prière pathétique de son amant tenait du miracle , et tous le sentiments d^affection et de repentir qui agitèrent son cœur lorsqu'elle se vit de nouveau entourée par ses bras amoureux firent d'elle une créature nouvelle et heureuse tout en lui laissant une apparence de vague mysticisme.

Aprà9 la premier moment d'étonnement et de bienvenue, Silvio dit à Orazio :

-<• Je viens de traverser Viterbe et il r^e dans

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la ville une conflision que je n'ai pu expliquer. Les citoyens couraient par les rues et ckerchaient à éviter les soldats. Ceux-ci, qui ont fait vœu de tuer tous les Italiens, ont reçu des renforts considérables, et pour commencer leurs hauts faits d'armes, ils ont pillé les marchands de vin et on rencontre sur les bornes des soldats ivres-morts. Les autorités papales tentèrent de ramener un peu d'ordre dans les rangs de l'armée, mais elles furent reçues à coups de crosse et forcées de fuir. Il paraît qu'elles se sont rendues à Rome.

Le renfort de troupe s'écrie que « son drapeau a été déshonoré et que la tache devra être lavée dans le sang I » Drapeau déshonoré !

Cette phrase me rappelle certain gouvernement voisin qui, après avoir violé avec infamie notre territoire, après s'être emparé de notre principal port de mer et après avoir traîtreusement attaqué notre capitale, s'écriait au premier échec : « Trahison! trahison ! notre drapeau est déshonoré ! »

Cette confusion, reprit Silvio, m'a fourmi une occasion favorable de tout observer et de venir tranquillement vous trouver. Un singulier accident aurait cependant pu me retenir à Viterbe. Comme je passais devant l'hôtel de la Pleine-LUi e, quelques officiers arrivaieiit de Rome et descendaient de voiture. Personne n'était là pour les recevoir ou prendre leur bagage; l'un deux m'arrêta : « HoU ! ici ! » cria-t-il en me saisissant à la taille et en cherchant à me pousser vers la voiture.

Camille, heureusement, était assez loin en avant.

Au premier moment j'aurais voulu me servir de mon

poignard, mais je sus vaincre ma colère ; je repoussai violemment la main qui me tenait» et d'un vigoureux coup de poing lancé en pleine figure» j'envoyai rouler mon homme sous la calèche.

Je ne restai pas là à recueillir le prix de mon exploit, ainsi que vous pensez ; bien au contraire, je quittai assez précipitamment la place et je ne tardai pas à rejoindre ma compagne à l'entrée du bois.

— Bravo, Silvio! s'écrièrent tous les auditeurs, très-amusés par son récit. — Bravo !

— Je crois pourtant, reprit-il lorsque les rires eurent cessé, que nous ne sommes plus en sûreté ici. Nous aurons sans nul doute et dès demain toute la bande d'étrangers à nos trousses.

— Si nous étions tant soit peu plus nombreux, dit Orazio, nous pourrions dans cette forêt tenir této à toute l'armée du pape. Mais nous avons avant tout ce 3 dames aimées à protéger.

— Dames à protéger ! s'écria Irène avec une nuance d'ironie.

A la vérité, vous oubliez promptement, signer Rodomonte, que ces mêmes dames vous ont protégé aujourd'hui.

Un éclat de rire accueillit ces paroles, et le vaillant chef mit un genou en terre et embrassa la main de sa courageuse et tendre épouse.

Pendant ce temps les ombres des géants de la forêt Cimienne s'allongeaient sensiblement et s'étendaient au loin, vers l'est ; le soleil, enveloppé de nuages transparents de pourpre et d'or, se préparait à disparaître derrière les flots de la mer Thyrrénienne,

2oO LA DOMINATION DU MOINE

Clélie 8*aiTacha à ce spectacle enchanteur pour s'occuper, en bonne ménagère, de détails plus mat 3riels. Elle appela Jacques, qui ne la quittait pas, fasciné comme il rétait par sa beauté et son amabilité, et lui confia le soin important des provisions.

— Allons, mon ami, dit-elle en anglais, tous ces véritables héros de roman s'occupent peu du souper, à ce qu*il parait, et si vous ne le préparez, nous risquons fort d'aller nous coucher sans avoir rien mangé.

— Oui, madame, oui, certainement, répondit Jacques, J'y vais tout de suite, et &isant son invariable salut, il se dirigea vers l'endroit où étaient les deux mules qui portaient les provisions et les bagages du chef ; avec une grande activité, il s'occupa à les décharger.

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