CHAPITRE LV
MORT A personne!
— Mort aux prâtres I s*écria le peuple.
— Mort à personne ! répliqua le solitaire de Caprera, au cri de la foule.
» Mort à personne I répéta-t-il une seconde fois, et cependant d'attristantes pensées se pressaient dans son esprit
n réfléchissait et pourtant il retenait le peuple. Mais le gros de la populace li'atait pas entendu toutes les paroles du général, et des milliers de voix répétèrent avec un cri ôaùtage te premier indi seûléiiient : Mort {
A ce cri, ioûs deùi qui Valent près du palais dû patriarche se ruèrent sur la demeure du prélat èomttte un iorreni^fUrieux qui i^ précipite de ta to^ùti^ne.
800 LA DOMINATION DU IfOlNB
Ea quelques minutes les salons, toutes les belles salles de ce magnifique palais furent envahis par la foule, qui lança par la fenêtre tout ce qu'elle trouva de meubles, œuvres d*art et idoles religieuses.
Les artistes, les amis du beau se seraient lamentés, auraient crié : scandale ! sacrilège!
Car les cheC^d'œuvre les plus rares encombraient le superbe palais épiscopal. Statues de saints, toiles représentant de belles madones et le délicieux Bambîno, tout fut impitoyablement détruit.
L'alliance de la religion et de l'art a été la plus grande habileté du clergé. Leurs légendes , merveilleusement reproduites par les plus illustres des artistes, étaient constamment sous les yeux des fidèles, et l'attrait irrésistible du beau commandait un culte. De Fadmiration pour le chef-d'œuvre, le pauvre ignorant passait à l'adoration ; son instinct artistique, cet instinct des races du Midi, était habilement employé à l'asservir.
Mieux valait, en vérité, précipiter dans les abtmes ces merveilles d'art et réveiller le peuple au sentiment de la liberté, de la dignité nationale.
Et le patriarche, que faisait-il pendant le sac de son palais ?
Le courage n'était pas son fort. Au premier cri de la multitude, il s'était sauvé par une porte secrète et avait gagné sa gondole dans laquelle il se Jeta et put s'éloigner en paix.
Cependant le cri du solitaire : Morte a nessuno^ entendu par ceux qui étaient le plus rapprochés du
palais Zecchini, répété de bouche en bouche, parvint enfin aux saccageurs.
Cette voix, adorée, respectée par le peuple, calma la colère de la multitude, et en peu d'instants Tordre et la plus parfiBdte tranquillité furent rétablis.