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CHAPITRE LXIII

tBS CAIROLI ET LBURS SOIZANTB-DIX

COMPAONONS

Un peuple bien gouverné ne se révolte pas. Les insurrections, les révolutions sont les armes des opprimés et des esclaves. La cause première de ces mouvez ments est la tyrannie.

S*il existe quelques exceptions apparentes, en les examinant soigneusement on trouve encore à la basé le despotisme moral ou matériel.

L'Angleterre, la Suisse et les États-Unis ont éprouvé et peuvent encore éprouver bien des insurrections, quoique ces pays ne soient en aucune manière mal gouvernés

La Suisse a eu ses Sonderbunds, TAngieterre ses

Fénians. Ces derniers sont soutenus, excités par les prêtres , qui exercent une tyrannie morale sur la partie la plus ignorante de la population irlandaise.

Les États-Unis ont aussi, ces dernières aimées, traversé une révolution terrible. Elle a été amenée par la tyrannie matérielle que les riches colons du sud exercent sur leurs esclaves, tyrannie qu'ils auraient voulu étendre aux États du Nord.

l La tyrannie, soit matérielle,' soit morale, est toujours la cause d'une révolution.

Qui courrait nier qu'à Rome ces deux tyrannies soient en vigueur?

Oui, ils existent à Rome ces deux révoltants despotismes des prêtres qui déposent l'Italie aux pieds de l'étranger. Leur tyrannie est la plus épouvantable de toutes

C'était par une nuit d'octobre, nuit sombre, noire, orageuse, humide. La pluie a cessé de tomber sur les eaux écumantes du Tibre. Les bords de la rivière sont creusés et pleins de boue. Chaque fossé est devenu un torrent. A peine peutK>n apercevoir un vestige de terre ferme.

On pouvait compter sur plusieurs bateaux soixantedix l^ommes armés de poignards, de revolvers et de quelques mousquets. Leurs vêtements sont minces pour cette froide et pluvieuse nuit. Ils trembleraient de froid si le feu de l'héroïsme ne réchauiSdt leur cœur.

Cette nuit-là Rome devait se soulever.

Les plus braves gens des provinces avaient réussi 4 entrer dans la viUe ; nos amis Attilio, Muzio et Orazio

ir^'imifiirATX-OK DU moihs 355

étaioiit i leur posta^ aTëc leurs ôompagnoiui, prête i re mettre à la tète du mouvement.

O^ en yain. que le clergé cbercha i âécouTrir les coiKspirateitrs; Au mdndre soupçon » les arrestatians pleuYâeiit.lnstiies efibf ts ! Rome (burmUlaitâe braves pïéparés^ sacrifier leur vie pour assurer sa Ulcération.

Leb tloixaiite^ |>ar le eourautdu Tibre,

airençaietft rapidement au secours de leurs firères.

Le 22 octobre 18Ô7, à minuit, ces vaillants jeupes geïisilébarquèr^tà^rombre du mont San-Oluliano.

Earico GairoU conduisait ses héroïques couxpagnons.

-* Nous reposerons nos membres fat^és dans c^ casino ide^ la f^ré^ dlUi, |usqu*au momôQt où nous recevrai quelque avis de nos alliés de la vUle, afin, que nous attaquions l'ennemi en même temps.

. Je<sr(^ de men devoir de vous avertir, replrH-il, que cette entreprise est dangereuse. Elle n*en ast que plus digne de bous. >tais si quelqu'un de vous se sent trop fotigué, ou manque de foi ^t préfère ne pas nous suivre» qu'il s'éloigne sans crainte. Nous ne regarderons pas sa détermination comme un crime, nous lui dirons simplement adieu, au revoir dans Rome !

— Nous vous suivrons à la vie et à la mort ! répon» dirent d'une seule voix tous ces jeunes intrépides. Pas un ne recula.

— Le guide qui devait nous conduire à Rome ne parait pas, et personne n'est encore venu nous apporter des nouvelles de la ville, dit à son frère Giovanni Cairoli, qui revenait d'une exploration.

L*anbe paraissait Ils étaient littéralement dans la gueule du loup» tout près des avant-postes des troupes

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papalIneB, et ils couvaient le danger d'être attaqués d*ane minute à l'antre.

— Qu'importe? répondit Enrico à la remarque de son firère. Nous sommes venus ici pour combattre. Nous ne partirons pas avant d'avoir rempli ce devoir.

Vers midi, un envoyé arriva avec ce message : « Le mouvement de la veille a été manqué. Les conspirateurs attendent des ordres pour savoir comment ils doivent agir. *

On renvoya sur-le-chaiiip ce messager avec ordre d*un soulèvement immédiat. Les soixante-dix se te<naient prêts à agir.

Aucune réponse ne vint» mais à cinq heures, ils forent découverts et attaqués par deux compagnies papalines.

Le vaillant Giofanni Gairoll, à la tête de son avantgarde de vingt-quatre hommes, avait établi son poste dans une chaumière du village. Il fut attaqué le premier, et soutint avec honneur le combat, malgré son extrême infériorité de forces. Son frère, aussi vaillant que lui, le voyant en danger d'être écrasé par le nombre, vint à sa rescousse, ât reculer les mercenaires et les mit en fuite.

Les troupes papalines se [retranchèrent derrière les hauteurs du mont San-Giuliano, d'où elles entretinrent au moyen de la supériorité de leurs armes un feu con« tinuel et épouvantablément destructeur.

Les Gairoli et leur colonne intrépide n'avaient que de mauvaises armes. Elles ne partaient pas. Ils réso* lurent enân de charger l'ennemi à la baïonnette, et firent un 4e ces héroïques assauts qui décident d'une

victoire. Les mercenaires, complètement domptés » abandonnèrent sur le champ de bataille leurs morts et leurs blessés.

liO commandant de ces jeunes soldats de la liberté» leur chef, leur ami» Enrîco Cairoli, ce jeune et vaillant héros» périt dans cette îu^ glorieuse et in^;ale. A côté de lui tombèrent plusieurs de ses compagnons, et les blessés étaient nombreux.

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