‹ La domination du moineChapitre 58 sur 69 · VENISE ET LE BUCBNTAURB · texte numérisé non relu

VENISE ET LE BUCBNTAURB

La tache de Tesclavage ne peut être enlevée qu*avec du sang.

Les classes intelligentes et riches devraient le cornprendre, et épargner à Thumanité toutes ces làusses solutions, tous ces moyens termes qui n*arrangent rien.

Autrefois, Venise, suivant l'impulsion donnée par sa sœur la Lombardie, eŒstça dans le sang toutes ses années d'humiliation et de servitude.

Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi.

Elle se iègéige de la domination étrangère, non pas par ses actes, mais par le courage des autres.

Oh ! comme elle se serait autrement relevée si cette liberté était due à la valeur de ses fils !

Hélas ! elle ne peut secouer sa torpeur ; elle se laissa racheter par des épées étrangères !

Sadowa, cetti^ glorieuse journée pour la Prossi», a

S18 VA DOlflNATlOK DU UOINS

afflraQchi Venise. La nation italienne ne cherche pas à Toiler ce déshonneur I

Les nations» comme les individus, végètent, ne vivent pas quand toute dignité tait dé&ut : la vie de Tâme est aussi nécessaire que la vie du corps, la seule que nos maîtres nous permettent.

Une Ibis la flàre reine de TAdriatique porta son superbe lion Jusqu'à Textrémité de TOrient, soumit le victorieux Ottoman et lui dicta des lois. Les monarques de FEurope, appelés, soutenus par les États italiens. Jaloux de Venise, conqiirèrent contre elle, et furent dé&its par ces républicains amphibies et braves.

Qui pourrait reconnattre dans ces hommes qui ne savent plus combattre pour leur liberté, des compatriotes des Dandoli et des Morosini ? Non-seulement ils ne savent plus combattre, mais dès qu'ils sont affranchis par l'étranger, ils se jettent dans le parti des modérés — parti capable de toutes les bassesses, de toutes les infiimies I

Comme la tyrannie écrase les êtres les plus nobles, les rend inaptes à toute action I

Prenez courage, cependant, Vénitiens ! Les descendants de Léonidas et de Cindnnatus ont passé par le même degré d'abâtardissement.

L'esclavage &it ressembler Tbomme à la bête de la forêt; il est plus til encore^ Car tt porte sa firent la marque de ton iaftade^

Et pourtant, aH f&Ufeu de tout èd àbÊiÉàmàeûtf les italiens ne néglteeat Al leurs ^âirirs^ ni tours Mes. € Du pain et des flteit » I^imt4ls à tours ^rten eomm tk to iMMi^iitt^Mff i tattm Wbm^ et le

gouvernement pontifical, pour plaire et corrompre à la fois, a imaginé une /bule de cérémonies brillantes, plus belles que celles de Tantiquité. Il cache ainsi sa duperie sous des dehors splendides.

Ne vous occupez pas de politique, n'y pensez même pas. Contentez-Yous de vous dépouiller de bonne gr&ce pour faire vivre vos maîtres dans Tabondance, ils nous donneront alors force messes, processions, fêtes, jeux, amusements et plaisirs des sens.

Une des cérémonies les plus chères aux Vénitiens au temps de leur grandeur, alors qu'ils avaient leur propre gouvernement et leur dpge, était la sortie du Bucentaure, la plus belle des galères de la République.

Au jour dit, le navire tout éblouissant d'or, décoré de bannières, de riches tentures, de banderoUes, et portant le doge, les ministres et les plus célèbres beautés, s'éloignait majestueusement du palais Saint-^ Marc et se dirigeait vers TAdriatique. Une foule de galères et de gondoles suivaient le Bucentaure^ char^ gées de la plus grande partie de la population de Venise.

Oh 1 que tu étais belle alors, reine infortunée 1 Que tu étais belle quand les Dandoli et les Falieri cherchaient à rendre propices aux hardis navigateurs les vâguès Aa l'Adriatique ! Salut, répuUique vieille de neuf siècles, véritable mère de toutes les républiques !

SI, dans te grahdeorf tu awiÉ oherdié à t'aesocier avec tes sœurs d'Italie au lieu de les haïr, tu n'Mt als ptti été écrasée, et ai^ourd'hul l'étranger ne nems marebeiMtpas densus et ne nous asservirait pasi

Cache les blessures faites par te» elialiies, eflbee ces

lignes qud la misèrd a tracées sur ton front i ITouUie pas dans la douleor ou dans la joie toutes les humiliations que tu as endurées, et à Tayenir souviens-toi que ritalie unifiée peut seule tenir tète aux puissances étrangàres qui redoutent de la voir se réveiller.

Oaribaldi était appuyé contre la balustrade d'un balcon du pabds Saint-Marc. Orazio, Muzio et Gasparo étaient auprès de lui ainsi que les Jeunes Romaines, et il regardait le canal tout en écoutant le récit d'un vieux cicérone qui se complaisait dans les détails de l'ancienne splendeur de Venise. Il en était venu à parler de la fête du Bucerdaure et se lamentait de ce que cette iSte ne se célébrait plus. Du doigt, il marquait remplacement de la jetée d'où partait le &meux navire.

Muzio, qui suivait tous ses mouvements, tressaillit à ce moment. Il venait de reconnaître Attilio dans une gondole amarrée près du palais.

Muzio disparut soudain. En un instant, il fut auprès de son ami, qui ne put que lui serrer la main en prononçant le mot sinistre : Mort !

— Mort ? Il était donc écrit que ce dernier rejeton de la noblesse romaine viendrait ici pour mourir I dit Muzio.

— Il est mort en brave I reprit le chef des Trois- Cents.

— Les Italiens savent mourir, pensa Muzio. Mais comme il est pliis doux de mourir en combattant contre les oppresseurs !

— Je retourne auprès des nôtres, dît-il à haute voix. Je veux avertir le général afin qu'il dirige nos pas de manière à éviter à Irène et à Orazio la douleur de rencontrer le cadavre de leur bien-aimé frère. Puis je viendrai vous retrouver avec Gasparo,

Page 1