I.e jeune ch:T alors parle en ces termes
— Mes frères, il y a doux mois qu'on nous a promis solenndlement (^e retirer de Rome les troupes étrangères, scLil soutien do la domination papale, et ces Irouvios continuent à remplir nos rues. De futiles prétextes ont mémo ser^ i à leur fa>re reprendre des posltii)ns qu'elles avalent évacuées et qu'elles avaient juré de ne plus occuper.
' » M. s frères, no.n sommes trahis! N'attendons que de nous Loti'v liborlé I Depuis dix-huit ans^ nous supliort ):is vraiment avec trop de patience un double joug, doullement exécré, celui de l'étranger, celui du prêtre. Ces jours derniers, l'occasion semblait propice pour C(^uî*ir aux armes ; nous avons été arrêtés par le lâche avis de ce [laiti des neutres qui s'intitule le parti des modères! je vous les dénonce, ces ennemis intérieurs qui ont abusé de votre confiance, et qui^ après avoir partagé les revenus du public sous le prétexte de services ou d'emplois, se préparent à faire un nouveau pacte avec l'étranger ef; à trafiquer de l'honneur national.
» Nos amis du dehors sont prêts. Ils nous accusent de lenteur, de négligence. Les armes que nous attendions sont arrivées et mises en lieu sur. Nous sommes
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riches en munitions. Dans de telles circonstances, tout nouveau retard serait une nouvelle lâcheté. Aux arnios do::C ! aux armes î aux armes !
— Oui, aux armes î répètent avec ardeur trois cents conjurés, en se pressant autour d'Attilio.
A l'endroit même où leurs ancêtres tinrent conseil pour subjuguer les nations étrangères, ces jeunes volontaires de la Révolution jurent de rendre la liberté à Rome ou de mourir.
Trois cents î Ils ne sont que trois cents î mais Léonidas et les Fabius en avaient-ils davantage à immoler à la patrie ? et cette poignée d'hommes que riiéroïsme multiplie ne suffit-elle pas pour l'exemple, pour le dévouement, pour la mort ?
Trois cents hommes qui jurent de devenir libres dans une nation d'esclaves, c'est assez pour ce levain do justice et de colère qui doit soulever la pâte épaisse do régoïsme et de l'indiiTéronco.
Attiho, satisfait, reprend avec une voix vibrante d'enthousiasme :
— Estimons-nous heureux, mes amis, d avoir re u de la Pi'ovidence cette mission de rachat, et d'éti'O ai/pelés à relever de son abaissement Rome, la maitresse du monde, devenue la maitrecse des prêtres. l^our moi, je n'ai jamais cessé une minute de croire, d'espérer, d'avoir confiance en vous conimo j'avais confiance en mon propre cœur. Maintenant, il faut affirmer votre patriotisme par la raison, par la science que vous communiquerez à nos soldats épars dxins les divers quartiers do Rome. Au jour de la bataille qui s'approche, que chacun de vo'S s? moite à la têt'? ('es
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compagnies que nous avons formées, et le salut no nous
échappera pas.
» Faites coraprendi'o à ces esclaves, que vous allez émanciper, à quel degré d abaissement est descendue ritalieî Montrez-leur ral^ection de Rome, cette ignominie d'une obéissance passive, d'une soumission bestiale imposéj par les despotes orgueilleux qui sj font baiser les pieds par des empereurs.
» Car l'humilité chrétienne est insatiable d'humiliation pour les autres!
» Quand je pense, Romains, nous qui avons le tableau de l'orgie cléricale, que nous recevons à chaque heure du jour des conseils de renoncement et d'austérité ! Ils nC'Us prêchent le sacrifice et l'abstinence et ils s'entourent du luxe le plus ralliné.
» Est-ce pour assouplir vos membres, pour vous rendre forts et dispos, pour vous préparer par une gymnastique incessante aux eflbrts et aux épreuves de la lutte, qu'ils vous font plier le genou si souvent, et plier le dos si profondément quand ils vous tendent leurs mains à baiser?
» Relevez-vous,' mes ajnis, secouez sur ces lionnnes la poussière qui vous reste de ces génuflexioiis impies. L'heure de la revendication approche, heure solennelle, heure décisive. Ce n'est pas l'Italie seule qui attend de vous sa délivrance, c'est le monde entier courbé sous lejougdu prètie ; c*e^^t le monde enlier qui subit l'iîiuorancc et qui n'esiière qu'un ^'.[^niû pour aPiVanchir la raison î »
Attilio parlait dans l.i nuit c:.niplclo; mais il semblait que la Unnière jaillit de SOS lîvivs et ravivât les*
LA DOMINATION DU M O 1 N K 'So
torches. Tout à coup un grand éclair Tîntorronipt et jette sur l'immense amphithéâtre du Colysée une clarté éblouissante que des milliers de lampes n'auraient pu répandre.
La nuit plus épaisse succéda à cette féerique illumination d'une seconde, et le tonnerre, comme la voix de toutes les générations captives, s'éleva formidable, roula sur l'antique édifice, qu'il ébranla jusque dans ses fondements.
Les conspirateurs ne sont ras des natures craintives ; mais ceux-là étaient jeunes et avaient au fond de 1 ame cet instinct de poésie qui est comme une essence de la jeunesse.
Involontairement, ils furent émus de cette éloquence du ciel qui s'ajoutait aux paroles humaines, et ils se sentirent troublés jusqu'au fond des entrailles, quand un cri perçant, le cri d'une femme, monta tout à coup de l'intérieur des arènes.
Qui donc était là? Qui donc appelait au secours dans cette nuit épouvantable? Tous saisirent leurs pi^ignards et écoutèrent.
Un nouveau cri plus rapproché se fit entendre ; puis on -vit accourir une forme blanchâtre, et aussitôt une jeune fille, les cheveux épars, les vêtements trempés parla pluie^ défaillante et comme poursuivie, se précipita au milieu des conjurés.
Un d'eux la reconnut aussitôt.
—i Camille ! s'écria Silvio, le chasseur de sangliers de la Campanie. Pauvre Camille î dans quel état les mécréants qui nous gouvernent t'ont réduite !
Une des sentinelles intervint ni ors, et raconta corn-
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ment cette jeune fille, errant et se cachant dans le Colysée, s^était presque heurtée à elle ; comment ell9 n'avait pas osé tirer ; comment, épouvantée, elle s'était enfuie. On ralluma, les torches, on les approcha de rétrange apparition.
La pauvre jeune filîc, depuis qu'elle avait entendu son nom, était comme en extase ; elle fixait ses beaux yeux suppliants sur Silvio, mais les forces qui l'avaient soutenue jusque-là la trahirent quand elle se sentit en sûreté ; et poussant un gémissement, un soupir de dou. leur, d'épuisement et d*espérance tout à la fois, elle s*évanouit au milieu du cercle qui s'était formé autour d'elle.
Nous dirons dans le chapitre suivant l'histoire do cette malheureuse qui vint si brusquement interrompre le discours d'Attilio, en jetant à travers, comme une évocation visible, le fantôme des victimes les plus pures de Rome.